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Economie circulaire : mieux comprendre la nouvelle politique chinoise

19 octobre 2021

Economie circulaire : mieux comprendre la nouvelle politique chinoise 

Beijing annonçait début juillet 2021 vouloir prioriser le développement de l’économie circulaire en Chine à l’aide d’objectifs dument planifiés afin d’optimiser l’utilisation des ressources et le cycle de vie des produits. Ce nouveau plan quinquennal aura des conséquences directes sur l’activité des industriels chinois, et doit également générer des opportunités supplémentaires pour les entreprises déjà engagées dans cette voie. 

La place de l’économie circulaire dans le 14ème Plan quinquennal 

La Commission Nationale Chinoise pour le Développement et la Réforme publiait le 7 juillet dernier son Plan de Développement pour l’Economie Circulaire dans le cadre de son 14ème Plan quinquennal. Celui-ci couvrira la période 2021-2025, et vise à développer l’économie circulaire à travers plusieurs initiatives, dont la promotion du recyclage, de la réparation des équipements plutôt que leur remplacement par du neuf, de l’éco-conception des produits et de l’utilisation de ressources renouvelables par l’industrie manufacturière. 

L’intégration de l’économie circulaire dans le Plan quinquennal chinois en fait une priorité absolue pour le pays. Cela signifie également que la Chine s’attachera à atteindre ses objectifs pour le climat fixés au niveau international et à promouvoir l’innovation durable sur son territoire. L’échéance étant relativement proche, les entreprises industrielles chinoises produisant des déchets se trouvent donc menacées. Celles qui évoluent déjà dans les secteurs des technologies vertes, de la gestion des déchets ou encore du recyclage pourraient en revanche voire leurs activités propulsées au cours des prochaines années. 

Des objectifs ambitieux et chiffrés 

Si l’on en croit le Plan, la Chine doit avoir implémenté des méthodes de production circulaire, promut les technologies et la production verte et amélioré significativement l’utilisation de ses ressources d’ici à 2025. Le pays devra également avoir « complètement établi » une véritable économie circulaire d’ici là, notamment en étendant la couverture de son réseau de recyclage à la totalité de son territoire. Toujours dans le but de maximiser l’utilisation de ressources renouvelables.  

Pour ce faire, le 14ème Plan quinquennal chinois propose des objectifs chiffrés qui semblent difficiles à atteindre, dont :  

  • Augmenter la productivité des ressources de 20% par rapport aux niveaux de 2020, c’est-à-dire les utiliser pour réduire, voire empêcher, la production de déchets au cours des process de production ; 
  • Réduire la consommation d’électricité de 13.5% par point de PIB par rapport à 2020 ; 
  • Réduire la consommation d’eau de 16% par point de PIB par rapport à 2020 ; 
  • Atteindre un taux d'utilisation de 86% pour les déchets de l’agriculture, de 60% pour les déchets solides en vrac et de 60 % pour les déchets de construction ; 
  • Trouver un débouché, préférablement dans le recyclage ou la réutilisation, pour 60 millions de tonnes de déchets en papier, et de 320 millions de tonnes de déchets en acier ; 
  • Recycler 20 millions de tonnes de métaux non-ferreux ; 

La production de la filière du recyclage, tous matériaux confondus, devra peser quelques 655 milliards d’euros. 

Des mesures pour mieux relever ce défi 

En plus de ces objectifs faramineux, le Plan quinquennal définit également trois catégories de tâches que les autorités territoriales devront entreprendre entre 2021 et 2025. Celles-ci s’adressent avant tout aux gouvernements régionaux, qui devront les interpréter et les appliquer en fonction des spécificités locales.  

Il s’agira donc dans un premier temps de permettre le recyclage des produits dès leur conception et d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources. A cela s’ajoute la nécessité d’ériger une véritable filière de recyclage des déchets et de créer une société « orientée vers le recyclage ».  Enfin, les autorités locales devront approfondir le développement d’une économie circulaire agricole.

Encourager la production propre se fera également à travers des audits obligatoires et volontaires grâce à la création d'un système de récompenses et de sanctions.

Améliorer l’utilisation des ressources et la conception des produits 

Cette première tâche s’articule en plusieurs volets, que les autorités locales visées par le gouvernement chinois devront activer en fonction de leurs besoins. Le premier est la promotion de l’éco-conception des produits, notamment au moyen de politiques locales, de l’établissement d’une classification officielle ou encore de livres blancs.  

Encourager la production « propre » se fera également à travers des audits obligatoires et volontaires grâce à la création d’un système de récompenses et de sanctions. L’objectif est ici de contraindre les entreprises à innover et à moderniser leurs outils de production.  

Les notions d’économie circulaire devront également être promues directement auprès des zones industrielles, en finançant la construction d’usines « vertes » et en créant des zones « éco-industrielles » pilotes.  

Les autorités locales devront également s’assurer que les usines utilisent bien leurs ressources et matières premières au mieux en limitant le gaspillage. Elles devront donc encourager l’emploi de techniques d’extraction plus écologiques, en finançant des programmes de R&D visant à rendre possible la réutilisation de plusieurs types de déchets, notamment dans des secteurs tels que les transports et le bâtiment.  

Il s’agira enfin de permettre le co-traitement des déchets produits en milieux urbains, notamment à travers l’amélioration des politiques locales et des normes réglementaires. Les autorités locales devront également mettre en place des méthodes de paiement pour développer le marché du traitement des déchets en question, et coordonner la destruction des déchets les moins valorisables.  

Créer une véritable filière et une société « orientée vers le recyclage » 

Le constat de départ de Beijing est qu’il est impératif d’améliorer la filière chinoise du recyclage, et ce pour tous types de matériaux. Selon le gouvernement, cela ne saurait être possible que via l’intégration des sites de recyclage dans la planification territoriale, notamment en en standardisant la construction et en améliorant les réseaux ruraux, toujours en fonction des spécificités locales.  

Il s’agira également d’optimiser l’utilisation et la transformation de ces nouvelles ressources renouvelables, en établissant dans un premier temps un cluster industriel dédié. Celui-ci aura la charge de standardiser le recyclage de plusieurs types de déchets, dont celui des produits électriques et électroniques et des véhicules, tout en renforçant sensiblement les mesures et les outils de contrôle de l’impact environnemental de ces activités. 

Les autorités locales auront également la charge de réglementer et standardiser le développement du marché des produits de seconde main, en améliorant les lois et les réglementations déjà existantes, mais aussi en encourageant leur commerce en ligne et en contrôlant mieux les lieux d’échanges physiques.  

Il leur faudra enfin encourager le développement d’une filière de remise à neuf, notamment dans les secteurs des pièces automobiles, des machines de construction ou encore de la robotique. 

Approfondir une économie circulaire agricole 

 Cette dernière mission passera dans un premier temps à travers l’accélération de l’utilisation des déchets agricoles et forestiers, dont les déchets générés lors des récoltes, les excréments des animaux d’élevage, ou encore les sciures de bois.  

Ces différents types de déchets devront par exemple être recyclés. Les fermiers et éleveurs devront donc être inclus dans la filière de recyclage en construisant des sites dédiés au cœur des villages et en établissant un réseau régional de gestion des déchets.  

Il s’agira enfin de promouvoir un nouveau modèle circulaire pour l’agriculture, en impliquant directement les plus grands producteurs via la création de consortiums. Ces derniers seront d’ailleurs vivement encouragés à utiliser des énergies vertes et à intégrer de nouveaux procédés. 

Une multitude d’actions dans des domaines hétérogènes 

Au-delà des objectifs chiffrés et des grandes tâches à effectuer par les gouvernements locaux, le Plan quinquennal engage également Beijing à mener plusieurs actions, dans le cadre de projets bien différents. Et la liste est longue :  

  • Construire un système industriel de recyclage des déchets urbains ; 
  • Développer un véritable parc industriel de recyclage ; 
  • Permettre une utilisation complète des déchets solides en vrac, que ce soit par recyclage ou réutilisation ; 
  • Réutiliser ou recycler les déchets du secteur de la construction ; 
  • Permettre des développements technologiques clés dans le domaine du recyclage ; 
  • Améliorer le recyclage et la réutilisation des déchets électriques et électroniques ; 
  • Mieux gérer le cycle de vie des véhicules ; 
  • Contrôler et réduire la pollution plastique ; 
  • Démocratiser l’utilisation d’emballages écologiques dans le secteur de la logistique ; 

Recycler les batteries. 

En plus de cette liste à la Prévert, qui ne regroupe que quelques exemples d’actions, le Plan prévoit le durcissement du cadre réglementaire et la mise en place de politiques strictes. Ce dernier point suppose notamment l’évolution des lois relatives à l’économie circulaire déjà existantes, mais aussi la création de nouvelles réglementations et normes, la production de données statistiques, la création de nouvelles taxes et d’outils de financement, ainsi qu’une supervision étatique des progrès des industriels. 

Et les plastiques dans tout ça ?  

Si le Plan quinquennal chinois prévoit surtout le recyclage et la réutilisation des matériaux, dont les polymères, ainsi que la limitation de la pollution plastique, il faut aussi comprendre que l’exécution de ces projets est bel et bien lancée, notamment avec le soutien de la Banque Mondiale. 

Celle-ci a en effet accordé un prêt de 345 millions d’euros à la Chine début juillet pour l’aider à construire une véritable économie circulaire des plastiques. Au programme de ce financement : une meilleure gestion des déchets plastiques et l'optimisation du recyclage de ces derniers. 

Le projet prend ici aussi la forme d'une politique nationale, en particulier pour les villes clés de Ningbo et de Chongqing. Ces dernières sont d'autant plus importantes qu'elles seraient le lieu d'entrée de nombreux déchets plastiques dans les cours d'eau.  

Ningbo servira de ville pilote pour un projet d'amélioration du tri des déchets et d'augmentation des taux de recyclage, tandis que les travaux de Chongqing se concentreront sur l'intégration de la gestion des déchets solides et de la pollution plastique dans des milieux à la fois urbains et ruraux.