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Prix du plastique

25 novembre 2020

Polyuréthane : hausses de prix en vue

Le marché européen du polyuréthane avait déjà connu une crise mémorable en 2017. Les prix du matériau avaient en effet doublé entre le dernier trimestre 2016 et la fin du premier trimestre 2017. Les grades MDI étaient les plus concernés par ce phénomène, qui avait d’ailleurs lourdement impacté le secteur de l’isolation. Les solutions à base de mousse polyuréthane s’en étaient trouvés beaucoup moins compétitifs, et les entreprises qui les fabriquent avaient dû affronter d’importantes difficultés.

Les plasturgistes qui travaillent pour l'industrie du BTP sont confrontés à des difficultés d'approvisionnement en matières plastiques. Après la hausse des prix du PVC et les pénuries de PP, ce sont ceux du PU qui sèment la discorde.

L’effet « déconfinement » du BTP

Si l’annonce des diverses mesures de confinement adoptées par les différents gouvernements européens avaient provoqué un phénomène de restockage en mars 2020, et donc engendré une augmentation des prix du polyuréthane, cette tendance s’est essoufflée dès avril.

Les chantiers avaient en effet été mis à l’arrêt pour deux mois, en France comme ailleurs en Europe, et les commandes des plasturgistes s’en sont trouvées interrompues. On avait alors constaté une tendance baissière des prix européens, tant pour les grades MDI que TDI.

La demande s’était en effet absentée du marché jusqu’à la fin du mois de juin, et ce malgré le déconfinement de plusieurs pays européens à partir du mois de mai. La saison estivale s’accompagnant généralement d’une stabilisation des commandes de polyuréthane, il était raisonnable de s’attendre à un maintien des prix du matériau. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit.

Les prix du polyuréthane sont en effet repartis à la hausse dès le mois de juillet. Cela s’expliquait en partie par le sursaut du cours européen du benzène, qui s’élevait à +76 euros/tonne.  La demande pour les grades purs MDI, qui demeurait assez ténue, et le redémarrage de plusieurs sites de production ont permis le rééquilibrage du marché. Les prix pour ces grades n’avaient donc que légèrement augmenté, tandis que ceux des grades MDI polymériques avaient connu une augmentation légèrement plus importante.

Ceux des grades TDI se sont en revanche envolés, avec une hausse supérieure à 100 euros/tonne. Deux facteurs pouvaient alors expliquer cette augmentation. La plupart des producteurs de PU TDI avaient d’une part redémarré leur production, mais il était possible que leurs sites ne tournaient pas tous à 100%. Le grand retour de la demande du marché du matelas, boosté entre autres par la baisse du coût des vacances des consommateurs condamnés à rester dans leurs pays d’origine, a fortement perturbé le marché.

La courbe des prix du polyuréthane a continué son ascension au mois d’août, cette fois-ci sans épargner les grades MDI. Ces derniers ont en effet vu leurs prix augmenter bien plus qu’attendu, d’environ 225 euros/tonne en moyenne. Les prix des grades TDI avaient quant à eux augmenté de 200 euros/tonne environ. Ces hausses ne pouvaient en revanche pas être imputées au cours du benzène, qui n’avait que très légèrement augmenté.

En effet, l’offre de matériau s’est brusquement effondrée. Un arrêt imprévu est survenu l’un des sites de production de polyuréthane MDI de Covestro. A cela s’est ajoutée une maintenance chez BorsodChem. Au total, se sont 20% des capacités européennes de production de PU MDI qui ont été impactées. 

Un arrêt, plus court, est également survenu sur un site de production de PU TDI de BASF pendant l’été. En revanche, la plupart des sites européens n’avaient pas encore retrouvé un taux de production normal. Les délais de livraison pour ces produits se sont ainsi remarquablement allongés. Impossible également de compter sur les importations en provenance des Etats-Unis qui ont été interrompues par la crise sanitaire. BASF et Dow avaient également annoncé des hausses de prix sur les grades MDI en Amérique du Nord, rendant ces derniers moins compétitifs en Europe.

Un automne rythmé par les hausses de prix du PU

La rentrée n’a pas mis fin aux hausses des prix du polyuréthane, bien au contraire. Les cours des matières premières utilisées pour produire des grades MDI et TDI ont continué à augmenter en septembre. Cette tendance haussière ne se limitait d’ailleurs pas qu’à l’Europe. On a pu observé des phénomènes comparables en Asie, aux Etats-Unis en raison de la saison des ouragans, ainsi qu’au Moyen-Orient. D’où une baisse sensible des exportations vers le continent européen.

A cela s’est ajouté le retour de la demande des secteurs du BTP et de l’ameublement, tandis que celle de l’industrie automotive commençait à retrouver ses couleurs. Les ventes des fournisseurs de PU auraient ainsi atteint 70% à 80% de leurs volumes d’avant crise.

La situation a empiré au mois d’octobre. Les tensions sur les prix se sont faites sentir de part et d’autre du globe, avec des augmentations pouvant parfois atteindre jusqu’à 10% des prix pratiqués en septembre.

Le contexte du marché mondial du TDI s’est révélé dramatique pour les acheteurs. Plusieurs sites de production ont fait l’objet d’arrêts, et une partie de la demande pour ces grades s’est reportée sur les PU MDI. L’influence des Etats-Unis s’est particulièrement fait sentir. En effet, seulement 40% des capacités de production étasunienne étaient disponibles en septembre, pour les PU MDI comme TDI.  Il en a découlé une forte hausse de la demande de matériaux à l’importation, ce qui n’a fait qu’accentuer l’impact des arrêts de production constatés en Europe. Les fournisseurs locaux ont donc alloué leurs productions respectives, et toutes les commandes des plasturgistes européens n’ont pu être honorées.

C’est donc avec un certain soulagement qu’a été accueillie l’annonce du redémarrage, prévu pour la fin du mois d’octobre, du site de production de BASF à Ludwigshafen, en Allemagne. Ce dernier était sous le coup d’une Force Majeure. La plupart des plasturgistes ont cependant pu acheter leurs matériaux entre 2200 et 2800 euros/tonne pour les MDI, et autour de 3000 euros/tonne pour les TDI.

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