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Le plasturgiste Qualiform adopte le recyclage chimique

03 décembre 2020

Qualiform adopte le recyclage chimique

Qualiform, un fabricant d'emballages cosmétiques en plastique basé au cœur de la Plastics Vallée, multiplie les actions d'écoconception à travers ses produits. Le plasturgiste a récemment adopté des matériaux issus du recyclage chimique et son Président, Stéphane Perrollier, partage dans cet article sa vision de l'économie circulaire des plastiques.

Qualiform, fabricant de flacons cosmétiques basé à Oyonnax, au cœur de la Plastics Vallée, fêtera bientôt ses 25 ans. Le plasturgiste utilise des technologies de soufflage du plastique, ainsi que diverses techniques de décoration, comme le marquage à chaud et la sérigraphie, pour satisfaire les exigences de ses clients, qui peuvent être issus des segments du luxe, du masstige et de la grande consommation.

La société, qui emploie une centaine de collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros en 2019, s’est très tôt emparée des problématiques liées à l’économie circulaire des plastiques pour relever les défis posés par ses donneurs d’ordre. Cet article, qui fait suite à une interview de Stéphane Perrollier, le Président de Qualiform, à paraître dans le Plastilien, vise à présenter des exemples d’éco-conception à travers l’étude de cas de ce plasturgiste.

Stéphane Perrollier raconte ainsi être très challengé sur les questions d’économie circulaire des plastiques, et ce depuis plusieurs années, par ses clients du luxe. L’enjeu est de taille : les emballages, en particulier le flacon et la bouteille, figurent parmi les icônes du « plastic bashing ». Pas question pour Qualiform de remettre en cause les raisons derrière ce mouvement : « nous n’essayons pas de combattre le plastic bashing, mais d’y apporter des solutions », explique son Président.

Une offre diversifiée pour des emballages plastiques plus écologiques

Même si les plasturgistes n’ont pas le pouvoir de contrôler la fin de vie de leurs produits, ils ont toutefois la possibilité d’offrir des solutions alternatives à leurs clients. C’est le choix qu’a fait Qualiform en misant sur la R&D de solutions écoresponsables depuis plusieurs années. La société a ainsi pu développer son offre « Green Line » couvrant l’ensemble des besoins de ses clients.

L’offre du fabricant s’est ainsi diversifiée, notamment en termes de choix des matériaux : plastiques biosourcés, plastiques recyclés mécaniquement et moléculairement et ocean plastics. Qualiform propose également l’intégralité de ces flacons standards avec des cols à vis permettant aux marques cosmétiques de pouvoir re-remplir les contenants et ainsi les rendre réutilisables.

Ces dernières années, les matières biosourcées n’ont pas fait l’unanimité. Stéphane Perrollier met en valeur le fait de pouvoir dès maintenant proposer des matières biosourcées Européennes dont le bilan carbone est moindre et dont les conditions de production sont transparentes. L’idée étant de pouvoir utiliser des déchets agricoles ou encore des huiles végétales pour pouvoir produire de la matière plastique.

En ce qui concerne les matières plastiques recyclées, Qualiform a eu à cœur d’offrir un éventail de solutions aussi large que possible. Ses clients peuvent ainsi choisir d’utiliser des matériaux recyclés mécaniquement (rPET). Le plasturgiste a cependant su prendre le train du recyclage moléculaire, souvent appelé « recyclage chimique ». Ce nouveau procédé permet de recycler un large éventail de déchets sans compromettre l’aspect technique ou esthétique de la matière qui en découle. Qualiform est en effet  le premier fabricant d’emballages à adopter les copolyesters Cristal™ Renew d’Eastman, ce qui permet maintenant aux marques cosmétiques de pouvoir utiliser de la matière recyclée certifiée sans impacter le niveau de transparence des flacons. Cette décision va dans le même sens que dans la mutation entamée par les pétrochimistes.

Les flacons de Qualiform fabriqués avec les copolyesters certifiés recyclés d'Eastman

Pour finir, Qualiform a misé sur une autre filière de recyclage mécanique un peu moins traditionnelle. Le plasturgiste propose des emballages fabriqués à partir de matériaux baptisés « ocean plastics ».

La pollution plastique dans nos océans est devenue une épidémie mondiale. C’est pour répondre à cette problématique que Qualiform propose de la matière plastique produite à partir de déchets collectés par des bénévoles sur les plages, dans les rivières et les lacs. Ces déchets plastiques sont ensuite recyclés mécaniquement et transformés en un nouveau granulé plastique. Cette matière offre donc une solution éco-responsable pour les marques cosmétiques tout en participant à la dépollution de nos océans.

Le principe de mass balance expliqué par Stéphane Perrollier

Les copolyesters Cristal™ Renew d’Eastman ont la particularité d’être certifiés ISCC « recycled content » selon le principe de mass balance. Stéphane Perrollier compare ce concept à l’offre de contrats d’électricité verte d’EDF. L’énergéticien produit en effet de l’électricité à partir de différentes sources, dont l’éolien et le photovoltaïque. Les contrats d’électricité vertes engagent EDF à fournir un certain pourcentage d’énergie issue de ressources renouvelables à ses clients. Le reste peut donc par exemple provenir de l’exploitation de centrales nucléaires.

Les polymères ISCC « recycled content » selon le principe de mass balance sont donc comparables à ce système. Ils contiennent une part plus ou moins importantes de matériaux issus du recyclage moléculaire (jusqu’à 50%), qui consiste à dépolymériser les plastiques pour en obtenir la forme précurseur, c’est-à-dire les monomères. Ceux-ci ne peuvent pas être différenciés des monomères issus de la pétrochimie, et le plastique issu de leur polymérisation commune a des propriétés comparables à ceux qui n’ont jamais été recyclés. Ils sont pourtant issus, au moins partiellement, d’un procédé de recyclage, et le certificat ISCC vient l’attester.

L’aventure du recyclage moléculaire des plastiques

Pour Stéphane Perrollier, les différentes technologies de recyclage moléculaire sont vouées à fortement perturber le marché de l’emballage cosmétique en plastique, et ce dans le bon sens du terme. Le secteur utilisait déjà les matériaux issus du recyclage mécanique, mais ces nouvelles technologies permettent de traiter des emballages qu’il n’était jusqu’ici pas possible de recycler, tout en offrant aux plasturgistes des matériaux dont les propriétés, notamment esthétiques, sont en tout point identiques à celles des matériaux vierges (ndlr : qui n’ont jamais été recyclés).

Qualiform utilise depuis longtemps des matières plastiques recyclées post-consommateur (PCR). C’est selon Stéphane Perrollier l’option la plus demandée par ses clients et ses prospects. Le plasturgiste a donc investi massivement l’année dernière pour adapter ses lignes de production à ce besoin.

Adopter les matériaux issus du recyclage moléculaire n’était donc pas une contrainte pour le parc machine de l’entreprise. Stéphane Perrollier espère d’ailleurs que la disponibilité de ces plastiques va augmenter. Selon lui, la progression de ce flux de matériaux en particulier offrira plus de possibilités aux fabricants d’emballages plastiques et à leurs clients, sans compromis sur l’esthétique du produit final. Le Président de Qualiform est d’ailleurs confiant sur la capacité des grandes marques à adopter ces produits, car elles pourront selon lui passer des matériaux issus des énergies fossiles à des matières recyclées d’autant plus rapidement, puisque qu’aucune re-homologation n’est nécessaire lors d’un switch entre matière vierge et Cristal Renew. Elles pourront également bénéficier d’un bilan carbone moindre, en plus de permettre le recyclage de déchets qui auraient pu être enfouis.

Stéphane Perrollier met en valeur une étude réalisée par McKinsey : parmi tous les déchets plastiques qui circulent dans le monde, 40% d’entre eux finissent enfouis, 25% sont incinérés, 19% finissent dans notre environnement et seulement 16% sont collectés pour le recyclage mécanique. Le recyclage moléculaire pourrait capter une partie de ces déchets qui aujourd’hui ne sont pas recyclable via la technologie du recyclage mécanique. Evidemment, les investissements massifs nécessaires pour permettre l’industrialisation, puis la commercialisation, de ces technologies, génèrent des écarts de prix.

Selon le Président de Qualiform, les matériaux issus du recyclage moléculaire, encore peu disponibles sur le marché européen car peu industrialisés, sont en moyenne 30% plus chers que leurs équivalents vierges. Il affirme cependant que cet écart de prix est de moins en moins un frein pour le segment de la cosmétique. Ce modèle n’est cependant pas forcément adapté à tous les secteurs.

Nous sommes à un tournant de l’économie circulaire grâce aux nouvelles technologies de recyclage des plastiques.

Le certificat ISCC, une nécessité pour être transparent

Qualiform a très récemment obtenu le certificat ISCC pour la gamme d’emballages développée avec les copolyesters Cristal™ Renew d’Eastman, dont la part de matériaux recyclés certifiée atteint 50%. L’obtention de ce certificat était en effet nécessaire pour être véritablement transparent avec les consommateurs finaux.

Le plasturgiste reçoit en effet des lots de cette matière première, et a l’obligation de la suivre tout au long du processus de production pour confirmer que sur 100 tonnes de matériaux utilisés, elle remet bien un certain pourcentage sur le marché sous la forme d’emballages (une partie de ce volume peut être évacué sous la forme de rebuts de production, et donc ne pas être remis sur le marché – le suivi permet d’évaluer les quantités exactes). Pour que cette démarche soit valide, un certificat ISCC est nécessaire. En d’autres termes, dès lors que Qualiform livrera des flacons contenants de la matière Cristal Renew, le client recevra un certificat ISCC unique dans le but de pouvoir tracer la matière.

Celui-ci permet le traçage de l’ensemble du process, de la production du matériau en lui-même à la mise sur le marché des emballages. L’ensemble de la chaîne de valeur doit donc être certifié.

L’obtention de ce certificat a permis à Qualiform de lancer sa nouvelle gamme au début du mois de septembre 2020.

Selon Stéphane Perrollier, l’obtention de ce label ne demande pas forcément un effort financier de la part des entreprises, en particulier si celles-ci ont déjà mis en place des méthodes de suivi de leur production. C’est souvent le cas dans le secteur cosmétique, car le traçage de la matière première est déjà une obligation pour les fabricants d’emballages.

Pour Stéphane Perrollier, la chaîne de valeur de la plasturgie « se situe à un tournant de l’économie circulaire » grâce à ces nouvelles technologies. Il est nécessaire selon lui de pousser la montée en puissance de ces dernières car elles permettront à terme « d’introduire directement des déchets dans les emballages », et donc d’augmenter la demande pour des solutions plus écologiques.

Si Stéphane Perrollier ne cache pas son enthousiasme pour les plastiques issus de ces nouvelles technologies, il assure que « Qualiform utilise des plastiques recyclés mécaniquement depuis longtemps, et continuera à le faire ». Selon lui, ces deux technologies vont perdurer, et n’ont pas les mêmes cibles. Pas de danger pour la filière du recyclage mécanique des plastiques.

Les flacons fabriqués par Qualiform avec le copolyester certifié contenu recyclé d'Eastman

Stéphane Perrollier sent enfin que les choses changent rapidement dans l’emballage cosmétique. Certains de ses clients sont prêts à légèrement « griser » leurs flacons, afin d’incorporer plus de plastiques recyclés mécaniquement dans ces derniers. Il confie que de plus en plus de donneurs d’ordre utilisent ces matériaux pour leurs emballages.

Qualiform mise aussi sur l’emballage réutilisable
Le plasturgiste parie en grande partie sur le choix de ses matériaux pour participer activement à l’économie circulaire des plastiques. Il a également à cœur de participer à des projets visant à réduire la production de déchets à la source. C’est donc naturellement que Qualiform participe à des projets de réutilisation des emballages.

Pour Stéphane Perrollier, la recharge n’a d’avenir que dans certains segments bien précis. Il faut en effet organiser le traitement de ces dernières, qu’elles soient vouées à être à nouveau remplie ou bien recyclées. Cela suppose le retour de l’emballage par le consommateur, la plupart du temps en boutique.

Si l’exemple de la plateforme digitale Loop permet en effet aux consommateurs de renvoyer leurs emballages réutilisables aux différentes marques par le moyen de livraisons organisées via le site, il demeure une exception. Organiser la collecte des emballages en boutique demande un important investissement en termes de fidélisation des clients et de massification du flux de récupération des emballages par les grandes marques. Reste donc à savoir si celles-ci parviendront à surmonter les difficultés logistiques inhérentes à cette activité.

L’industrie cosmétique après la crise sanitaire
Une enquête récemment publiée par Cosmed, l’association professionnelle représentant les entreprises de la filière cosmétique française, démontre que cette industrie a été négativement impactée par la crise sanitaire. 80% des sociétés interrogées dans le cadre de cette enquête ont déclaré avoir subi des pertes de chiffre d’affaires.

Les fabricants d’emballages plastiques pour l’industrie cosmétiques ont donc eux aussi été impactés. L’enquête menée par la Fédération de la Plasturgie et des Composites et de ses syndicats membres (Allizé-Plasturgie, GIPCO et Plasti Ouest) auprès de 289 plasturgistes, l’a confirmé. 51% des sociétés interrogées pour le secteur des cosmétiques ont témoigné d’une perte de CA comprise entre 21 et 40%. Seuls 4% des répondants attestaient ne pas avoir subi de pertes, notamment grâce aux ventes apportées par le segment des gels hydroalcooliques.

Comme bien des plasturgistes français, Qualiform a dû affronter cette crise et la société s’est, elle aussi, positionnée sur le segment des produits d’hygiène personnel. L’urgence générée par la crise sanitaire a pu laisser craindre que les efforts d’économie circulaire seraient, au moins momentanément, mis de côté. Stéphane Perrollier, qui s’est assuré que son entreprise travaillait à l’obtention du certificat ISCC pendant la crise, se montre confiant.

Selon lui, le segment de marché ayant le plus souffert de la pandémie est celui du maquillage, car le port obligatoire du masque, la pratique du télétravail et le confinement ont découragé l’utilisation de ce dernier, en particulier du rouge à lèvres. Ses donneurs d’ordre n’ont pourtant pas perdu les enjeux liés à l’éco-responsabilités, et ce même au plus fort de la crise.

D’après Stéphane Perrollier, la crise sanitaire a mis en lumière les avantages des matières plastiques et a souligné l’importance de l’éco-conception de l’emballage afin de minimiser leur impact environnemental. Ce à quoi Qualiform s’attache déjà.