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03 juin 2021

Polypropylène : quelles prévisions de prix pour juin ?

S’approvisionner en quantités suffisantes de polypropylène s’est avéré difficile pour de nombreux plasturgistes en mai 2021. Ils ont en effet dû composer avec plusieurs arrêts de production et des disponibilités extrêmement limitées pour pouvoir honorer, au moins en partie, les commandes de leurs clients. A ces problématiques se sont également ajoutées des hausses de prix à deux, voire trois chiffres, qui vulnérabilisent la trésorerie des transformateurs. Les analystes s’attendaient pourtant à un retour à la stabilité du marché européen des polyoléfines.

Polypropylène : l’Europe à contre-courant du reste du monde

Le mois de mai s’est, en général, caractérisé par d’importantes hausses de prix pour les polypropylènes (PP). Pour de nombreux grades, mai 2021 a été le 7ème mois de hausses de prix consécutives, les prix de certains d'entre eux ayant augmenté de près de 50% sur cette période. Certains grades particuliers ont pu faire l’objet de rollovers, mais la plupart des plasturgistes français ont dû accepter des augmentations de prix comprises entre 50 à 70 euros/tonne pour sécuriser au moins une partie des volumes dont ils avaient besoin. Dans certains cas, les hausses dépassaient les 100 euros/tonne.

Les arrêts de production sont à blâmer

La hausse du cours du propylène, qui s’est limitée à 10 euros/tonne en début de mois, ne suffit pas à expliquer les variations de prix bien plus importantes du polymère. Les fournisseurs ont en effet pu jouer sur le cruel déséquilibre entre l’offre et la demande de PP en Europe. Plusieurs sites de production de PP ne produisent plus, ou ne tournent pas au maximum de leurs capacités. Cinq étaient encore sous le coup de Force Majeures et quatre faisaient l’objet de maintenances au moment de la rédaction de cet article. En bref, la situation de l'offre de PP demeure dramatique.

La demande européenne de polypropylène n’a, quant à elle, de cesse de progresser sur certains segments en particulier. C’est par exemple le cas du marché de l’emballage, auquel la levée des mesures de confinement dans plusieurs pays européens bénéficie. Le secteur de la santé continue également à consommer des volumes importants de PP, tout comme les fabricants de pièces automobiles ne nécessitant pas d’incorporer des puces électroniques. Le BTP a également repris des couleurs au cours des mois précédents, et a besoin de PP pour fabriquer certains matériels.

Chute des prix du PP ailleurs dans le monde

L’augmentation des prix européens du PP en mai 2021 fait en revanche figure d’exception à l’échelle mondiale. Les prix du polymère ont en effet eu tendance à chuter, ou au moins à se stabiliser, ailleurs dans le monde. Les volumes de polypropylène importés par la Turquie ont vu leur prix baisser sensiblement le mois dernier, tandis que l’intensité de la crise sanitaire en Inde a pesé sur toute l’Asie du Sud-Est. Le Ramadan a quant à lui entraîné une chute importante de la demande de PP au Moyen Orient et en Afrique du Nord, d’où des baisses de prix dans ces régions également. Pendant ce temps, les prix du PP ont eu tendance à se stabiliser, voire à baisse légèrement en Chine.

Le cas du marché chinois du polypropylène est d’autant plus intéressant que son appétit gargantuesque pour les polymères a largement contribué aux pénuries mondiales dès l’automne 2020. L’impact de la pandémie en Inde est tel que plusieurs exportateurs de PP (et également de polyéthylène) ont préféré rediriger leurs volumes vers la Chine. La seconde vague épidémique a en effet entraîné la fermeture de nombreux plasturgistes et de leurs clients en Inde, tirant dans la foulée les prix locaux vers le bas. Les baisses de prix étaient telles que les fenêtres à l’exportation vers l’Asie du Sud-Est se sont, pour ainsi dire, fermées.

Les prix chinois du PP avaient atteint leur plus haut niveau depuis 6 ans en avril 2021. Rediriger certains volumes de polypropylène vers ce marché s’est donc imposé aux fournisseurs qui ne trouvaient plus preneurs en Inde.

Dans le même temps, la demande chinoise de polyoléfines diminuait considérablement. Les célébrations du Nouvel An et le rebond de l’activité industrielle qui l’accompagne loin derrière eux, les plasturgistes basés en Chine ont revu leurs commandes de PE et de PP à la baisse. Les prix des polyoléfines importées ont commencé à chuter en premier, et sont depuis suivies par les PEBD, les PP raffia, mais surtout les PP injection.

Il faut également tenir compte de l’intervention, exceptionnelle en la matière, du gouvernement chinois, qui annoncé une politique de « tolérance zéro » pour tout acteur encourageant la spéculation sur les matières premières, dont les polymères. Tout comportement relevant du monopole ou du stockage artificiel de matériaux sera ainsi sévèrement puni. Les fournisseurs ne pouvant plus activer certains leviers de réduction de l’offre, la disponibilité des polyoléfines en Chine a sensiblement augmenté, et les prix du plastique ont baissé.

Exemple édifiant : ChemOrbis révèle que les stocks de deux des plus importants producteurs de PE et de PP en Chine s’élevaient à seulement 25 000 tonnes il y a quelques semaines, contre près de 750 000 tonnes fin mai 2021.  

Etats-Unis : tendances haussières à l’approche de la saison des ouragans

Le marché nord-américain du PP a lui aussi subi d’importantes hausses de prix tout au long du premier semestre 2021, sur fonds de pénuries mondiales et de dégâts causés par la tempête Uri dans le Golfe du Mexique. Cette tendance haussière devrait se prolonger au cours du second semestre car l’approche de la saison des ouragans laisse présager de nouveaux arrêts de production, et potentiellement de dégâts plus ou moins critiques au sein des complexes pétrochimiques qui fabriquent le polymère.

Pour mémoire, les ouragans d’août et octobre 2020 avaient impacté de nombreux sites de production basés dans le Golfe du Mexique. La fameuse saison des ouragans, au cours de laquelle ces phénomènes météorologiques ont plus de chances de se produire, risque donc de provoquer de nombreux arrêts de production. Les pénuries mondiales ont en revanche empêché les producteurs de constituer des stocks suffisants de PP (ou d’autres polymères) pour assurer les livraisons en cas d’incident de ce type.

Cette période critique a officiellement commencé le 1er juin dernier et devrait s’achever d’ici le 30 novembre 2021. En conséquence, l’incertitude règne sur le marché nord-américain du PP, d’où une certaine volatilité à la hausse des prix du polymère…

Quelles prévisions pour les prix du plastique en Europe ?

L’incertitude frappe également le marché européen du PP, et il est donc difficile de proposer des prévisions fiables en tous points. Plusieurs facteurs fournissent toutefois une grille de lecture intéressante pour mieux envisager la façon dont les choses se dérouleront au début du second semestre 2021 pour ce matériau en particulier.

Encore une augmentation du cours du propylène en juin

Le premier est la nouvelle hausse du cours du propylène, qui a augmenté de 40 euros/tonne début juin pour se fixer à 1065 euros/tonne. Cette variation s’explique, une fois encore, par le manque de disponibilités pour le monomère. En effet, les raffineries européennes sont actuellement « sous-utilisées », c’est-à-dire qu’elles ne produisent pas autant de naphta, d’éthylène ou de propylène qu’elles le pourraient.

En revanche, la demande européenne de propylène s’est stabilisée. Les producteurs de PP considèreraient en effet que le monomère se vend actuellement à un prix trop élevé. Cela pose le risque non-négligeable de se retrouver, à terme, avec des stocks de propylène très coûteux sur les bras en cas d’effondrement de la demande de PP en aval. Les prix du polypropylène ayant explosé ces derniers mois, il n’est pas improbable que certains plasturgistes européens ne puissent plus suivre et renoncent à commander le matériau.

Baisse sensible de la demande de plastique en aval de la chaîne

Selon les analystes, le durcissement de la situation économique de nombreux plasturgistes en aval de la chaîne de valeur du PP (arrêts de lignes, recours au chômage partiel faute de pouvoir produire, report de commandes de certains clients pour pouvoir échapper aux hausses de prix…) est tel que la demande européenne de propylène est de 10% inférieure à son niveau habituel pour la saison.

La baisse sensible de la demande des plasturgistes européens n’est pas sans impact sur le marché. La consommation de PP augmente traditionnellement au printemps et en été, mais cet effet saisonnier n’a pour l’instant pas eu lieu en 2021. Dans la mesure où les maintenances de plusieurs sites de production de PP devraient encore durer quelques semaines, il est peu probable que la demande se réveille.

Les pénuries de semi-conducteurs impactent quant à elles lourdement l’industrie automobile européenne, et l’on assiste à la multiplication des arrêts de production chez les équipementiers, mais aussi chez les constructeurs. C’est toute la chaîne de valeur de cette industrie qui est paralysée et, en conséquence, sa demande de PP, dont elle est une grosse utilisatrice, s’effondre.

Ouverture d’une fenêtre à l’importation de plastique pour l’été ?

Les prix européens du PP ont également dépassé – de beaucoup – le seuil critique des 2000 euros/tonne. En temps normal, cela ferait de l’Europe une destination de choix pour les fournisseurs de polypropylène basés ailleurs dans le monde. Si les Etats-Unis, qui avant la crise sanitaire avaient l’habitude d’inonder le marché européen de polyoléfines produites à partir du gaz de schiste, peuvent être retirés de l’équation, un retour des exportateurs basés en Asie et au Moyen Orient pourrait tout à fait être envisageable.

L’envolée du cours international du fret maritime qui, selon PIE, a augmenté de 573% entre mai 2020 et 2021, pourrait cependant freiner les velléités de ces acteurs. La location d’un container standard pour un trajet Chine – Europe du Sud s’élève désormais à 8435 euros, contre 8125 euros pour un trajet Chine – Europe du Nord (chiffres datant de la dernière semaine de mai 2021). Car oui, les pénuries touchent également les containers et les porte-containers…

Exporter du PP (ou du PE) en Europe revient à proposer ses matériaux à un prix agressif. L’écart de prix entre l’Europe et l’Asie/le Moyen-Orient est en principe largement suffisant pour ouvrir une fenêtre alléchante à l’export, mais il faut tenir compte du coût du fret. L’impact de ce dernier ne sera véritablement déterminé qu’au mois de juin qui pourrait, si les fournisseurs basés à l’étranger décident de faire fi de ce surcoût, signer le grand retour des importations de PP en Europe.

Vers une stabilisation du prix du PP en juin ?

L’ensemble de ces signaux pointe vers une stabilisation des prix du polypropylène en Europe en juin 2021. Les derniers jours ont cependant été le théâtre de nouvelles déclarations de cas de Force Majeure - sur les PVC, le caprolactame et le PA 6 en l’occurrence - et de l’annonce du maintien de certaines Forces Majeures déjà en vigueur depuis de longs mois - sur les sites de Gonfreville et Feluy de Total, qui produisent du PP, en particulier. Les plasturgistes français ne sont donc pas à l’abri de recevoir de nouveaux courriers de déclaration d’arrêts de production ou de Forces Majeures sur les PP (ou d’autres polymères, les pénuries étant malheureusement généralisées). De tels événements viendraient comprimer un peu plus l’offre, déjà cruellement insuffisante, de polypropylène et permettraient aux fournisseurs d’annoncer de nouvelles hausses de prix.

La situation est sans appel en aval de la chaîne de valeur du PP : les plasturgistes ne sauraient continuer à acheter plus cher ce polymère sans définitivement sacrifier leurs marges, qu’ils ont déjà sérieusement entamées dans certains cas pour éviter de perdre des clients. Il est donc bien ironique, à l’heure où se pose la question de la dépendance de l’industrie européenne au reste du monde, qu’une filière dont les carnets de commandes sont bien remplis ne s’en remette à l’espoir de voir les importations matières premières revenir alors que la production locale lui fait défaut.

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