Aller au contenu principal
Prix du plastique : polyéthylène et polypropylène

18 février 2021

Polyoléfines : bientôt des importations en Europe ?

Les marchés européens du polyéthylène et du polypropylène ne proposaient pas des prix suffisamment attractifs au cours du second semestre 2020 pour attirer des importations de matériaux en provenance du reste du monde. Une énième hausse à trois chiffres a cependant propulsé les prix de ces polymères à des niveaux records en février 2021. Ces augmentations suffiront-elles à attirer de nouveaux les importations sur le sol européen ?

Europe : Forces Majeures, arrêts de production et exportations de polyoléfines

Comme évoqué plus haut, les niveaux de prix des polyoléfines pratiqués en Europe ont été pendant des mois plus bas que ceux proposés ailleurs dans le monde. Les producteurs locaux de PE et de PP ont donc succombé aux sirènes de l’export. Plusieurs volumes de polymères produits en Europe ont donc été exportés au cours du dernier trimestre 2020.

Les tendances de prix se sont depuis largement inversées. Les prix du PE et du PP ont commencé à augmenter légèrement en novembre. Ces hausses ont depuis gagné en intensité, avec des annonces de plus de 150 euros/tonne pour les polyéthylènes et de près de 200 euros/tonne pour les polypropylènes au début du mois de février.

Ces augmentations de prix ne s’expliquent pas que par l’absence de polyoléfines produites ailleurs dans le monde, notamment aux Etats-Unis. L’offre européenne est en effet comprimée depuis plusieurs semaines par de nombreux cas de Forces Majeures, ainsi que par divers arrêts de production.

L’offre de PEHD est par exemple limitée par une Force Majeure déclarée par Total en Belgique, ainsi que par un cycle de maintenance en Italie et un arrêt de production en France chez Ineos. On dénombre également quatre cas de Forces Majeures sur la production européenne de PEBD : Sabic au Royaume-Uni, Total en France, Ineos en Allemagne et Dow en Espagne.

La situation du marché européen du polypropylène n’est guère meilleure. Cinq cas de Forces Majeures ont été repérés par le service Performance économique de Polyvia : chez Borealis en Belgique, chez Ineos au Royaume-Uni, chez LyondellBasell en Espagne et sur deux sites différents de Total en France. Un arrêt de production est également à déplorer sur l’un des sites de production de Borealis en Allemagne. L’un des sites de Braskem en Allemagne est quant à lui en cours de maintenance. Enfin, d’autres sites européens ne tourneraient pas au maximum de leurs capacités de production.

Le recul des importations ne s’explique de plus pas que par les prix bas pratiqués en Europe pour ces matériaux. Les Etats-Unis, le Moyen Orient et la Corée du Sud ont tous réduit leurs volumes de polyoléfines destinés à être exportés vers l’Europe, probablement en raison de la crise sanitaire et de la forte accélération de la reprise économique chinoise.

L’ensemble de ces facteurs, confrontés à une hausse sensible de la demande des plasturgistes européens, ont contribué aux fortes augmentations de prix constatées aujourd’hui. Ces dernières ne sont cependant pas l’unique problème des transformateurs de polymères. Les disponibilités de matériaux sont considérablement réduites, et il en va pour certains de la survie de leur entreprise si jamais ils étaient contraints d’arrêter leurs lignes de production.

Les approvisionnements en PEBD et PP homopolymères sous pression

Les pétrochimistes et autres fournisseurs de polyoléfines poussent donc pour faire passer des hausses supérieures à celles des cours des monomères. Leur stratégie vise principalement à augmenter leurs marges dans un contexte de pénurie de matériaux.

Le cas des PEBD et des PP homopolymères est particulièrement édifiant, car si l’offre est tendue pour toutes les polyoléfines, c’est sur ces deux segments en particulier que la situation est la plus grave. On a ainsi pu voir passer des annonces de hausses allant jusqu’à 250 euros/tonne pour les PEBD, quand elles étaient plutôt de l’ordre de 150 euros/tonne pour les PEHD et les PEBD-L. Les hausses annoncées pour les PP homopolymères seraient pour la majorité de 200 euros/tonne, alors que celles pour les autres grades sont légèrement moins élevées.

Toujours est-il que ni les PE, ni les PP n’avaient atteint de tels niveaux de prix depuis 2015 sur les marchés spot. Cette année avait d’ailleurs marqué négativement l’esprit des plasturgistes européens puisqu’elle avait été le théâtre d’une multiplication des Forces Majeures, les premiers matériaux touchés étant les polyoléfines et les polystyrènes. Polyvia avait à l’époque identifié plus de 70 cas différents de Forces Majeures, et avait édité un Kit Force Majeure pour aider ses adhérents à réagir. Le syndicat communique d'ailleurs sur la crise actuelle auprès des autorités compétentes.

Les fenêtres à l’importation à nouveau ouvertes en Europe

Il semblerait que les prix spots des polyoléfines pratiqués en Europe du Sud soient désormais plus importants que ceux du reste du monde. La région redevient donc une destination intéressante pour les volumes produits dans d’autres zones, d’autant plus que le Nouvel An chinois, qui a eu lieu cette année le 12 février, s’accompagnent généralement d’un ralentissement de l’activité industrielle en Asie.

L’écart de prix à l’importation entre l’Europe du Sud et la Chine approcherait actuellement des 400$/tonne, en faveur de l’Europe.

Tout n’est pas gagné pour autant. Il n’est en effet pas certain que le redémarrage des importations, telles qu’on les a connues jusqu’au premier semestre 2020, soit possible à l’identique. La plasturgie européenne fait face à une importante pénurie de containers assortie par une hausse dramatique des coûts liés au fret. Le transport des marchandises, et donc des matériaux, se fait actuellement à prix d’or.

A cela s’ajoutent la variation du niveau de l’eau du Rhin et du Rhône, qui empêcheraient périodiquement la libre circulation des navires, en plus des autres difficultés logistiques liées à la crise sanitaire. Il est donc possible que l’ensemble de ces surcoûts viennent contrarier les volontés des importateurs européens de polyoléfines.

À lire aussi