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Prix du plastique et Forces Majeures

30 septembre 2021

Polymères : le point sur les Forces Majeures et les maintenances

La pétrochimie européenne est encore sous le coup de plusieurs cas de Force Majeure, alors que la rentrée s’accompagne de plusieurs cycles de maintenance. Si l’impact de ces arrêts est moindre pour certains matériaux, comme les polyoléfines, il est d’autant plus paralysant pour les polymères techniques.

Quelle direction pour les prix du plastique en septembre 2021 ?

Les plasturgistes, qui ont affronté des conditions extrêmes pendant plus d’un an, tant en termes de prix que de pénuries de matériaux, s’attendaient à ce que la rentrée 2021 se traduise par un apaisement des tensions, au moins pour certains polymères.

La situation semble effectivement se tasser pour les commodités, comme le polyéthylène (PE), le polypropylène (PP), le PET ou le polystyrène, mais les difficultés perdurent pour les acheteurs de polymères techniques et de PVC. En jeu, la reprise économique de la filière.

Un plateau pour les polyoléfines

Les prix du PE et du PP ont enfin cessé d’augmenter pendant l’été. Le plateau atteint demeure toutefois élevé. Il est par exemple supérieur à 2000 euros/tonne pour les grades PEBD injection et film, les PEHD pipe et les PP. Les niveaux de prix des PEHD injection, soufflage et film gravitent quant à eux autour de 1800 euros/tonne.

L’EVA n’a quant à lui de cesse d’augmenter et les prix les plus bas proposés sur le marché européen sont largement supérieurs à 2500 euros/tonne.

Si la fin des hausses de prix pour la plupart des polyoléfines est évidemment une bonne nouvelle pour les plasturgistes qui en consomment, il reste à savoir quand de véritables baisses de prix auront lieu. L’écart de prix entre monomères et polymères, qui est dans certains cas supérieur à 1000 euros/tonne, se prête en effet à des chutes de prix sans compromettre les marges des pétrochimistes.

Plusieurs plasturgistes témoignent également du retour, quoique timide, des matériaux d’importation. Le retard de production de la filière provoquerait cependant un effet « rayons vides au supermarché ». La demande ayant été contrainte pendant plusieurs mois de composer avec de graves pénuries, le moindre stock mis sur le marché est acheté.

Entrent également en jeu les hauts niveaux de prix pratiqués en Asie et en Amérique du Nord. Les fournisseurs basés dans ces régions du monde exportent vers l’Europe des matériaux à prix élevés, si bien que leurs concurrents locaux n’ont pas forcément besoin de baisser leurs prix pour trouver preneur. A cela s'ajoute la hausse exponentielle des cours du fret maritime, qui vient contrarier les flux commerciaux entre régions du monde.

Des baisses de prix pour le PS

La situation est tout autre pour le polystyrène. Les prix de ce dernier, qui dépendent étroitement des variations du cours du styrène, sont repartis à la baisse dès la rentrée. La chute du 91 euros/tonne du styrène, enregistrée en début de mois, n’a cependant pas été totalement reportée sur les polymères. Les fournisseurs de grades PS classiques ont en général proposé des baisses de prix tournant autour de 80 euros/tonne, contre 70 euros/tonne pour les grades choc et cristal. En cause, les pressions à la hausse sur le cours du butadiène.

Tensions sur les polymères techniques

Rares sont les polymères techniques dont les marchés s’apaisent. Au-delà des arrêts de production bloquants listés ci-après, les prix sont également influencés par les pénuries de benzène qui génèrent des hausses de prix pour ce dernier. Les inondations du mois de juillet ont en effet lourdement impacté les sites de production du monomère situés en Europe du Nord et en Europe Centrale.

Le cours du benzène a cependant chuté de 81 euros/tonne début septembre, et cela est de bon augure pour le marché européen du PC. Les prix pourraient se stabiliser. La fin du 3ème trimestre ne devrait en revanche pas se caractériser par de franches baisses de prix en raison des pénuries de BPA qui mettent en difficulté la chaîne de production du polymère. Les importations de volumes en provenance de l’Asie font un retour timide en Europe, et leurs arrivées sont généralement espacées.

Autre facteur bloquant : le manque de disponibilité des fibres de verre à travers le monde, qui peut à force tirer le prix des grades chargés vers le haut. Les producteurs devront toutefois conjuguer avec la baisse de la demande du secteur automobile, elle-même causée par les pénuries de puces électroniques qui entravent plusieurs industries à travers le monde. En somme, les prix du polycarbonate ne devraient guère évoluer cet automne, mais le matériau pourrait être difficile à trouver.

La situation des polyamides ne s’est pas améliorée pendant l’été. Les approvisionnements en PA 6 sont toujours tributaires de la baisse de production de caprolactame en Europe, avec deux sites arrêtés sur le continent. Les PA 6.6 souffrent quant à eux de la Force Majeure den vigueur sur le site de Butachimie, la seule unité européenne de production d’ADN, un précurseur clé du matériau.

Quant aux PBT, la question n’est pas de savoir dans quelle direction les prix vont aller (car ils ne varient que peu), mais d’où trouver le matériau en quantités suffisantes. Deux Forces Majeures (à consulter plus bas) paralysent en effet le marché, si bien que moins de 20% des capacités européennes de production de PBT sont aujourd’hui actives. Les producteurs asiatiques ne peuvent que difficilement exporter vers l’Europe, puisqu’ils font eux aussi face à des arrêts de production.

Les producteurs de POM devraient quant à eux tenter de faire passer des hausses de prix au cours du dernier trimestre afin de reporter l’augmentation des coûts énergétiques sur leurs clients. Le manque d’allant de l’industrie automobile pourrait cependant contrarier cette volonté.

La situation semble enfin se désagréger pour les PMMA. La production européenne de MMA est en effet déficitaire et ne suffit pas à couvrir la demande des pétrochimistes. Les prix du monomère n’ont de plus de cesse d’augmenter depuis plusieurs mois. Deux maintenances viennent également réduire les volumes de PMMA produits en Europe. Il est donc possible que les prix augmentent, et ce malgré le ralentissement du secteur automobile.

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