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ISOVATION est le spécialiste des solutions isothermes autonomes et de la chaîne du froid.

28 janvier 2021

Echapper aux limites économiques du modèle actuel avec l’économie de la fonctionnalité et de la coopération

Créée à Avignon en 1990, la société Isovation s’est, au fil des années, créé une place de leader sur le marché des solutions isothermes et de la chaîne du froid. L’entreprise a d’ailleurs pensé et fabriqué le premier emballage isotherme pliable commercialisé sur le marché français. L’innovation se situe donc au cœur de sa stratégie, et Isovation s’attache également à proposer des produits plus éco-responsables à ses clients.

Philippe Carles, son Président, a notamment engagé une stratégie de rupture pour sa société, qui au départ se spécialisait uniquement dans l’emballage isotherme. Sous sa direction, Isovation a pu s’étendre au-delà de ce carcan en proposant des solutions isothermes en tout genre et a dû, pour ce faire, réimaginer ses savoir-faire. Les deux axes principaux de cette stratégie furent celui de l’éco-conception et celui de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération.

Dans cette interview, Philippe Carles partage sa vision de l’économie circulaire à travers les activités de son entreprise, qui transforme, entre autres, des matières plastiques.

Bien choisir son matériau pour proposer une offre déjà éco-conçue à ses clients

Isovation utilise depuis très longtemps du polystyrène extrudé expansé (XPS) recyclé. Pourquoi avoir choisi ce matériau plutôt qu’un polymère vierge ? Cela complique-t-il vos approvisionnements ? A-t-il fallu adapter vos procédés de transformation à l’utilisation de plastiques recyclés ?

Isovation utilise du polystyrène extrudé expansé (XPS) recyclé, qui est obtenu par extrusion de cristaux de styrène, depuis les années 1990. Ce choix a d’abord été motivé par le prix plus attractif de ce matériau par rapport à son équivalent vierge (ndlr : directement issus de la pétrochimie). C’est ensuite devenu un choix responsable et écologique, car les prix ont évolué et sont désormais au même niveau que ceux des matériaux vierges.

L’utilisation du XPS recyclé n’a pas compliqué nos approvisionnements car les polymères que nous utilisons sont issus de chutes de production de barquettes alimentaires. Il y aura toujours des usines pour en fabriquer. En ce sens, l’évolution récente du cadre réglementaire ne m’inquiète pas, car elle va au contraire démocratiser le recyclage des barquettes et augmenter les quantités de matériaux recyclés disponibles sur le marché.

Nous n’avons pas non plus dû adapter nos process de production pour utiliser du plastique recyclé. Il n’est en effet pas nécessaire d’avoir des équipements différents de ceux utilisés pour transformer des polymères vierges, mais il faut toute de même faire attention à certains réglages. Il est toutefois indispensable de récupérer et de rebroyer les chutes de production. Cela ne doit pas forcément se faire en interne. Dans notre cas, les matériaux stratifiés sont revalorisés énergétiquement, tandis que les polymères moins complexes sont rebroyés.

Isovation fabrique d’ailleurs des emballages sur-mesure. Nous ne travaillons pas avec des moules de plasturgie, mais faisons de la découpe comme c’est le cas pour les cartons. La mousse polystyrène cassante va ainsi être complexifiée car nous allons la « prendre en sandwich » entre deux films polystyrènes. Ceux-ci sont en fait contrecollés sur la mousse. Nous fabriquons donc un produit mono-matériau complètement recyclable.

Nous utilisions de l’aluminium jusqu’en 2008, avant de préférer du PET aluminisé. Notre choix s’est finalement porté sur les films polystyrènes, car il n’est désormais plus nécessaire de les séparer de la mousse pour pouvoir recycler nos emballages.

Boîte à glaçons produite par Isovation

Isovation travaille pour l’industrie agroalimentaire et celle de la santé. Les réglementations sur le contact alimentaire ou l’emballage médical contraignent-elles le choix des matériaux que vous utilisez ? Quelles évolutions du cadre réglementaire aimeriez-vous voir à l’avenir ?

Oui, bien sûr. Les matières plastiques utilisées doivent impérativement être compatibles avec le contact alimentaire, conformément à la réglementation européenne en vigueur. En ce qui concerne le médical, nous fabriquons des emballages tertiaires qui n’entrent donc pas en contact avec les produits. Dans tous les cas, les films polystyrènes que nous utilisons sont fabriqués à partir de matériaux vierges afin de respecter les différentes réglementations.

La mousse que nous utilisons est noire en raison de la présence de colorants dans sa formulation. Comme nous utilisons des mousses issues de chutes de production de barquettes, celles-ci ne sont jamais sorties du cycle de fabrication pour des applications de contact alimentaire. Il s’agit de matériaux traités dans une boucle fermée, et leur conformité ne peut donc être remise en question.

Je n’ai pas de souhaits particuliers quant aux évolutions de la réglementation sur les plastiques. Nous cherchons toutefois à les anticiper autant que possible. Il serait d’ailleurs souhaitable que les matériaux rebroyés sur le site de production puissent être considérés comme effectivement recyclés.

Nous vendons la performance de l’usage de la chaîne du froid.

Les annonces d’investissements dans le recyclage chimique défraient actuellement la chronique. Ces nouveaux plastiques, en tous points comparables aux polymères vierges, pourraient-ils s’inscrire dans la stratégie d’Isovation, et ce malgré leurs prix potentiellement plus élevés ?

Isovation n’est pas directement concernée par ce type de questions. Nous pourrions bien entendu utiliser des films polystyrènes issus du recyclage chimique, mais ce choix dépendra énormément du prix auxquels ils nous seront proposés. En effet, la concurrence est particulièrement rude sur notre marché, et nos donneurs d’ordre n’accepteront probablement pas une hausse sensible de nos prix, même si le matériau utilisé est plus écologique.

Il faut que les fabricants de matériaux adaptent leurs prix aux marchés qu’ils visent. Augmenter les coûts liés aux matériaux est risqué pour un acteur actif sur un marché de niche car ses donneurs d’ordres ne le suivront pas.

Le fait est que les acteurs de la filière sont de plus en plus nombreux à s’enthousiasmer pour les matériaux recyclés et que certains donneurs d’ordre ont en effet eu une véritable prise de conscience. Cela ne les empêche toutefois pas de refuser les augmentations de prix !

Un client nous avait par exemple demandé d’utiliser du papier recyclé pour ses emballages, mais s’est ensuite aperçu que cela lui revenait plus cher et a abandonné le projet. Certains donneurs d’ordre sont à la recherche de solutions marketing plutôt que de RSE et de modalités d’engagement véritables pour l’économie circulaire.

C’est pourquoi les critères RSE sont souvent les premiers à être abandonnés par les clients qui rencontrent des difficultés économiques. C’est d’ailleurs déjà le cas avec la crise sanitaire actuelle. Cela nous a donc encouragés à nous engager dans l’économie de la fonctionnalité et de la coopération plutôt que la seule économie circulaire. La RSE fait ainsi déjà partie intégrale de l’offre d’Isovation et ne peut en être supprimée.

 

Votre stratégie d’éco-conception s’articule en partie autour du choix des matériaux. Votre offre se compose de matériaux recyclés et/ou recyclables, de matériaux biosourcés et même compostables. Conseillez-vous vos clients dans leurs choix en fonction de leur secteur d’activité ? Avez-vous d’autres pratiques d’éco-conception que vous aimeriez mettre en avant ?

Isovation propose en effet plusieurs choix de matériaux. Il y a évidemment la solution Ecostrat, c’est-à-dire des films PS contrecollés sur de la mousse XPS recyclée. Celle-ci est totalement recyclable et utilise des matériaux régénérés. Nous offrons aussi des solutions biosourcées et/ou compostables avec des matériaux isothermes issus de la biomasse, comme de la paille de riz, des bales de riz, du chanvre ou encore des algues. La plupart de ces solutions en sont encore au stade de la R&D, du prototypage et de la production en petites quantités.

Nous testons également l’utilisation du mycélium, un champignon cultivé par l’un de nos partenaires qui fait littéralement pousser des emballages sur des moules en métal ou en bois, à l’aide d’un mixe de tournesol et de pulpe de maïs.

Isovation conseille de façon très proche ses clients du secteur de l’élevage d’animaux marins vivants (coraux, poissons exotiques) pour la recherche ou le loisir. Ceux-ci sont en effet transportés dans des caisses en polystyrène, et nous essayons de passer au chanvre.

Tous nos emballages sont de plus livrés à plat, ce qui permet à nos clients de réaliser des économies au niveau des coûts de livraison, puisqu’ils prennent moins de place dans les camions. Cela nous permet d’ailleurs de réaliser la moitié de notre chiffre d’affaires à l’export ! Nous participons ainsi activement à la réduction du nombre de véhicules sur les routes. Nos solutions nécessitent de plus moins d’espace de stockage chez nos clients, d’où des économies à ce niveau-là également.

La réflexion autour de nos emballages isothermes s’est articulée à la fois autour de la réduction des différents impacts logistiques (nombre de camions, émissions de CO2, espace de stockage nécessaire…) et sur le choix des matériaux. Elle se concentre maintenant sur notre modèle économique et la trajectoire de ce dernier vers l’économie de la fonctionnalité et de la coopération.

Nous faisons donc en sorte d’épouser au plus près le cahier des charges du client tout en ayant un impact environnemental moindre et les meilleures propriétés possibles. Nous vendons ainsi la performance de l’usage de la chaîne du froid.

Nous faisons plus que de l’éco-conception. C’est de l’éco-innovation sur un modèle économique différent. Il ne s’agit plus simplement de réaliser un certain volume de production. Nous nous positionnons sur des ressources immatérielles qui peuvent elles aussi être monétisées.

Pour réussir dans cette démarche, il est nécessaire de former notre client ainsi que ses prestataires sur les risques de rupture de la chaîne du froid, de les auditer, de cartographier leurs systèmes et d’être maîtres de la chaîne de transport. Nous avons, pour ce dernier point, développé un outil connecté, le TIL, qui est à la fois rechargeable et réutilisable. Il s’agit d’un boîtier équipé de capteurs de température, de lumière et d’un système de géolocalisation. Il permet un suivi de nos emballages sur PC ou sur téléphone, et alerte le client d’un éventuel problème de température du point A au point B de la chaîne de transport.

Nous nous sommes donc positionnés sur la limitation du gaspillage des ressources transportées, qu’il s’agisse d’aliments ou de produits pharmaceutiques comme des vaccins. Notre solution permet ainsi d’éviter de jeter le produit via un suivi étroit des conditions de transport.

Par exemple, un vaccin doit être conservé dans un milieu dont la température est comprise entre 2°C et 8°C. Si la température est plus basse, le vaccin devient inutilisable. Si elle est plus élevée, le vaccin est moins efficace. L’enjeu est donc la sécurité du patient. Un autre problème que nous avons résolu fut la mise au rebus de palettes entières de salades à l’arrivée chez le client de l’un de nos donneurs d’ordre. Notre solution a mis fin à cette pratique en garantissant la conformité des aliments à l’arrivée chez le client en question. Isovation a pu se payer sur les gains économiques réalisés par la société qui produit les salades.

La nécessité d'aller plus loin que l'éco-conception

Nous faisons donc plus que de l’éco-conception. C’est de l’éco-innovation sur un modèle économique différent. Il ne s’agit plus simplement de réaliser un certain volume de production. Nous nous positionnons sur des ressources immatérielles qui peuvent elles aussi être monétisées.

Monétiser les valeurs immatérielles en question ne se fait en revanche pas tout seul. Il faut entretenir une véritable de démarche de coopération avec les différents acteurs de la chaîne. Il s’agit en fait de viser activement la décroissance des ressources matérielles par la recherche de valeur ajoutée au sein de votre société et des autres acteurs de votre écosystème.

Caisse de transport isotherme fabriquée par Isovation

Votre société ne transforme pas que des matières plastiques. Pensez-vous continuer à utiliser ce matériau dans le futur, malgré le fait qu’il puisse être décrié pour certaines utilisations ?

L’utilisation du plastique est décriée mais nous allons continuer à en utiliser pour certaines applications car ce matériau a de nombreux bienfaits. Il nous faut en revanche éduquer les clients.

Nous avons par ailleurs intégré un nouvel acteur dans notre écosystème afin de pouvoir récupérer nos emballages sur les différents sites de nos clients. Cela nous permettra de les faire recycler si nécessaire ou, si cela est possible, de les réutiliser en l’état.

Cela n’est toutefois pas sans difficultés : nous connaissons bien nos clients mais pas les leurs. Nous avons donc lancé des travaux pour mettre en place une « reverse logistics » (logistique inversée) où que ce soit dans le monde, quitte à ramener nos emballages chez nos clients pour les traiter, plutôt que chez nous.

Nous pourrions par exemple adjoindre une pochette de retour à nos produits, à destination du client de notre client. Un tel système n’aurait cependant aucun succès, car trop coûteux et les entreprises ne sont pas prêtes à entreprendre de telles démarches.

Quand on parle de performance de l’usage, et cela ne se résume pas qu’au locatif.

Le futur conjugué avec la fonctionnalité

Isovation s’est également emparée du nouveau modèle économique lié à l’économie de la fonctionnalité et de la coopération. Pourquoi avoir adopté cette stratégie, et comment celle-ci a-t-elle modifié vos produits ?

La crise que nous traversons aujourd’hui met à l’épreuve l’économie basée sur les volumes et la surconsommation. Il est nécessaire de créer un autre modèle, et ce pour tous les secteurs industriels.

Cette réflexion a déjà lieu dans l’industrie automobile ! Les constructeurs cherchent désormais à vendre de la mobilité plutôt que des voitures. Dans la même veine, on pourrait bientôt vendre de l’habitat plutôt que de simples maisons. On parle alors de la performance de l’usage, et cela ne se résume pas qu’au locatif.

Cela exige une création de valeur ajoutée par l’ensemble des acteurs réunis autour d’une même problématique. C’est pourquoi Isovation vend plus qu’un emballage isotherme. Notre client achète aussi la réduction des risques de rupture de la chaîne du froid.

Prenons le cas de l’un de nos clients. Celui-ci nous avait au départ confié un cahier des charges dont les exigences dépendaient des propriétés thermosensibles de son produit. Il fallait notamment garantir 48 heures d’efficacité contre les températures élevées. Cela ne correspondait cependant pas à ses besoins réels, car l’emballage n’était en fait pas exposé à des températures élevées pendant 48 heures non-stop. Dans ce cas précis, notre solution était si efficace qu’elle finissait par se retourner contre le client, puisque ses produits encourraient le risque d’être congelés. En connaissant les conditions de transport, nous avons pu utiliser au mieux les matières premières et proposer une solution plus adaptée.

L’économie de la fonctionnalité et de la coopération s’empare également des problématiques d’économie circulaire. Celle-ci ne fonctionnerait en effet pas, ou moins bien, si nos sociétés venaient à produire moins de déchets, ce qui n’a pas de sens du point de vue écologique. Si notre matière première venait à manquer d’ici quelques années, on pourrait nous demander de produire plus de déchets ! On ne peut donc pas raisonnablement baser son modèle économique sur la seule utilisation de matériaux recyclés.

Je suis Président du Club de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération d’Avignon : "Terres d'EFC : Provence". A titre d'exemple, le laboratoire ATEMIS et Christian Dutertre ont accompagné Gaz de France  en 2002, qui était à l’époque confronté à un problème de taille. Il lui fallait en effet vendre de l’isolation thermique pour permettre aux particuliers de consommer moins de gaz… ce qui mettait en jeu la rentabilité de l’entreprise !

Pour réussir, il faut entendre ce que le consommateur et les clients ne disent pas. Il faut chercher le caillou dans la chaussure. L’économie circulaire seule ne permet pas d’atteindre un tel objectif et ne peut donc garantir le rebond d’une entreprise si elle est l’unique levier stratégique de cette dernière.

La crise sanitaire n’a pas remis en question les ambitions française et européenne en termes d’économie circulaire des plastiques. Est-ce également vrai pour votre secteur d’activité ? Sentez-vous un besoin d’accélération dans ce sens de vos donneurs d’ordres ? Pensez-vous que certains objectifs seront plus facilement atteints que d’autres ?

La crise sanitaire et ses impacts économiques poussent nos clients à chercher des solutions pour survivre. Nous constatons qu’ils sont nombreux à abandonner certains de leurs engagements RSE.

Nos donneurs d’ordre nous demandent avant tout de ne pas disparaître et de baisser nos prix. Il n’est donc pas surprenant que les clients des secteurs aéronautique et médical ne soient plus très sensibles aux notions d’éco-conception. L’industrie aéronautique a toutefois obtenu des aides de l’Etat en échange de contreparties environnementales. Nous allons donc aider les compagnies aériennes à réduire le poids des emballages isothermes qu’elles utilisent pour conserver les plats qu’elles servent aux passagers.

Nous sommes dans l’urgence. Il faut faire de l’économie circulaire, mais celle-ci atteindra ses limites économiques un jour et ne doit pas être une fin en soi. L’économie de la fonctionnalité et de la coopération se concentre elle sur une dynamique servicielle, où l’on modifie son offre pour atteindre la performance de l’usage.

Pour réussir, il faut entendre ce que le consommateur et les clients ne disent pas. Il faut chercher le caillou dans la chaussure. L’économie circulaire seule ne permet pas d’atteindre un tel objectif et ne peut donc garantir le rebond d’une entreprise si elle est l’unique levier stratégique de cette dernière.

Il s’agit en fait de viser activement la décroissance des ressources matérielles par la recherche de valeur ajoutée au sein de votre société et des autres acteurs de votre écosystème.
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