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08 mars 2022

Guerre en Ukraine : quelles conséquences pour la plasturgie ?

Souffrances humaines, choc économique et sursauts géopolitiques. Les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie seront à coup sûr d’envergure mondiale. Les ramifications de ce conflit, survenu au cœur de l’Europe, sont d’autant plus incertaines qu’elles dépendent des intentions et de la stratégie d’un seul homme : Vladimir Poutine.

Ce dernier souhaite-t-il mettre la main une bonne fois pour toute sur l’entièreté du territoire Ukrainien ou seulement sécuriser l’accès de la Russie à des ports qui ne gèlent pas au moyen de l’annexation de zones formant un couloir vers la Crimée ? S’agit-il également de fragiliser l’OTAN et de provoquer une profonde crise de sécurité en UE ? Ces questions devraient rapidement trouver leurs réponses dans les livres d’histoire, mais on devine dès aujourd’hui les impacts économiques potentiels de ce conflit. 

La filière plasturgie et composites, et l’industrie française au sens large, sont particulièrement vulnérables alors que le monde attend les prochaines annonces de sanctions à l’encontre de la Russie.

La hausse des prix du plastique et de l’énergie : première conséquence du conflit russo-ukrainien

Les plasturgistes français et européens sont déjà familiers du cycle inflationniste enclenché par la pandémie et les pénuries qu’elle a provoquées. Les industriels ont en effet été confrontés à d’importantes hausses de prix du plastique entre 2020 et 2022, la plupart des polymères ayant atteint des niveaux de prix historiques. Le début de l’hiver 2021-2022, qui s’est avéré particulièrement froid, s’est quant à lui accompagné de fortes augmentations du coût de l’électricité et a remis sur la table la question de la souveraineté énergétique de l’UE.

L’adage veut qu’un malheur n’arrive jamais seul, et la situation en Ukraine pourrait compliquer un peu plus les choses.

Guerre en Ukraine : le cours du brut s’envole

Les contrats à terme sur le pétrole brut ont augmenté de 2 USD/baril le vendredi 22 février dernier. Le cours du Brent est donc passé au-dessus du seuil critique des 100 USD/baril, qui n’avait pas été atteint depuis 2014. Les cours mondiaux du brut suivaient depuis quelques temps une tendance résolument haussière sur fond d’inquiétudes quant à l’insuffisance de l’offre et au redémarrage post-pandémique de la demande. Certains experts craignent désormais que le cours du baril n’atteigne rapidement 135 USD.

Exclusion de la Russie du SWIFT : quels risques pour le marché de l’énergie ?

L’UE, le Canada et les Etats-Unis ont annoncé le 26 février 2022 une nouvelle vague de sanctions à l’encontre de la Russie. Il a en effet été décidé d’exclure de nombreuses banques russes du SWIFT, le système de paiement international, et de geler les avoirs de la Banque Centrale russe. D’après l’UE, 70% des banques russes seraient concernées par ces sanctions.

Celles-ci ne concernent pas pour l’instant le pétrole et le gaz, ou du moins pas directement. Cela n’a néanmoins pas empêché le cours du pétrole de bondir de 5%. Les cours européens du gaz devraient eux aussi repartir à la hausse.

La Suisse annonçait le 28 février 2022 son intention d'appliquer des sanctions similaires à celles de l'UE. Les avoirs basés en Suisse de Vladimir Poutine, ainsi que ceux de Mikhail Mishustin, le Premier Ministres russe, et de Sergei Lavrov, le Ministre des Affaires étrangères, sont gelés. C'est également le cas de tous les avoirs détenus par des entreprises ou des personnes russes.

Sanctions européennes : le pétrole et le gaz indirectement visés

L’Europe a beaucoup à perdre dans ce conflit, notamment la sécurisation de ses approvisionnements en énergie. Le premier éventail de sanctions annoncé le 25 février dernier par Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne, vise, entre autres, l’accès des industries pétrolière et gazière russes à des catalyseurs clés.

Les exportations russes de pétrole et de gaz ne sont toutefois pas sanctionnées. Ces dernières ont par ailleurs rapporté quelques 24 milliards d’euros de revenus à la Russie en 2019. L’objectif serait en fait d’ « empêcher la Russie de moderniser ses raffineries ». Cette mesure devrait également impacter la filière du gaz naturel, car elle vise les sites responsables de l’extraction des condensats et d’autres hydrocarbures légers.

Les catalyseurs doivent être changés tous les ans à tous les 8 ans selon les sites et en fonction des technologies utilisées. Les fournisseurs européens, parmi lesquels BASF (Allemagne), Haldor Topsoe (Danemark) et Johnson Matthey (Royaume-Uni) ne peuvent donc plus exporter. Reste à savoir si les autres principaux fournisseurs de catalyseurs de la Russie, que sont les groupes étasuniens Chevron Lummus Global and Grace, Albemarle, UOP et Criterion, seront contraints d’en faire de même.

A noter également que la Russie est capable de produire elle-même certains de ces catalyseurs, mais est entièrement dépendante de l’étranger pour d’autres. De son côté, le Royaume-Uni a interdit les exportations d’une large gamme de technologies à haute valeur ajoutée et d’équipements pour le raffinage vers la Russie.

L’UE n’imposait pas, au moment de la rédaction de cet article, de sanctions aux sociétés transportant du pétrole brut à partir des ports russes d’Ust-Luga et de Novorossiysk, et ne cherchait pas non plus à restreindre les achats de gaz produit en Russie. Certaines compagnies n’ont cependant pas attendu que la décision soit prise pour refuser d’envoyer des navires dans ces ports.

Guerre en Ukraine : les Etats-Unis sanctionnent Nord Stream 2

Parce qu’ils ne dépendent pas de la Russie pour leurs besoins en énergie, les Etats-Unis se montrent moins frileux que l’Europe, avec Nord Stream 2 en ligne de mire. De lourdes sanctions visent le fameux pipeline dans lequel ont déjà été investis 11 milliards de dollars, si bien qu’un porte-parole du Département des Etats-Unis a déclaré que ce dernier est désormais « un morceau d’acier qui repose au fond de l’océan ».

Joe Biden annonçait le 23 février son intention d’imposer des sanctions à la société chargée de construire le pipeline Nord Stream 2. Les Etats-Unis visent également ses dirigeants de l’entreprise et les leaders derrière le projet. Nord Stream 2 AG, la société en question, est basée en Suisse mais est détenue par Gazprom, le géant gazier russe. Gazprom possède la totalité du pipeline mais n’en a payé que la moitié, le reste des investissements venant de Shell, d’OMV (Autriche), d’Engie (France) et des groupes allemands Uniper et Wintershall DEA.

Une décision qui fait écho à celle de l’Allemagne, qui a interrompu le projet le 22 février 2022. Le pipeline pourrait en effet approfondir la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie sur les questions énergétiques. Un projet auquel s’était d’ailleurs opposé Volodymyr Zelensky, le Président ukrainien, en 2021.

En bref, les Etats-Unis ont décidé de bloquer et de geler toutes les propriétés et actifs basés aux Etats-Unis détenus ou contrôlés par les individus liés au projet Nord Stream 2. Les propriétés et actifs liés au projet mais basés ailleurs dans le monde et détenus par des citoyens des Etats-Unis sont également visés. Sont particulièrement exposés Matthias Warnig, le CEO de Nord Stream 2 AG, ainsi que les autres dirigeants de la société.

C’est la première fois que les Etats-Unis appliquent des sanctions directes au projet Nord Stream 2. Les mesures précédentes visaient les entités engagées dans la construction et la certification du pipeline et avaient ainsi retardé sa livraison de deux ans.

Et si la Russie coupait le gaz à l’Europe ?

Moscou a besoin des fonds générés par ses ventes de pétrole et de gaz pour financer son effort de guerre, mais ces énergies sont celles qui permettent à l’Europe de garder les lumières allumées en hiver. Il apparaît donc que les sanctions pouvant impacter le plus lourdement la Russie sont également le plus difficiles à imposer pour l’Europe.

L’Allemagne, la Pologne et la Hongrie font partie des Etats membres de l’UE les plus dépendants au gaz naturel russes, alors que la France, l’Italie et les Pays-Bas en consomment bien moins. La progression de l'armée russe sur le territoire ukrainien aura par ailleurs des répercussions immédiates pour le marché européen de l'énergie. Des volumes considérables de gaz naturel transitent par l'Ukraine et les pays d'Europe de l'Est et d'Europe Centrale se voient ainsi exposés à des ruptures d'approvisionnement. De telles perturbations entraîneront de nouvelles hausses de prix pour tout le continent.

Et si la Russie nous coupait le gaz ? Celle-ci est déjà accusée depuis plusieurs mois de manipuler les flux de gaz naturel destinés à l'UE pour faire pression sur cette dernière dans le cadre de son conflit avec l'Ukraine. Pour rappel, 40% du gaz naturel consommé en Europe provient de Russie, et une grande partie de ces volumes sont acheminés via l'Ukraine.

Selon le cabinet Wood Mackenzie, un arrêt des importations de gaz russe obligerait l'Europe à activer tous les leviers existants pour couvrir ses besoins en énergie, c’est-à-dire exploiter les centrales nucléaires et les centrales à charbon au maximum de leurs capacités pour justement éviter de brûler du gaz. Une coupure prolongée empêcherait également la reconstitution des stocks pendant l'été, et donc un hiver 2022-2023 particulièrement difficile et coûteux.

De telles conditions pourraient encourager les filières industrielles les plus énergivores à ralentir leur activité. La pétrochimie en fait partie. Les plasturgistes européens sont donc exposés à une double peine : d'une part l'augmentation des coûts énergétiques qui pèse sur leurs marges, et d'autre part le risque de voir les pénuries de polymères s'aggraver à nouveau.

Ukraine-Russie : bientôt de nouvelles hausses de prix du plastique ?

Les plasturgistes français et européens ont affronté un véritable cycle inflationniste entre mai 2020 et la fin 2021 en ce qui concerne leurs achats de plastique. Au-delà des hausses de prix vertigineuses constatées pour certains polymères, ce sont surtout les immenses pénuries de matériaux qui ont fragilisé la filière française.

Janvier 2022 : entre apaisement des tensions sur l’offre et stagnation du prix du plastique

Si les difficultés d’approvisionnement étaient moins prégnantes en janvier 2022 qu’elles ne l’étaient en mai 2021, au plus fort de la crise, force est de constater que les prix du plastique demeurent à des niveaux très élevés, et dans certains cas gravissent encore des sommets jusqu’ici jamais atteints.

Evolution du prix du plastique en France
 Polymères  Prix moyen Mai 2020 Prix moyen Janvier 2022 Evolution des prix du plastique entre mai 2020 et janvier 2022
 PEBD  1042 €/t  1982 €/t  + 90.2%
 PEBD-L  860 €/t  1805 €/t  + 109 %
 PEHD Injection  1063 €/t  1949 €/t  + 83.5%
 PP homopolymère  1224 €/t  1928 €/t  + 57.5%
 PP copolymère  1066 €/t  2074 €/t  + 94.5%
 PVC suspension  720 €/t  2004 €/t  + 178.5%
 PS cristal  1084 €/t  2063 €/t  + 90.3%
 PET bottle grade  951 €/t  1698 €/t  + 78.5%
 ABS  1735 €/t  3324 €/t  + 91.6%
PA 6 naturel  2160 €/t  4166 €/t  + 92.9%
PA 6.6 naturel  3978 €/t  5391 €/t  + 35.5%
POM naturel  2445 €/t  3197 €/t  + 30.7%

Source : Baromètre des Matières Plastiques (BMP) de Polyvia. Les prix présentés ci-dessus représentent les prix moyens du plastique en France. Le BMP est une enquête réservée aux adhérents de Polyvia et seuls ses répondants reçoivent l’ensemble des données ainsi que la synthèse complète. D’autres polymères vierges, ainsi que les plastiques recyclés, sont traités dans le cadre de l’enquête. Les réponses sont anonymisées. Pour plus d’informations, contactez Bibiane BARBAZA.

Guerre en Ukraine : quel impact sur les prix du plastique ?

De nombreux répondants de l’édition de janvier 2022 Baromètre des Matières Plastiques de Polyvia prédisaient des prix stables pour les polymères en février et en mars. Ces prévisions ne tenaient probablement pas toutes compte de l’escalade du conflit entre l’Ukraine et la Russie, puisque l’enquête avait été menée entre la fin janvier et le début février derniers. Les tensions en Ukraine ne s’accompagnent pas que du fameux brouillard de guerre, mais également de nuages noirs pour le marché européen des polymères.

L’agence britannique ICIS, qui se spécialise dans l’analyse des marchés de la chimie et de la pétrochimie, rapportait le 24 février 2022 une envolée du cours européen du naphta, en corrélation avec celle du pétrole brut.

Les prix spot du naphta, à partir duquel sont fabriqués plusieurs monomères qui servent à la production de polymères (dont le PE, le PP et le PVC par exemple), a lui aussi atteint des niveaux jamais observés depuis septembre 2014 en franchissant le seuil des 900$/tonne. On notera également le fait que le cours du brut s’est fixé à 105$/baril ce jour-là.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie est loin d’être étrangère à ce phénomène, et vient perturber un peu plus un marché déjà sujet à d’importantes tensions sur l’offre. La situation du marché européen du naphta ne devrait guère s’améliorer au cours des prochaines semaines. Les raffineries auront en effet des difficultés à augmenter leurs volumes de production en raison de la hausse des coûts énergétiques et du manque d’importation.

L’envolée des cours du brut et du naphta devrait impacter les prix du plastique. Les cours européens de l’éthylène et du propylène, deux monomères utilisés pour fabriquer des polymères, suivent en générale la courbe du cours du naphta. Les prix du PE, du PP et du PVC étant généralement indexés sur ceux des monomères, il est probable qu’eux aussi ne tardent pas à suivre une tendance haussière. L’augmentation des prix du PVC et des polyoléfines pourrait également être motivée par la hausse des coûts énergétiques évoquée plus haut.

Le cas du styrène est encore plus inquiétant. Le cours de ce monomère, dont sont dérivés le PS et l’ABS, est très volatil et réagit fortement aux variations du cours du pétrole. Il faut s’attendre à des hausses de prix pour ces plastiques.

Les prix d’autres polymères, comme le PET, le PA, le PC, le POM et bien d’autres encore pourraient eux aussi repartir à la hausse si la crise ukrainienne s’aggrave.

 

Guerre en Ukraine : bientôt des pénuries de plastique et d’autres produits ?

D’après les informations compilées par le service Performance économique de Polyvia à partir des bases de données des Douanes françaises (Commerce extérieur), il apparaît que la France a importé pour un peu plus de 25 millions d’euros de polymères produits en Russie en 2021, contre environ 6,5 millions d’euros l'année précédente. L’escalade du conflit russo-ukrainien est donc inquiétante pour les plasturgistes en ce qui concerne leurs achats de matières premières. Il leur faut également s’intéresser aux marchés situés en aval de la filière plasturgie et composites, car eux aussi sont exposés à des pénuries.

Ukraine – Russie : vers une aggravation des pénuries de plastique ?

Comme le montre le graphique ci-dessous, issu du Baromètre des Matières Plastiques de Polyvia, les allongements des délais de livraison des polymères ont été l’une des principales problématiques rencontrées par les acheteurs de la filière plasturgie et composites française. 42% signalaient y être encore confrontés en janvier 2022. Les Forces Majeures demeurent également un problème récurrent pour 17% d’entre eux.

Les pénuries de plastique se traduisent par différentes problèmatiques pour les plasturgistes

Source : Baromètre des Matières plastiques (BMP) de Polyvia 2021-2022. Le BMP est une enquête récurrente menée par le service Performance économique de Polyvia auprès des adhérents du syndicat. Pour plus d’informations, contactez Bibiane BARBAZA.

Le conflit russo-ukrainien laisse planer la menace d’une aggravation des pénuries de plastique en Europe. La Russie et l’Ukraine produisent toutes deux des volumes plus ou moins importants de polymères que les plasturgistes européens sont susceptibles d’importer. Le PE, le PP et le PVC sont particulièrement à risque. L’inscription de cette guerre dans la durée signifie également que les coûts énergétiques risquent d’augmenter fortement et longtemps, et donc peser sur les marges des pétrochimistes européens. Ceux-ci pourraient, à terme, décider de réduire leurs volumes de production.

Le point sur les capacités de productions de polymères russes et ukrainiennes

L’Ukraine produirait environ 990 000 tonnes de monomères par an, dont un peu plus de 450 000 tonnes d’éthylène et 230 000 tonnes de propylène. Bonne nouvelle pour les acheteurs de PS : l’Ukraine ne produit pas de styrène. Elle abrite cependant 50 000 tonnes de capacités annuelles de production de caprolactame, ce qui est inquiétant pour les transformateurs de PA 6.

Le pays produit également plus de 100 000 tonnes de PE par an, ainsi que 100 000 tonnes de PP. Ses capacités de production de PVC sont plus importantes : 300 000 tonnes/an. L’Ukraine fabrique également 58 000 tonnes de PS (dont PS expansé) par an. Ses capacités de production de PA 6 sont enfin minimales, avec quelques 20 000 tonnes par an seulement.

Si la pétrochimie ukrainienne ne pèse pas lourd en Europe, ce n’est pas le cas de la filière russe. Celle-ci produit en effet plus de 7,6 millions de tonnes de monomères chaque année, ainsi qu’un peu plus de 4 millions de tonnes de polymères. A titre indicatif, le marché européen a consommé 49,1 millions de tonnes de plastique en 2020, d’après les données récemment publiées par PlasticsEurope.

Dans le détail, la Russie produit plus de 2,8 millions de tonne d’éthylène par an, et plus d’un million de tonnes de propylène par an. Elle est également un important producteur d’acrylonitrile (ACN, utilisé dans la production de PA 6), avec près de 200 000 tonnes produites annuellement, de Bisphénol A (utilisé dans la fabrication de PC) avec plus de 150 000 tonnes par an, de caprolactame (utilisé dans la fabrication de PA 6) avec 300 000 tonnes annuelles, de MEG (utilisé dans la production de PET) avec presque 500 000 tonnes annuelles et de styrène avec 680 000 tonnes produites chaque année.

La Russie fabrique également plus de 2,15 millions de tonnes de PE et de PP par an. Elle compte également près de 500 000 tonnes de capacités annuelles de production de PS (dont PS-E) et plus de 650 000 tonnes par an de capacités de production de PVC. Elle est aussi un producteur important de PET avec près de 380 000 tonnes produites chaque année.

Le pays s’impose aussi sur le marché du PA 6, avec une capacité de production annuelle légèrement supérieure à 210 000 tonnes. La Russie produit également 100 000 tonnes de PC chaque année, ainsi qu’un peu plus de 80 0000 tonnes d’ABS.

Des arrêts de production de monomères et de polymères dans ces deux pays, ou une interdiction des importations de ces matériaux, pourraient être dommageables aux plasturgistes européens.

La pétrochimie européenne aux prises avec le risque énergétique

Comme bien des industries, la pétrochimie européenne doit elle aussi essuyer la forte hausse des coûts énergétiques. Dans son rapport intitulé « The Future of Petrochemicals » (Octobre 2018), l’Agence International de l’Energie (IEA) souligne que les matières premières destinées à la pétrochimie correspondent à 12% de la demande mondiale de pétrole. Cette part est par ailleurs vouée à augmenter, au vu de la progression des besoins mondiaux de polymères, de fertilisants et d’autres substances pétrochimiques.

Toujours selon l’IEA, la demande de la pétrochimie mondiale devrait passer d’environ 6 millions de barils par jour en 2017 à un peu plus de 9 millions de barils par jour en 2030. Il apparaît également que la pétrochimie consommera 56 milliards de mètres cubes de gaz naturel supplémentaires chaque année à partir de 2030 (83 milliards de mètres cubes supplémentaires/an en 2050). La hausse du cours du brut et de celui du naphta impactent donc négativement l’activité et les bénéfices de la pétrochimie mondiale et, plus encore, de la filière européenne.

Si l’on en croit les chiffes du Cefic, l’électricité représentait 28,1% de la consommation totale d’énergie de l’industrie de la chimie, dont fait partie la pétrochimie, en 2019 (données pour l’UE des 27). Si la consommation électrique de l’ensemble de la filière chimie européenne est en baisse (-13.6% entre 1990 et 2019), celle-ci demeure la plus grande consommatrice d’électricité du continent.

En somme, une hausse continue du prix de l’électricité pourrait à terme encourager les pétrochimistes européens à ralentir leur rythme de production. Une telle décision serait de mauvais augure pour la filière plasturgiste située en aval.

 

L’offre européenne de plastique toujours insuffisante fin février 2022

D’après les Fiches Matières de Polyvia de février 2022 (tirées des données Polyglobe), les arrêts de production continuent à peser sur l’offre européenne de polymères :

  • Seulement 85% des capacités de production de PEHD étaient disponibles fin février ;
  • Seulement 89% des capacités de production de PP étaient disponibles fin février ;
  • Seulement 86 % des capacités de production de PA 6 étaient disponibles fin février.

NB : les données ci-dessus ne concernent que l’Europe. La situation de l’offre de polymères est par exemple plus grave encore en Amérique du Nord. Vous pouvez contacter votre Délégué Régional ou Territorial Polyvia pour accéder aux Fiches Matières

Des arrêts de production liés à la crise énergétique européenne conduirait sans aucun doute à une aggravation des pénuries de plastique en Europe.

Guerre en Ukraine : quels risques pour la production de puces électroniques ?

Si les risques provenant de l’amont de la chaîne de valeur de la plasturgie européenne sont importants, ceux émanant de l’aval le sont aussi. Selon Reuters, l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’est en effet pas sans danger pour l’industrie mondiale des semi-conducteurs.

L’Ukraine, major mondial du néon

L’Ukraine est l’un des principaux producteurs mondiaux de néon, un gaz utilisé pour la fabrication de puces électroniques. Le pays fournit par exemple plus de 90% des volumes consommés par la filière étasunienne de production de semi-conducteurs.

On retrouve donc en première ligne les fabricants de machines pour la production de puces électroniques. Tous ne seront cependant pas logés à la même enseigne. ASML n’achèterait par exemple moins de 20% des volumes de néon dont il a besoin en Ukraine. D’autres constructeurs sont plus dépendants et donc plus exposés à la crise. Il faut également anticiper un report de la demande de néon vers la Chine, les Etats-Unis et le Canada.

En ce qui concerne les semi-conducteurs, on notera qu’Intel, l’un des leaders mondiaux, achète plus de 50% de ses volumes de néon en Europe de l’Est.

Il est fort à parier que les machines en question nécessitent des puces électroniques. L’augmentation des prix et les pénuries et de puces électroniques auxquelles l’ensemble des industries sont exposées risque d’aggraver le problème. L’économie mondiale pourrait bientôt tomber dans un cercle vicieux.

La Russie, grand producteur de palladium

Le palladium est également utilisé dans la fabrication de semi-conducteur. La Russie produit 35% à 40% des volumes mondiaux de ce métal rare selon les sources, soit 2,6 millions d’onces par an (ndlr : « troy ounce »).

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a, sans surprise, provoqué un sursaut du cours mondial du palladium. Les prix spot ont ainsi augmenté de 2,7% le 24 février dernier, pour atteindre 2549,01$ l’once.

Pénuries de puces électroniques = moins de presses à injection sur le marché ?

En octobre 2021 se tenait à Francfort le Fakuma, la grande messe de la plasturgie européenne. Le salon fut l’occasion pour Plastics News d’interviewer Thorsten Kühmann, le Directeur général de l’organisation VDMA, qui représente les intérêts des constructeurs de machines pour la transformation des polymères au niveau européen.

Il en est ressorti que les constructeurs européens de presses à injection, extrudeuses et autres thermoformeuses ont traversé une période difficile entre 2020 et 2021. En effet, les pénuries de plastique ont impacté négativement la volonté des plasturgistes à investir dans leurs parcs-machines.

Les membres de VDMA ont également dû conjuguer avec les pénuries de métaux et de semiconducteurs, au prix parfois du nombre de machines produites.

La conjoncture décrite dans cet article laisse entendre que 2022 sera elle aussi une année compliquée pour les constructeurs de machines pour la transformation des polymères…

Ukraine-Russie : l’industrie automobile en danger ?

Nornickel, un groupe minier basé à Moscou, est le plus important producteur russe de palladium. Il fournit notamment l’industrie automobile pour la fabrication de pots catalytiques. La Russie produit également 10% des volumes mondiaux de platine, un autre métal précieux utilisé par de nombreuses industries, dont l’automobile. En effet, 41% des volumes mondiaux de platine utilisés en 2016 l’ont été dans le cadre de la fabrication de pots catalytiques pour des véhicules diesel.

L’automobile va donc de Charybde en Scylla. Plusieurs des composants nécessaires à son activité pourraient être sujets à des pénuries si le conflit russo-ukrainien venait à s’enliser. Au-delà des puces électroniques, du palladium et du platine, le nickel pourrait lui aussi voir son offre diminuer rapidement. Ce métal est quant à lui utilisé pour la fabrication de batteries lithium-ion. Des arrêts de production de nickel en Europe de l’Est et en Russie seraient particulièrement dommageables pour la transition vers la mobilité électrique.

L’industrie automobile risque donc de voir ses problématiques actuelles s’aggraver. Les pénuries de puces électroniques ont en effet contraint les constructeurs à produire moins de véhicules, ce qui a forcément impacté les ventes des équipementiers.

Certains équipementiers automobiles sont des plasturgistes, et Polyvia a tenu à savoir, avant que la guerre en Ukraine ne survienne, dans quelle mesure la crise de la filière impactait leur activité. 93% des répondants à l’enquête flash de Polyvia sur le sujet se sont déclarés impactés négativement.

57% des transformateurs interrogés ont témoigné d’une perte de CA comprise entre 1 et 20% pour le 3ème trimestre 2021. Les pertes sont de 21 à 40% pour 31% des équipementiers automobiles de la plasturgie, et supérieures à 41% pour 13% d’entre eux.

Les équipementiers automobiles pâtissent d'un manque de visibilité sur leurs canerts de commande du fait de la pénurie de puces électroniques

Source : Enquête flash de Polyvia sur la crise automobile (Pôle Marché Automobile, novembre 2021). Pour en savoir plus, contactez Aurélia Le Roux.

Ces difficultés étaient liées aux pénuries de composants, dont les puces électroniques, pour 80% de nos adhérents de la filière automobile. Elles étaient également liées aux pénuries de matières premières pour 27% des répondants.

41% des plasturgistes interrogés estimaient par ailleurs que l’impact de la crise sur leurs carnets de commandes était important, et 30% qu’il était très important. L’impact était modéré pour seulement 25% des répondants.

Pour certains adhérents de Polyvia appartenant à la filière automobile française, continuer de produire des pièces automobiles n’est plus forcément viable. 30% des répondants à l’enquête flash ont par exemple signalé avoir déjà décidé d’arrêt la sous-traitance pour cette industrie. 15% l’envisageaient.

Tout laisse penser que les difficultés seront bientôt plus nombreuses pour l’industrie automobile européenne. Le constat est clair : la filière plasturgiste automobile est-elle aussi en danger.

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