Rencontre
9 juin 2026 - 14H Le Fief des Cordeliers, 1 Bellevue, 49570 Mauges-sur-Loire
Rencontre
La crise qui secouait la pétrochimie européenne en 2024 s’est approfondie en 2025, et la filière du recyclage chimique des plastiques n’y a pas échappé. Les majors du secteur se réunissaient en juin 2025 à Bruxelles, à l’occasion de la conférence Chemical Recycling Europe organisée par le cabinet de conseil AMI. Les communications autour de l’événement ont souligné qu’après avoir surfé sur un certain enthousiasme entre 2020 et 2021, la filière européenne du recyclage chimique a désormais du plomb dans l’aile. Pour preuve, la suspension ou l’annulation de nombreux projets qui faisaient jusqu’ici figure d’étendard.
L’exemple du site Pryme One de Rotterdam, aux Pays-Bas, illustre bien la situation délétère de la filière. Le démarrage de cette unité était initialement prévu pour 2022. Des retards cumulés ont repoussé sa mise en service à 2023 d’abord, puis à 2024. Une communication de février 2025 a depuis révélé que les volumes de production étaient inférieurs aux projections initiales. Pryme n’est pas le seul industriel à avoir rencontré de tels problèmes. Le site de Quantafuel à Skive, au Danemark, avait fait l’objet d’une première annonce en 2020, mais a depuis été confronté à des difficultés d’approvisionnement, tant en déchets plastiques qu’en équipements. La production n’a donc pu démarrer qu’en fin d’année 2022, mais les volumes étaient inférieurs aux capacités réelles du site. Quantafuel a ensuite été décotée à l’occasion de son rachat par Viridor en 2024. Agilyx, une autre « success story » du secteur, a également vacillé et a depuis révisé sa stratégie pour revenir aux basiques : la gestion matières premières et la conversion des déchets.
Ces quelques exemples illustrent une tendance généralisée en Europe. De nombreux projets européens de recyclage des plastiques ont été suspendus, retardés ou abandonnés entre 2020 et 2025.
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Durée de vie du projet |
Lieu et porteur du projet |
Technologie choisie |
Raison de la suspension ou de l’annulation |
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2019-2022 |
Rotterdam (Pays-Bas) pour Enerkem & Shell |
Gazéification pour produire du biométhanol à partir de déchets mélangés |
Annulé en raison des difficultés à sécuriser les approvisionnements de déchets et d’une rentabilité trop faible. |
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2021-2025 |
Rotterdam (Pays-Bas) pour Pryme |
Pyrolyse, démarrage initialement prévu en 2022 |
D’abord reporté au T4 2023, output considéré comme en-dessous des attentes en 2024, projet d’expansion abandonné en novembre 2024. |
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2020-2024 |
Skive (Danemark) pour Quantafuel |
Pyrolyse, démarrage initialement prévu en 2020 |
Report lié aux difficultés d’approvisionnement de déchets et d’obtention des équipements nécessaires. Sortie de bourse et acquisition par Viridor en 2024. |
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2022 |
Swindon (Royaume-Uni) pour Recycling Technologies |
Pyrolyse |
Recycling Technologies a été mise en faillite après avoir échoué à obtenir des financements |
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2024 |
Stenungsund (Suède) pour Borealis |
Pyrolyse |
Suspension du projet après qu’une étude de faisabilité ait montré que l’unité n’atteindrait pas les objectifs de rentabilité. |
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2023-2024 |
Saint-Avold (France) pour Suez, Loop Industries et SKGC |
Dépolymérisation du PET |
Les partenaires n’ont finalement pas acheté le site, le projet a été suspendu et la construction qui devait démarrer en 2025 a été annulée. |
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2025 |
Ostende (Belgique) pour APPI |
Pyrolyse |
Projet annulé en raison de l’afflux de polymères à bas coût depuis la Chine. |
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2024-2025 |
Normandie (France) pour Eastman |
Recyclage moléculaire |
Projet en pause car Eastman espère une évolution favorable du cadre réglementaire européen |
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2022-2024 |
Europe pour Shell |
Pyrolyse |
Shell a annoncé renoncer à son objectif de recycler 1 million de tonnes de déchets plastiques par pyrolyse d’ici à 2025. |
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2020-2024 |
Pays-Bas pour Ioniqa |
Glycolyse du PET |
La start-up néerlandaise lançait en octobre 2024 une procédure de protection contre la faillite. Ses difficultés étaient liées aux délais plus longs que prévus pour avoir un flux de trésorerie positif. L’entreprise a depuis trouvé un nouvel actionnaire mais le projet n’a pas avancé significativement. |
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2019-2025 |
Pays-Bas pour Fuenix Ecogy |
Pyrolyse |
Mise en faillite de la société en 2025. |
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2019-2025 |
Böhlen (Allemagne) pour Dow |
Eau supercritique de Mura Technology |
Le démarrage était prévu pour 2025 mais le projet est annulé concomitamment à l’annonce de la fermeture en 2027 du cracker d’oléfines de Böhlen, dont l’exploitation est devenue trop coûteuse. |
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2021-2025 |
Merseburg (Allemagne) pour APK (LyondellBasell) |
Solvolyse |
LyondellBasell avait repris APK en 2024. Le projet de développement de la technologie et de construction d’une unité commerciale sur le site de Merseburg a été abandonné, mais la technologie sera exploitée sur le site de Francfort. |
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2023-2025 |
Schwechat (Autriche) pour OMV |
Pyrolyse |
Le démarrage prévu pour 2027 est reporté à 2030 au plus tôt, OMV devant trouver des solutions pour optimiser les coûts liés à l’exploitation de sa technologie. |
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2024-2025 |
Longlaville (France) pour Carbios |
Recyclage enzymatique du PET |
Carbios repousse la mise en service du site à 2028, contre 2026 initialement. |
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2022-2025 |
Heerenveen (Pays-Bas) pour Blue Cycle |
Pyrolyse |
Projet annulé en raison de l’explosion des coûts de production et l’allongement des délais liés aux travaux. |
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2022-2024 |
Vlissingen (Pays-Bas) pour Neste et Ravago |
Pyrolyse |
Projet annulé car la décision finale d’investissement n’a jamais été prise. Neste doit investir en Finlande. |
Derrière ces échecs se cachent plusieurs facteurs. Certains porteurs de projets ont été confrontés à des difficultés d’ordre technique ou d’approvisionnement. Plusieurs sites de pyrolyse ont par exemple peiné à trouver suffisamment de déchets pour pouvoir atteindre un taux d’utilisation normal. C’est le cas de Quantafuel à Skyve et d’Enerkem à Rotterdam.
D’autres acteurs du secteur ont été frappés par des difficultés financières. Les coûts capitalistiques associés au recyclage chimique étant élevés, la hausse des taux d’intérêt en Europe accroît les risques liés à ces investissements. Les projets de Recycling Technologies au Royaume-Unis, de Borealis en Suède et de Carbios en France ont tous été confrontés à des contraintes financières.
Les acteurs du recyclage chimique, comme la filière pétrochimique dans son ensemble, sont confrontés à la panne de la demande qui sévit à l’échelle européenne. Le marché européen de matières plastiques, déjà déséquilibré par le marasme économique, est également la cible d’exportations massives de polymères depuis la Chine, et plus généralement depuis l’Asie. Ces volumes sont proposés à bas coût, rendant les matériaux issus du recyclage chimique peu, voire pas, compétitifs. La concurrence internationale a notamment mis un terme au projet d’APPI en Belgique.
A ces difficultés s’ajoutent l’incertitude réglementaire, notamment au niveau de l’Union européenne. Le bloc européen a lancé il y a quelques années des travaux extensifs pour faire évoluer son cadre réglementaire et promouvoir l’économie circulaire des plastiques, à travers différents règlements et directives. Ces textes mettent en priorité l’accent sur le recyclage mécanique, laissant les porteurs de projets de recyclage chimique dans le flou. Eastman avait notamment mis en pause son projet en Normandie, car le groupe pétrochimique attendait que l’UE adopte une position vis-à-vis du recyclage chimique.
Le flou législatif vient toutefois d’être levé en ce qui concerne la Directive sur les plastiques à usage unique (SUP) de l’UE. Les représentants des Etats-membres au sein du groupe d’expert de la Commission européennes ont en effet adopté le 06/12/26 un acte d’exécution de la Directive SUP consacré au recyclage des bouteilles. L’acte en question établit une méthode de calcul « fuel use exempt » (excluant la part de carburants ingérés) pour mesurer et vérifier la quantité de matières recyclées incorporées dans une bouteille en plastique lorsque ces matériaux sont issus du recyclage chimique. La Commission doit encore adopter formellement cet acte.
Il faut enfin considérer la « mauvaise image » du recyclage chimique auprès de certaines ONG, qui reprochent à certaines technologies d’être trop énergivores et de constituer une forme de greenwashing. D’autres alertent sur le fait que les financements accordés au recyclage chimique auraient pu être dirigés vers le recyclage mécanique, cette filière étant elle aussi exposée à la concurrence asiatique et à des coûts de production élevée.
L’ensemble de ces facteurs résulte en une série de faux départs qui pourraient, s’ils continuaient à se multiplier, inquiéter les investisseurs. S’il était déterminé que les difficultés de la filière à prospérer étaient d’ordre structurel, et non pas conjoncturel, la capacité des différents projets à être économiquement viables sans soutien financier externe serait remise en question. De quoi refroidir les acteurs privés susceptibles d’investir, mais aussi les financeurs publics.
Un enjeu d’autant plus critique les besoins de la filière européenne du recyclage chimique des plastiques en capitaux sont massifs. Le cabinet de conseil britannique Bain & Company les chiffre à 400 milliards d’euros d’investissements cumulés dans un rapport publié en 2025. Dans ces conditions, des coûts de production similaires à ceux observés actuellement pour les résines vierges conventionnelles pourraient être atteints… d’ici 20 ou 30 ans. L’analyse de Bain & Company « montre que le recyclage chimique des polyoléfines (PE et PP) deviendrait compétitif face aux résines vierges si les volumes de production mondiaux atteignaient 650 millions de tonnes annuelles (dans un contexte où les prix des polyoléfines vierges seraient de 1250€/tonne) ». Un tel volume de production pourrait être atteint si les résines recyclées représentaient 30% de la demande mondiale.
Une étude publiée en octobre 2025 par l’agence de pricing britannique ICIS (International Commodity Intelligence Services) et la Fédération Chinoise des Industries Pétrolières et Chimiques (CPCIF), met en lumière l’impact des réglementations de l’Union européenne sur l’économie circulaire sur la demande mondiale de polymères recyclés. D’après cette analyse, les plasturgistes européens auront besoin de 5,4 millions de tonnes de PE, de PP et de PET recyclés par an pour respecter les objectifs réglementaires à partir de 2030. Ce volume pourrait doubler d’ici à 2040 pour atteindre 11,5 millions de tonnes annuelles en raison de l’évolution du cadre réglementaire autour de l’emballage, de l’automobile et des fibres textiles. Selon ICIS et la CPCIF, le recyclage chimique constitue un levier indispensable pour répondre à la future demande polyoléfines recyclées du secteur de l’emballage. A noter que cette étude positionne la Chine comme un partenaire clé pour l’Union européenne, puisque l’Empire du Milieu pourrait fournir jusqu’à un million de tonnes de plastiques recyclés par an au Vieux Continent à partir de 2040… De quoi expliquer la récente accélération des acteurs chinois dans le domaine du recyclage mécanique et chimique des plastiques, et dans la production de résines biosourcées.
En 2020 2021, 2022, 2023, 2024 et en 2025 paraissaient respectivement un article et un rapport intitulés « Recyclage chimique : où en sommes-nous ? » sur le site internet de Polyvia (www.polyvia.fr), l’Union des transformateurs de polymères (cliquez ici pour télécharger l’édition 2024, cliquez ici pour consulter l’édition 2023, cliquez ici pour retrouver l’édition 2022 du rapport).
Ces publications ont suscité un vif intérêt de la part des adhérents du syndicat professionnel, mais également chez d’autres acteurs. L’évolution du cadre réglementaire européen sur l’utilisation de matières plastiques recyclées (Directive SUP, « plastic tax », Règlement sur les emballages et déchets d’emballage, révision de la Directive VHU et du Règlement Produits de Construction) et français (Loi Agec, REP…) vient renforcer l’intérêt et la curiosité des acteurs de la filière plasturgie et composites vis-à-vis des solutions de recyclage chimique des polymères.
Cette nouvelle édition du rapport « Recyclage chimique : où en sommes-nous ? » se concentre sur les annonces marquantes de 2025 et vous propose un tour du monde des avancées du secteur.
Ce document a été produit en février 2026 par le service Affaires économiques de Polyvia. Il réunit des informations recueillies dans le cadre des activités de veille économique du service, et ce depuis le 1er janvier 2025.
Les informations proposées à la lecture ci-dessous ayant été recueillies à partir de plusieurs articles de presse, publiés par des sources différentes et dans différentes langues, il est possible qu’elles contiennent des erreurs ou des imprécisions, ou encore que certaines actualités aient été omises. N’hésitez pas à nous les signaler si vous en remarquez. Vous pouvez également demander à y faire figurer les innovations et projets de votre entreprise.