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Cosmétique : l'essor des tubes en plastique recyclables et recyclés

15 décembre 2020

Cosmétique : l'essor des tubes en plastique recyclables et recyclés

2020 aura profondément marqué l’industrie cosmétique. La majorité des consommateurs s’est en effet retrouvée à vivre quasi exclusivement en intérieur ou à cacher son visage derrière un masque. La façon dont les rituels de beauté sont envisagés a donc profondément évolué. Certaines tendances ont ainsi éclos tandis que d’autres ont accéléré.

Nouveaux défis pour l’industrie cosmétique

La pandémie a en effet généré une multitude de défis pour cette industrie : fermeture des salons de beauté et de coiffure pendant plusieurs semaines et ce à travers le monde entier, un nouveau besoin sur le segment skincare pour lutter contre le mascné (acné causé par le port du masque), essor des soins de la peau faits maison, sursaut du nombre de vues pour les tutoriels de maquillage sur YouTube, chute vertigineuse des ventes de produits de maquillage pour les lèvres quand celles des produits pour les yeux se sont envolées, et engouement pour les produits de beauté unisexes.

Pendant ce temps, le gel hydroalcoolique devenait un essentiel du quotidien, plusieurs célébrités ont annoncé le lancement de leurs propres marques de beauté (Lady Gaga, Selena Gomez, Jennifer Lopez, Millie Bobby Brown et bien d’autres encore…) et le nombre de consultations dans les cliniques de chirurgie esthétique ont augmenté. En cause ? « L’effet Zoom », qui a rythmé l’année et dont la caméra utilisée pendant les visioconférences filme par le bas et fait, potentiellement, ressortir les défauts du visage.

Emballages écologiques : la tendance qui ne ralentit pas

Les tendances citées plus haut n’ont pas toujours damé le pion de celles qui sont apparues avant la crise sanitaire. La digitalisation a par exemple sauvé les ventes des majors de l’industrie cosmétique, comme l’Oréal et Estée Lauder, au cours des premier et second trimestres 2020. La digitalisation du retail a cependant pris un peu de retard pour cause de magasins fermés, avant d'avoir finalement l’opportunité d’accélérer. En effet, les boutiques vont devoir réimaginer la façon dont les clients peuvent tester les produits sans risquer d’être contaminés.

Une autre tendance qui n’a pas décéléré est celle de l’emballage cosmétique écologique.  La demande des fabricants de soins pour la peau pour ce type de solution aurait en effet continué à augmenter pendant la crise sanitaire, selon un rapport publié par l’agence Euromonitor.  Ce document met notamment en avant une hausse de la demande pour les emballages réutilisables, tant sur le segment du soin que sur celui du parfum.

Les problématiques d’impact environnemental et de RSE demeureront en effet l’un des principaux sujets d’intérêt du secteur des cosmétiques au cours des prochaines années. La pression exercée par les donneurs d’ordre sur les plasturgistes risque de se faire de plus en plus importante à mesure que l’échéance 2025 approche, puisque plusieurs objectifs en matière d’emballages devront être atteints d’ici là.

Distributeurs, fabricants, marques et grands noms de l’industrie cosmétiques ont en effet multiplié les engagements et les annonces en 2020. Giles Hurley, le CEO de la chaîne de supermarchés Aldi, a en effet expliqué à ses fournisseurs que leurs emballages devront incorporer 100% de matériaux recyclés ou devront être compostables ou réutilisables s’ils souhaitent que leurs produits soient toujours distribués par l’enseigne à partir de 2025.

Jeff Bezos a quant à lui dévoilé un plan de neutralité carbone pour Amazon, à échéance 2040. La distribution de matériaux cosmétiques du géant du commerce en ligne ne saurait donc déroger à la règle. De son côté, L’Oréal a signé un accord pluriannuel avec Loop Industries pour se fournir en résines PET recyclées pour ses besoins d’emballages. Henkel, un autre géant du secteur des cosmétiques, a révélé ses ambitions en termes d’emballages durables, dont la réduction de la production de déchets plastiques à horizon 2025 et l’objectif de devenir « climate positive » dès 2040.

Stéphane Perrollier, le Président du plasturgiste Qualiform, adhérent Polyvia, confirme cette tendance. Son entreprise a d’ailleurs adopté des matériaux issus du recyclage chimique et certifiés ISCC afin de pouvoir répondre à la demande de ses clients de l’industrie des cosmétiques en mettant sur le marché des emballages cosmétiques en plastique écologiques et innovants.

Les polymères issus du recyclage chimique intéressent fortement les grands donneurs d’ordre du secteur, et ce malgré leurs prix bien plus élevés que ceux des résines plastiques recyclées mécaniquement ou ceux des polymères vierges. Nombreuses sont les marques qui exigent dans leurs cahiers des charges l’utilisation de matériaux plastiques compatibles avec le contact alimentaire. Les matières issues du recyclage mécanique, à l’exception du rPET (PET recyclé), ne peuvent cependant pas bénéficier de cette certification. Il est possible que la réglementation européenne évolue dans ce sens au cours des prochaines années, mais les polymères issus du recyclage chimique peuvent déjà être utilisés pour des applications de contact alimentaire, d’où l’engouement de l’industrie cosmétique pour ces derniers.

La multiplication des tubes cosmétiques en plastique recyclé

Souvent multicouches, parfois multi-matériaux, les tubes en plastique renfermant des produits cosmétiques sont plus difficiles à recycler que les bouteilles de shampooing. Si les marques ne réduisent  évidemment pas leurs efforts de recyclabilité à ces seuls emballages, il n’est pas étonnant de voir les annonces de progrès techniques les concernant se multiplier depuis quelques mois.

Quelques plasturgistes européens, après de considérables efforts de R&D, ont ainsi pu proposer des tubes cosmétiques en plastique recyclables et/ou fabriqués à partir de matériaux recyclés afin de leur permettra d’atteindre plus rapidement leurs objectifs en matière de réduction de l’impact environnemental de leurs produits.

Procter & Gamble est par exemple entré en partenariat avec Albéa, l’un des leaders mondiaux du marché des emballages cosmétiques en plastique. Le groupe a choisi les tubes Greenleaf Generation 2 du plasturgiste pour ses marques de soins dentaires, dont Crest, Oral-B et Blend-a-med. Ces dernières adopteront leur nouvel emballage, un tube en PEHD (polyéthylène haute densité) recyclable, à partir de janvier 2021. Les autres marques de soins dentaires de P&G devraient quant à elles transitionner d’ici 2025. Les tubes Greenleaf Generation 2 d’Albéa sont certifiés recyclables par RecyClass et SUEZ.cirpack en Europe, ce qui signifie qu’ils peuvent être inclus dans les flux de traitement des déchets plastiques déjà existants.

Procter & Gamble n’est pas le seul donneur d’ordre à avoir adopté la technologie d’Albéa. Colgate-Palmolive l’avait en effet précédé en annonçant dès février 2020 son intention d’utiliser ces emballages plastiques recyclables aux Etats-Unis avec la marque Tom’s of Maine et au Royaume-Uni avec la marque Colgate Smile for Good, et ce dès cette année.

Le groupe Henkel a également choisi les tubes Greenleaf pour ses marques Vademecum, Denivit, Licor del Polo, Theramed et Theraxyl. Le groupe estime que ce changement d’emballage permettra de recycler 700 tonnes de déchets plastiques supplémentaires par an. Henkel travaille cependant avec le plasturgiste sur la question des bouchons de ces tubes, avec pour objectif de mettre sur le marché le premier tube PEHD intégralement recyclable dès 2021.

Henkel a en revanche préféré l’aluminium au plastique pour les tubes de ses colorations pour cheveux. La marque Diadem sera notamment la première de la gamme à adopter des tubes entièrement fabriqués à partir d’aluminium recyclé. Comme pour ses tubes de dentifrice, le groupe a pour objectif d’utiliser des bouchons en plastique recyclé, afin de s’assurer que l’intégralité de l’emballage soit recyclable. Le développement de ces bouchons est en cours.

Au-delà de mettre sur le marché des emballages plastiques recyclables, le secteur doit également s’attacher à proposer des solutions incorporant des polymères recyclés, en concordance avec les exigences des cadres réglementaires européen et français. Ici encore, le segment des tubes cosmétiques fait figure de proue des efforts du secteur.

La marque de produits cosmétiques naturels Annemarie Börlind a ainsi récemment adopté des tubes fabriqués à partir de plastique recyclé PCR (post-consommateur) par Albéa. Ces emballages ont été choisis pour la gamme de soins de la peau pour hommes de la marque.

Le plasturgiste Cosmogen a également convaincu la marque L’Occitane d’utiliser des tubes en PE (polyéthylène) recyclé PCR pour soin du contour des yeux. Le tube est couronné d'un applicateur en acier inoxydable muni de trois boules de massage, afin de provoquer une sensation de fraîcheur décuplée pendant l’utilisation de ce gel.

Le fabricant d’emballages plastiques Neopac propose quant à lui un tube cosmétique incorporant jusqu’à 75% de polyéthylène recyclé depuis 2019. Le tube contient au moins 50% de plastiques PCR et est compatible avec le contact alimentaire. Une grande partie des matériaux PCR utilisés est issue du recyclage des bouteilles de lait en Europe de l’Ouest. Les 25% restants sont des plastiques PIR (post-industriels) issus de déchets de production de tubes laminés. Les bouchons de ces tubes sont également fabriqués à l’aide d’ocean plastics, c’est-à-dire des polymères recyclés produits à partir de déchets plastiques collectés dans le cours d’eau ou en bord de plage.

Vers toujours plus de recyclé en cosmétique

Comme le remarquait Stéphane Perrollier, le président du fabricant d’emballages cosmétiques Qualiform, dans son interview avec Polyvia, les donneurs d’ordre du secteur sont de plus en plus nombreux à vouloir incorporer des matières plastiques recyclées dans leurs packagings.

Certains explorent tout de même d’autres solutions. C’est par exemple le cas de L’Oréal, qui a commercialisé pour la première fois cette année des tubes en carton pour sa marque de crèmes solaires La Roche-Posay, encore une fois en partenariat avec Albéa. Le géant des cosmétiques se lance également dans la capture de CO2 avec Total et Lanzatech afin d’obtenir du polyéthylène utilisable pour fabriquer des emballages cosmétiques via un process industriel innovant.

Ces innovations ne se limiteront donc pas aux seuls tubes cosmétiques en plastique, bien que ceux-ci aient tendance à défrayer la chronique depuis quelques mois. AmorePacific, le major de la K-Beauty, a par exemple collaboré avec Dow pour proposer des poches en plastique recyclé pour ses produits liquides. Le groupe a ainsi transitionné vers des emballages recyclés, recyclables et plus légers.

Les plasturgistes devront donc se frayer un chemin entre deux tendances contraires. La première vise la réduction des emballages plastiques à usage unique, et est largement soutenue par un cadre réglementaire de plus en plus contraignant en Europe. Leur survie peut donc se jouer sur leur capacité à surfer sur la seconde, qui est l’adoption réfléchie de matériaux plastiques recyclés pour fabriquer leurs emballages et ainsi s’inscrire dans les objectifs RSE que se sont publiquement fixés leurs donneurs d’ordre. L’innovation est donc de rigueur.