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Prix du plastique

16 mars 2021

Polyoléfines : la crise fait exploser les prix

Mars 2021 est le cinquième mois de hausses consécutives des prix européens du polyéthylène (PE) et du polypropylène (PP). Cette tendance haussière, qui s’est accélérée à partir de janvier 2021, découle des tensions d’approvisionnement qui paralysent de plus en plus de plasturgistes. Le marché ne semble pas près de s’apaiser avec des annonces de hausses à trois chiffres de la part de certains fournisseurs.

Un mois de février particulièrement difficile pour les plasturgistes

Plusieurs fournisseurs de polyoléfines (PE et PP) ont rapidement clôturé leurs carnets de commande en février dernier, en invoquant les pénuries de matériaux et une demande trop importante pour se justifier. Ces annonces se sont accompagnées de hausses de prix significatives.

La multiplication des arrêts de production de polyéthylène en Europe a en effet engendré de fortes hausses de prix, et ce pour l’ensemble des grades. Les prix des polyéthylènes films ont par exemple pu augmenter de plus de 200 euros/tonne. Du jamais vu pour les plasturgistes, d’autant plus lorsque l’on s’aperçoit que le niveau de la demande des marchés en aval de la chaîne de valeur de la filière est normal. Les marchés de l’emballage ou encore de la construction ne commandent pas plus de polyoléfines que d’ordinaire pour cette période de l’année. Ces augmentations de prix intenables pour les industriels sont donc bel et bien le fruit des pénuries.

Le cours européen de l’éthylène avait augmenté de 70 euros/tonne en février dernier, pour se fixer à 930 euros/tonne. Cette hausse découlerait directement de l’augmentation de 20% du cours du naphta en janvier 2021, mais elle est également causée par le fait que de nombreux sites de production ne fonctionnent pas à un plein régime et que d’autres sont à l’arrêt.

Les hausses des prix sur les polyéthylènes se sont cependant révélées bien plus importantes que celle du cours du monomère. Les acheteurs de PEBD et de PEBD-L sont incontestablement ceux qui ont subi les plus fortes augmentations de prix. Certains grades PEBD-L films ont ainsi vu leurs prix augmenter d’environ 200 euros/tonne, contre 210 euros/tonne pour les grades PEBD films.

Les transformateurs de PEHD ont eux aussi fait face à d’importantes augmentations de prix en février dernier : entre 130 euros/tonne et 140 euros/tonne d’augmentations pour les grades soufflage, et jusqu’à 150 euros/tonne pour les grades injection ou pipe.

La situation était quasi-similaire pour les polypropylènes. Ici aussi, le cours du monomère a augmenté en début de mois. +85 euros/tonne pour le propylène, qui s’est fixé à 885 euros/tonne en Europe en février 2021. Comme pour l’éthylène, tous les sites de production ne fonctionnent pas au maximum de leurs capacités, et certains sites sont arrêtés.

Il n’était donc pas surprenant que les prix du polypropylène reflètent l’augmentation du cours du monomère, mais les hausses ont là aussi largement dépassé cette dernière. Les utilisateurs de PP sont en effet confrontés à plusieurs cas de Force Majeure qui viennent comprimer une offre déjà extrêmement tendue. L’approche de cycles de maintenances prévus pour le printemps risque d’ailleurs d’envenimer la situation au cours des prochaines semaines.

Les grades PP films ont ainsi pu enregistrer des augmentations de prix supérieures à 200 euros/tonne en fonction des applications, alors que les grades pour l’injection ont vu leur prix augmenter de 150 à 190 euros/tonne en fonction des spécificités des matériaux.

Les conditions de ventes ont également pu varier sensiblement en fonction des fournisseurs. Certains ont ainsi décidé de vendre de petits lots en imposant d’importantes hausses de prix, et plusieurs de nos adhérents nous ont signalé ne pas avoir reçu la totalité des volumes commandés. De tels incidents se reproduisent d’ailleurs encore en mars, avec des adhérents témoignant de commandes passées en février annulées seulement quelques jours avant la livraison prévue ce mois-ci. Il s’agit dans certains cas de camions entiers qui n’arriveront pas, exposant les plasturgistes à des ruptures d’approvisionnement et donc à des arrêts de production.

Le poids de l’absence des importations de matériaux

De nombreuses installations pétrochimiques européennes sont vieillissantes et nécessitent, au fil du passage des années, des cycles de maintenances et des réparations toujours plus réguliers. Cette problématique est à l’origine d’arrêts de production de polyoléfines plus ou moins impactants et espacés dans le temps. Il est donc logique que l’Europe soit devenue, au cours des dernières années, un marché d’importation pour ces polymères en particulier.

Les Etats-Unis ont de leur côté investi massivement dans l’exploitation du gaz de schiste au tournant des années 2000, et ces efforts se sont notamment traduits par la construction de nombreux complexes pétrochimiques, notamment dans la région du Golfe du Mexique. La majorité de ces sites produit du polyéthylène, mais nombre d’entre eux produisent également du polypropylène.

Ces dizaines de millions de tonnes de capacités de production de polyoléfines n’étaient en revanche pas toutes destinées à alimenter le marché domestique. Les pétrochimistes basés aux Etats-Unis comptaient en effet exporter d’importants volumes de polymères vers la Chine, mais cette dernière a depuis adopté une stratégie de développement de sa propre production de PE et de PP. La guerre commerciale sino-américaine enclenchée par Donald Trump est depuis passée par là et a achevé de compromettre ces projets d’exportation.

L’Europe, avec ses niveaux de prix attractifs suite à la crise des matières premières de 2015, qui avait également fait souffrir les plasturgistes et leurs clients, s’est donc imposée comme une destination de choix pour les exportations de PE et de PP basés aux Etats-Unis. Les importations étaient d’ailleurs suffisamment importantes pour que plusieurs dizaines de milliers de tonnes circulent chaque mois par le port d’Anvers. Ces matériaux, proposés à des prix très compétitifs, avaient largement contribué à faire baisser les prix de certains grades, notamment ceux des PEBD qui se rapprochaient de ceux du monomère.

La crise sanitaire a cependant mis un frein aux importations de matériaux depuis les Etats-Unis. Il faut également tenir compte du fait que la production de polyoléfines de l’Amérique du Nord a sensiblement chuté au cours du dernier trimestre 2020 en raison des arrêts et des Forces Majeures causées par la saison des ouragans.

La survenue d’une vague de froid extrême et inhabituelle dans la région du Golfe du Mexique en février 2021 est quant à elle venue contrarier l’espoir de voir ces exportations reprendre au cours des prochains mois.

Mars 2021 : les prix des PEBD et des PP atteignent un niveau record

Comme l’on pouvait s’y attendre, les cours des monomères ont continué à suivre une tendance haussière en mars. Le cours de l’éthylène a ainsi augmenté de 75 euros/tonne en Europe au début du mois, encore une fois en raison de la hausse du coût du naphta et du déséquilibre entre l’offre et la demande. Le cours du propylène a quant à lui augmenté de 85 euros/tonne en Europe et de plus de 600 USD/tonne aux Etats-Unis.

Comme en février, les fournisseurs de PE et de PP cherchent à imposer des hausses de prix bien supérieures à l’augmentation des cours européens du monomère. Mars devient donc le 5ème mois consécutif de hausses de prix et la situation s’aggrave donc une fois de plus pour les plasturgistes. Certains grades PEBD ont par exemple vu leurs prix augmenter de plus de 800 euros/tonne au cours de 4 derniers mois…

En effet, certains fournisseurs de PEBD et de PEHD ont annoncé des hausses de prix comprises entre 200 et 250 euros/tonne et n’honorent pas forcément l’intégralité des commandes qui leur ont été passées. La pénurie est-elle qu’il faut se préparer à subir des hausses supplémentaires en avril. Les augmentations de prix sur les PEBD-L sont quant à elles comprises entre 150 et 200 euros/tonne en fonction des applications.

Les augmentations de prix pour les PP annoncées par les fournisseurs atteignent au moins 250 euros/tonne, et dans certains cas flirtent avec les 300 euros/tonne. De plus en plus de plasturgistes rencontrent des difficultés à passer des commandes et subissent déjà des ruptures d’approvisionnement. Ce phénomène est particulièrement inquiétant pour les secteurs du médical, de l’automobile mais aussi de l’emballage.

Selon l’Index de ChemOrbis, les prix européens du PEBD, et du PP homopolymère ont atteint leur plus haut niveau historique. Il en est également ressorti que les prix européens du PEHD et du PEBD-L ont atteint leur plus haut niveau depuis juillet 2015. Les plasturgistes font donc face à une crise sans précédent pour la filière.

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