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Tendances de prix du plastique en 2021

01 février 2021

Prix du plastique : les prédictions 2021

Les tendances de prix européennes des polymères de 2021 trouvent, au moins pour le premier semestre, leur origine au dernier trimestre de l’année précédente, voire au tout début de la crise sanitaire. Le mois de janvier s’est révélé particulièrement difficile pour les plasturgistes, avec de multiples déclarations de Forces Majeures conjuguées à des cycles de maintenance ainsi que des arrêts de production imprévus, et ce tout au long de la chaîne de valeur des polymères. Il en a résulté d’importantes hausses de prix, mais surtout de très graves difficultés d’approvisionnement. Certains de nos adhérents encourent en effet le risque de devoir arrêter certaines lignes de leur production, faute de matériau, alors que la demande en aval est bonne. Cette crise, qui n’est pas sans rappeler celle de 2015, pourrait compromettre la reprise économique du secteur.

Polyvia s’est très tôt emparée de cette problématique en publiant un communiqué de presse alertant sur les tensions sur les approvisionnements de matières plastiques le 11 janvier 2020. Votre syndicat avait également interpellé la DGE à ce sujet le 22 décembre 2020. Celui-ci a depuis trouvé un écho dans plusieurs revues spécialisées, dont l’Usine Nouvelle, Emballages Magazines, Plastiques & Caoutchoucs Magazines, mais aussi ailleurs en Europe, comme chez Polimerica ou Plastics Information Europe.

L’Alliance européenne pour les polymères (Polymers for Europe Alliance), créée par EuPC (European Plastics Converters), l’association européenne regroupant les différentes organisations professionnelles de la plasturgie du continent, est également montée au créneau pour dénoncer la situation.

Polyvia a depuis tenté de venir en aide à ses adhérents à travers un article listant ses différentes actions et prodiguant des conseils sur la prise de contact des entreprises avec les médiateurs régionaux.

Marchés des polymères : le retour du fantôme de 2015

Comme évoqué plus haut, la situation actuelle n’est pas sans rappeler le printemps 2015, au cours duquel les plasturgistes français avaient été confrontés à une pluie de Forces Majeures, touchant plusieurs matériaux dont les polyoléfines et les dérivés du styrène. De ces arrêts de production en chaînes étaient nées des hausses de prix significatives, dépassant souvent la centaine d’euros/tonne, qui ont rapidement asséché les trésoreries des entreprises.

Ce schéma se répète aujourd’hui, bien que ça genèse soit quelque peu différente. La crise sanitaire et le confinement européen qui a débuté en mars avaient en effet entraîné une forte baisse de la demande de polymères, puisque de nombreux plasturgistes avaient été contraints d’arrêter leurs usines pendant plusieurs semaines. Certains producteurs européens de polymères, dont les stocks de matériaux étaient alors importants, ont donc pris la décision logique de réduire leurs taux de production. Les cycles de maintenance des crackers prévus au printemps avaient toutefois été reportés.

La Chine s’est en revanche déconfinée plus tôt que le reste du monde, et son industrie a rapidement redémarré. La demande de polymères du pays a fortement augmenté en quelques semaines, et les prix pratiqués sur place avec. Les fournisseurs européens ont saisi cette fenêtre à l’exportation et d’importants volumes de matériaux ont pu être envoyés vers la Chine. La pandémie a en revanche entraîné une crise logistique mondiale, celle-ci se traduisant par une pénurie de containers. Les cours du fret maritime se sont donc envolés, venant renforcer la tendance haussière des prix des polymères à travers le monde – un sujet sur lequel Polyvia alertait déjà début décembre 2020.

L’enquête menée en octobre dernier par Polyvia sur l’impact de la crise sanitaire sur la plasturgie française avait révélé que 30% des entreprises interrogées avaient retrouvé un niveau d’activité normal, et que 22% signalaient un taux d’activité compris entre 75% et 99%. La filière, fragilisée par les effets de la pandémie, s’approchait pourtant de la reprise économique.

On percevait au même moment des signaux pouvant éventuellement mener à une pénurie loin en amont de la chaîne de valeur. Des cycles de maintenances, originellement prévus au printemps, avaient été décalés à la rentrée. L’offre de monomère s’en est alors trouvée réduite. Certaines maintenances démarrées en septembre étaient d’ailleurs toujours en cours en janvier 2021. D’autre sites de production de monomères continuaient également à fonctionner sur un rythme ralenti depuis février.

L’automne 2020 s’est ensuite ponctué d’annonces de maintenances, de Forces Majeures et d’arrêts de production. Si un phénomène similaire s’était bien produit en 2015, celui-ci avait avant tout concerné les marchés des polyoléfines et du polystyrène. En 2021, ce sont tous les polymères qui sont touchés, y compris les matériaux techniques.

Des hausses de prix inévitables au premier trimestre

Les témoignages des adhérents de Polyvia confirment les tendances de prix décrites par les différentes agences de notation comme ICIS, PIE ou le Platts. Les prix des polymères augmentent fortement, mais ces hausses de datent pas que de décembre dernier. Les prix de l’ABS ont par exemple augmenté de plus de 60% en un an, quand ceux du PS ont enregistré une hausse de 18% entre octobre et décembre 2020.

La situation est tout aussi précaire pour les polyoléfines en début d’année. Des hausses de 200 euros/tonne ont pu être passées sur certains grades PE dès la première semaine de janvier, contre 140 euros/tonne pour certains grades PP. Derrière ces augmentations se cachent en fait la hausse continue du cours du naphta. En effet, d’importants volumes de naphta produits en Europe sont exportés vers l’Asie (1,4 millions de tonnes en janvier selon le Platts), provoquant une pénurie sur leur continent d’origine. La situation n’est pas près de s’arranger sur ce point particulier, puisque plusieurs crackers de naphta doivent démarrer en Chine cette année.

Les acheteurs de PVC subissent également des hausses de prix depuis plusieurs mois, et celles-ci pourraient perdurer au premier trimestre sur fonds d’augmentation du cours de l’éthylène. Les producteurs de PVC profitent aussi de fenêtres d’exportation, notamment vers la Turquie, ce qui a tendance à réduire l’offre du matériau en Europe.

La situation ne sera guère meilleure pour les utilisateurs de polymères techniques, qui doivent eux aussi composer avec des pénuries et de longs, voire très longs, délais de livraison. En effet, la demande chinoise vient une fois encore perturber le marché, accaparant polyamides, polycarbonates, ABS et ABS/PC, PBT, POM, PEEK et PMMA. A cela s’ajoutent des Forces Majeures sur l’acrylonitrile, les phénols, le butadiène et les BPA.

Pas de fin en vue d’ailleurs pour les hausses de prix des précurseurs utilisés pour la production de ces matériaux. Certaines agences de notation s’attendent ainsi à ce que les prix européens des PA 6.6 dépassent le seuil fatidique des 5000 euros/tonne, de quoi compromettre la reprise d’industries européennes clés comme l’automotive ou l’aéronautique. Les tensions sur le marché de l’ABS et du PC viennent également mettre des bâtons dans les roues du secteur de l’électroménager et de l’électronique. Autant d’industries qui composent d’ailleurs avec une pénurie de puces électroniques au premier trimestre.

Le premier trimestre 2021 ne devrait donc permettre aucun répit aux plasturgistes sur le front des achats de matières premières.

Quelles prévisions de prix pour le reste de l’année ?

Si 2020 a bien prouvé une chose, c’est que l’imprévisible fait toujours partie du champ des possibles. La Covid-19 a contrarié bien des prédictions, et ce sur toutes les thématiques économiques. L’apparition et la propagation de variants du virus, et les vaccinations à vitesses différées selon les pays, permettent encore à l’incertitude de paralyser les marchés. Les prévisions qui vont suivre ne sauraient donc être totalement exactes, mais visent à vous donner un minimum de visibilité sur la conjoncture hors coronavirus.

Montée en puissance de la pétrochimie chinoise

Comme évoqué plus haut, la reprise économique précoce de la Chine a permis à plusieurs de ses filières industrielles de recouvrer rapidement la santé. Parmi elles, l’industrie pétrochimique qui semble s’être remise sur les rails, après une année catastrophique.

La Chine cherche depuis des années à être autosuffisante en termes de production pétrochimique. Son redémarrage économique post-confinement remet cette stratégie sur le devant de la scène. En effet, la demande chinoise d’emballages plastiques et de biens de grande consommation a sensiblement augmenté au cours du second semestre 2020, grâce aux nombreuses promotions organisées par les commerces et l’approche de périodes clés comme Noël et les Nouvel An chinois. L’électronique, l’électroménager et l’automobile ont pu tirer leur épingle du jeu.

La pandémie n’a donc pas retardé plusieurs démarrages de sites pétrochimiques. Les capacités chinoises d’éthylène (C2) et de propylène (C3) ont respectivement augmenté de 31 millions et 40 millions de tonnes en 2020, soit de +19% et de +12% par rapport à l’année précédente.

Ces nouvelles capacités de production de C2 trouveront majoritairement des débouches dans la production de polyéthylène, dont la demande locale ne cesse d’augmenter grâce à l’essor du e-commerce, des livraisons rapides et de l’émergence d’une classe moyenne toujours plus importante.

Plusieurs démarrages de site de production de PE et de PP sont également prévus en 2021. Les capacités chinoises de PEHD vont ainsi augmenter de 2,7 millions de tonnes cette année, contre 1,25 million de tonnes supplémentaires pour les PEBD-L. La présence de ces nouveaux volumes ne se fera cependant pas vraiment sentir avec le second semestre de cette année. Les capacités de production de PP du pays vont quant à elles augmenter de 1,5 million de tonnes.

2021 marque également le lancement du 14ème plan quinquennal du gouvernement chinois (2021-2025) pour les oléfines. Il faudra donc s’attendre à de nouvelles annonces d’augmentations de capacités de production d’éthylène et de propylène pour les années à venir, toujours dans un objectif d’autosuffisance.

Si ses capacités domestiques de production de PE augmentent, la Chine est cependant encore loin d’être autosuffisante. Dans un contexte de forte hausse de sa demande de PEHD et de PEBD-L, il faut s’attendre à ce que le pays continue à importer des volumes importants de matériaux.

ICIS estime ainsi que les importations chinoises de PEHD devraient atteindre 8,4 millions de tonnes en 2021, soit 700 000 tonnes de moins qu’en 2020. Les importations de PEBD devraient totaliser 3 millions de tonnes, contre 3,3 millions l’année précédente. Enfin, les importations de PEBD-L devraient plafonner à 6,5 millions de tonnes, soit seulement 100 000 de moins que l’année passée.

Si une partie de ces importations viendront du reste de l’Asie et potentiellement du Moyen-Orient, les Etats-Unis et leur production de polyoléfines boostée au gaz de schiste ont également des vues sur le marché chinois. Ces velléités pourraient cependant être contrariées par la hausse des cours du fret à l’échelle mondiale, que rien ne semble vouloir stopper en ce début d’année. Le Wall Street Journal estimait que l’expédition d’un container entre la Chine et les Etats-Unis coûtait 7500$ en décembre 2020, contre 2700$ en avril de la même année.

Cela signifie que le coût logistique de l’exportation d’une tonne de polymères vers la Chine a augmenté de 60$ sur cette même période. A cela s’ajoutent potentiellement les droits de douanes plus ou moins importants instaurés dans le cadre de la guerre commerciale sino-américaine. Reste à savoir à quelle vitesse la présidence de Joe Biden mettra fin à ce conflit, et donc aux barrières à l’exportation de polymères produits aux Etats-Unis.

Polyoléfines : encore une année pas comme les autres

2020 ne s’est pas achevée de la façon à laquelle on s’attendait pour le marché européen du polyéthylène et du polypropylène. L’horizon s’est d’ailleurs noirci depuis le début de l’hiver.

L’année passée aurait en effet dû se dérouler comme la précédente. On anticipait des importations massives de PE dérivé de l’exploitation du gaz de schiste produit aux Etats-Unis et proposé à des prix ultra-compétitifs.

On a au contraire assisté à de légères hausses de la consommation des grades PE et PP pour des applications d’emballages en raison du sursaut du secteur pendant le premier confinement. D’autres filières, notamment celle de l’automotive, se sont retrouvé à l’arrêt. Cette dernière utilise d’ailleurs environ 10% du PP consommé en Europe, d’où une forte chute de la demande pour ces grades en particulier.

Le second semestre a permis un début de retour à la normale pour la plupart des applications de ces matériaux, avec le redémarrage du secteur automotive, qui s’en est mieux sorti que prévu, et un niveau de demande normal pour celui de l’emballage plastique. La consommation de polyoléfines des secteurs médical et de l’hygiène s’est en revanche maintenue à un niveau important du début à la fin de l’année. L’électroménager a également mieux récupéré qu’attendu en seconde partie d’année, qu’il s’agisse des petits équipements ou des plus grands.

La fin d’année s’accompagne traditionnellement d’une réduction sensible de l’activité du marché européen des polyoléfines, ce qui permet en général aux producteurs d’écouler leurs stocks en les proposant à des prix intéressants. Cela n’a pas eu lieu en 2020.

Les prix européens du PE et du PP étaient très bas en décembre, et certains fournisseurs en ont profité pour vendre des volumes à l’international, profitant de l’absence des producteurs basés aux Etats-Unis dont de nombreux sites de production ont été arrêtés suite à l’ouragan Laura. On a ainsi vu l’Europe exporter du PE et du PP vers l’Amérique Latine, mais également vers l’Amérique du Nord.

Pour les acheteurs européens, cela s’est traduit pour des hausses de prix, en particulier pour les PP et le PEBD, améliorant la marge des producteurs. Comme détaillé plus haut, plusieurs arrêts de production sont venus détériorer la situation de l’offre en janvier. Le retour des importations massives de matériaux produits aux Etats-Unis ne saurait en revanche avoir lieu avant la fin du premier trimestre.

Les plasturgistes français peuvent toutefois compter sur la baisse de la demande asiatique à l’approche du Nouvel An chinois, ce qui devrait contribuer à faire baisser les prix des polyoléfines de cette région et donc rééquilibrer le marché international.

A quoi faut-il donc s’attendre pour les prix du PE et du PP en 2021 ? Deux choses sont sûres : les producteurs locaux vont chercher à regonfler leurs marges en augmentant le spread entre les cours des monomères et les prix des polymères, et les variations de prix en Chine vont fortement influencer le marché européen. Il convient donc d’observer de près les prix pratiqués en Asie pour prédire d’éventuelles hausses de prix des polyoléfines en Europe.

Bientôt un peu de répit pour les acheteurs d’ABS

Un adhérent de Polyvia expliquait récemment que les prix auxquels il achète l’ABS ont augmenté de 60% sur l’année 2020, et ce malgré la crise sanitaire qui avait participé à une baisse non-négligeable des prix au printemps dernier.

Derrière ces hausses se cachaient notamment des ralentissements du rythme de production en Europe et des fenêtres d’exportation vers la Chine, où les prix pratiqués étaient plus intéressants et où la demande post-confinement était gargantuesque. Au-delà des seules hausses de prix, les transformateurs français d’ABS ont également été confrontés à des pénuries de matériaux et à d’importants délais de livraison. Autant de facteurs fragilisants pour des entreprises déjà mises en difficultés par la pandémie.

Le début d’année laisse cependant entrevoir des jours meilleurs pour ce marché en particulier. Les prix chinois ont en effet chuté d’un peu plus de 7% en décembre 2020, la première baisse de prix après des mois de hausses. Autre fait d’importance : les prix européens sont désormais supérieurs à ceux pratiqués en Chine (+187 euros/tonne environ en décembre 2021).

L’approche du Nouvel An chinois s’accompagne également d’une baisse de la production des industriels des secteurs de l’électroménager et de l’automotive. Cette réduction de l’activité devrait donc participer à la baisse de la demande chinoise pour l’ABS au premier trimestre, et donc permettre de nouvelles chutes des prix du polymères. A la clé, un ralentissement des importations du pays pour ce matériau.

Concrètement, cela signifie que les fenêtres d’exportation vers la Chine des producteurs coréens et taïwanais vont se fermer. L’Europe va donc revenir une destination phare de ces volumes. Ces matériaux vont cependant nécessiter de longues semaines avant d’arriver sur le sol européen, transport maritime oblige. Cela sous-entend également que les plasturgistes devront absorber la hausse des cours du fret. Il faudra sans doute attendre la fin du premier trimestre, voire le second, avant de pouvoir profiter de réelles baisses de prix sur la base polymère.

Les acheteurs européens d’ABS pourront également compter sur deux démarrages de sites pour stabiliser l’offre domestique du matériau. En effet, Ineos Styrolution doit achever la conversion de sa ligne de production de polystyrène de Wingles, en France, au cours du premier trimestre 2021. La nouvelle ligne d’ABS devrait pouvoir produire quelques 50 000 tonnes par an. Versalis prévoit également de démarrer officiellement une ligne de production dont les capacités atteindront 30 000 tonnes annuelles sur son site de Mantova, en Italie. Le démarrage est prévu pour le quatrième trimestre de cette année.

Comme pour les polyoléfines, la Chine a également investi en masse dans sa production d’ABS. Le pays devrait démarrer près de 1,2 millions de tonnes annuelles de capacités cette année. La Corée du Sud et Taïwan devraient également ajouter quelques 1,6 millions de tonnes annuelles d’ABS au marché asiatique, mais ces volumes sont principalement destinés à combler la demande du marché chinois.

Maintien des difficultés d’approvisionnement pour les PVC

Le mois de juin 2020 s’était assorti des premières annonces de hausses de prix pour le matériau. Celles-ci étaient motivées par le redémarrage des chantiers du secteur européen du BTP, dont l’activité avait bien repris une fois le premier confinement levé. La demande européenne de profilés en PVC, tels que les menuiseries et les canalisations, avait par exemple explosé à la fin du printemps. Le niveau de l’offre de matériau était alors normal, mais elle s’est depuis largement dégradée. En effet, plusieurs sites de production étaient à l’arrêt cet automne.

Kem One, un fabricant français de PVC, avait par exemple déclaré une Force Majeure le 13 octobre dernier sur la production de PVC suspension et masse de ses sites de Saint-Fons et Balan. Shin-Etsu avait également déclaré un cas de Force Majeure à la même date, sur la production de son site de Rotterdam, aux Pays-Bas. Ce dernier cas serait justifié par la survenue d’une panne électrique importante au sein d’une raffinerie voisine, ce qui aurait nécessité l’arrêt du site.

Ces deux cas de Forces Majeures sur les PVC ont été précédés par une annonce similaire chez Inovyn le 1er septembre 2020. Les livraisons de plastique des sites scandinaves du producteur étaient alors compromises par un cas de Force Majeure déclaré sur le site de Rafnes, en Norvège, où est fabriqué du VCM, un matériau utilisé dans la production de PVC.

Cet arrêt de production a contraint Inovyn à déclarer plusieurs cas de Forces Majeures sur la production de PVC de ses sites de Newton Aycliffe, au Royaume-Uni, de Steningsund, en Suède et de Porsgrunn, en Norvège. Le producteur avait d’ailleurs pris la décision d’allouer les volumes de PVC disponibles, et des délais de livraison supplémentaires ont été constatés par les plasturgistes français. Les volumes de PVC produits par ces trois sites aurait été réduit de 50%.

La multiplication des cas de Forces Majeures sur les PVC se conjugue au démarrage de plusieurs cycles de maintenance. Ceux-ci auraient dû avoir lieu au printemps dernier mais ont finalement été décalés à l’automne en raison de la crise sanitaire qui a frappé l’Europe. Kem One avait ainsi lancé une maintenance sur son site français de Saint-Auban le 10 octobre 2020. Les sites de Vynova à Mazingarbe, en France, et Beek, aux Pays-Bas, étaient également arrêtés pour maintenances entre octobre et novembre. Ce fut également le cas du site allemand d’Innovyn à Rheinberg.

La pénurie européenne de PVC causée par ces différents arrêts de production avait été accentuée par d’importants mouvements d’exportation vers la Turquie en premier lieu, où les prix étaient plus élevés qu’en Europe et où le secteur du BTP avait redémarré fort.

Il semblerait désormais que le marché turc du PVC ait enfin atteint son plafond. En effet, la nouvelle année s’est assortie de nouvelles annonces de hausses de la part des fournisseurs, les prix proposés se situant autour des 1325 €/tonne (environ 250 €/tonne de plus qu’en Europe). Ce niveau de prix s’est rapidement avéré irrecevable pour le marché turc, avec de nombreux acheteurs qui s’étaient constitué des stocks importants en anticipant des augmentations de prix à venir.

A cela s’ajoute le fort ralentissement du secteur immobilier turc. Les ventes locales de logements neufs ont en effet chuté de 47,6% en décembre 2020 par rapport à décembre 2019, selon l’institut TurkStat. Les prix turcs du PVC devraient donc se stabiliser, puisque l’activité du BTP ne permettra plus à elle seule de soutenir une tendance haussière.

Le niveau de prix local du matériau demeure cependant plus élevé que les prix européens. Il est donc fort à parier que les producteurs de PVC basés en Europe vont continuer à exporter une partie de leur production de la Turquie. Kem One a levé sa Force Majeure en janvier 2021, mais PKN Orlen, Mexichem et Oltchim font toujours tourner leurs sites de production à un rythme réduit. Il en résulte une réduction d’environ 15% de l’offre européenne de PVC si l’on tient également compte de la maintenance de Kem One à Berre, qui est toujours en cours. Les transformateurs de PVC devraient donc continuer à souffrir de la pénurie de matériaux pendant encore quelques mois.

Polyamides : la reprise menacée

La demande européenne de PA 6 et de PA 6.6 reprend peu à peu du poil de la bête depuis l’arrêt brutal du secteur automotive au printemps 2020. L’incertitude est cependant de retour début 2021 avec une potentielle troisième vague épidémique et des mesures anti-coronavirus variables selon les pays européens.

Les prix du PA 6 en Europe avaient par exemple surfé sur la reprise économique dès septembre, avec plusieurs producteurs annonçant des hausses. La tendance était plus mesurée pour les PA 6.6, qui sont proportionnellement plus utilisés que le PA 6 par l’industrie automotive. Les prix du matériau s’étaient fixés sur des rollovers ou bien de légères augmentations. Il s’agissait alors de leur première hausse de prix généralisée depuis début 2019.

L’industrie automobile mondiale a bien redémarré, mais le rythme de cette reprise varie en fonction des régions du monde, ce qui a une influence conséquente sur les cours des polyamides de part et d’autre du globe. Les producteurs de PA sont donc potentiellement plus intéressés par certains marchés locaux que d’autres.

Les constructeurs automobiles européens ont pu reprendre leur production de façon assez énergique après le premier confinement, mais la deuxième vague du virus et la pénurie mondiale de puces électroniques est venue contrarier ce nouvel élan dès l’automne. Les prix des polyamides n’ont cependant pas cessé d’augmenter en raison d’arrêts de production chez Lanxess en Europe et chez Ascend en Floride.

L’offre de matériaux a ainsi été compromise pendant une bonne partie de la saison automne-hiver 2020, et les effets de cette pénurie se font encore sentir en Europe en ce début d’année. La production automotive locale n’a pas encore atteint son niveau d’avant crise, ce qui laisse planer l’incertitude sur le marché amont des polymères techniques, polyamides compris.

Les producteurs de matériaux techniques, en particulier de polyamides, se retrouvent confrontés à une demande potentiellement faible sur une grande partie de l’année 2021. Il s’agit pour eux de lutter contre la surabondance de l’offre afin de rééquilibrer le marché. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait depuis l’automne 2020 en réduisant les volumes sortants de leurs sites de production de PA – un comportement que l’on retrouve d’ailleurs pour d’autres polymères.

Chaque confinement éloigne un peu plus la perspective de reprise franche du secteur automotive européen, et pousse les producteurs à maintenir leur taux de production réduit. Pour les plasturgistes, cela signifie que le moindre arrêt de production, qu’il se produise en amont (caprolactame, acrylonitrile, adiponitrile…)  ou au niveau d’un ou plusieurs sites de fabrication de polyamide, peut entraîner une pénurie de polymères et propulser les prix à des niveaux plus élevés, en plus de provoquer de graves difficultés d’approvisionnement. On notera également qu’un tel phénomène mettrait à mal la santé déjà précaire de l’industrie automotive en poussant ses sous-traitants à arrêter leur production.

Europe : ces points encore incertains pouvant changer la donne

Cet article a été rédigé en janvier 2020, alors que l’ombre d’un troisième confinement planait sur la France et que plusieurs pays, en Europe comme ailleurs dans le monde, faisaient part du retard pris sur leurs plans respectifs de vaccination. L’apparition de multiples variants du virus contribuait également à alourdir l’incertitude qui embrume les marchés depuis des mois.

Impossible donc de savoir si le monde va bel et bien s’embourber dans une crise économique sans précédent, ou au contraire retrouver ses ailes et renouer avec la croissance. Il s’agit pourtant d’identifier des événements clés pouvant rebattre les cartes du marché européen des polymères afin de permettre aux acheteurs français d’avoir un peu plus de visibilité sur leurs approvisionnements.

Le grand retour des importations de PE produit aux Etats-Unis

La baisse de la demande chinoise de polyéthylène, conjuguée aux ajouts de nouvelles capacités de production détaillés plus haut, devrait logiquement permettre le retour des lots de PE produits aux Etats-Unis en Europe. Ce scenario n’est toutefois possible que si la crise sanitaire ne s’aggrave pas et que les flux commerciaux mondiaux retrouvent un semblant de normalité cette année.

Les prix européens du PE ont en effet fortement augmenté ces derniers mois en raison de plusieurs arrêts de production (Forces Majeures, pannes, maintenances…). Ces derniers ont dramatiquement comprimé l’offre et entraîné des pénuries ravageuses. Certains de nos adhérents ont dû arrêter certaines de leurs lignes de production, alors que la demande en aval était bonne !

Les producteurs de polyéthylène basés aux Etats-Unis auraient alors tout intérêt à recommencer à exporter vers l’Europe. Les niveaux de prix y sont désormais plus haut que fin 2019, et le PE issu du gaz de schiste pourra être proposé aux acheteurs européens à des prix très compétitifs.

Pour les plasturgistes français, cela signifierait une moindre vulnérabilité aux aléas de la production européenne, ainsi que des baisses de prix des matériaux vierges, les fournisseurs locaux étant obligés de s’aligner sur la concurrence.

Les nouvelles seront en revanche moins bonnes pour les recycleurs européens et français de polyéthylène, qui pâtissent depuis des années des écarts de prix entre matériaux régénérés et vierges. Le maintien du cours du pétrole à un bas niveau et le retour des fournisseurs étasuniens sur le territoire européen rendraient leurs matériaux moins compétitifs, à l’heure où leur survie, comme celle de bien d’autres entreprises de la filière, est en jeu.

Le maintien du conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis

Joe Biden, le nouveau Président des Etats-Unis, a hérité son prédécesseur de relations particulièrement tendues avec la Chine. La guerre commerciale sino-américaine s’est en effet assortie de sanctions administrées par les deux parties.

Le conflit a d’ailleurs gagné en intensité il y a quelques semaines lorsque Washington a imposé de nouvelles sanctions sur les investissements et certaines activités de la Chine. Si Biden devrait adopter une approche à la fois plus diplomatique et prévisible que Trump, il est peu probable qu’il ne décide de desserrer totalement l’étau dans lequel est coincée Beijing, en particulier en ce qui concerne les technologies et les flux commerciaux.

Il ne faut donc pas s’attendre à ce que cette nouvelle administration lève les droits de douane imposés sur certains biens de consommation produits en Chine. Joe Biden devrait cependant alléger le ton des négociations commerciales entre les Etats-Unis et l’UE, que Trump avait durement prise à partie. De quoi faciliter les exportations de polymères vers l’Europe, aux détriments de la Chine.

L’essor de l’économie circulaire en Europe

L’Union Européenne entame sa transition vers une économie circulaire et sa politique réglementaire devrait aborder une nouvelle étape en 2021. Elle se concentrera notamment sur les produits en eux-mêmes : comment ces derniers sont-ils conçus, et pourquoi autant d’entre eux le sont pour être jetés ? De quoi impacter fortement le marché des matériaux situé en amont de la chaîne, et particulièrement les polymères.

La Commission européenne veut en effet changer profondément la façon dont les produits sont fabriqués et la façon dont ils sont consommés. Si des essais réglementaires ont déjà été menés dans ce sens, il s’agit désormais d’accélérer la marche. Ce fut le cas en mars 2020 avec le lancement du plan d’action 2.0 pour l’économie circulaire. Ce dernier n’impose pas de réglementation pure, mais fixe des objectifs, comme la réduction de moitié des déchets municipaux d’ici à 2030 ou le droit à la réparation. Certains d’entre eux sont cependant voués à être transcrits, à terme, dans la réglementation européenne, et donc plus tard dans la loi des Etats membres.

Les choses bougent également au Parlement européen, où une majorité de députés a bien accueilli le nouvel élan de la Commission. Jessica Polfjärd, une députée suédoise, a d’ailleurs révélé à EURACTIV que les futurs objectifs relatifs aux déchets et au recyclage de ces derniers, qui doivent être rendus publics cette année, devront être basés sur les réalités des différents pays européens.

Selon elle, le Parlement va sûrement fixer des objectifs pour l’utilisation de matières premières recyclées dans la fabrication de nouveaux produits, en particulier pour les emballages. Il s’agit ainsi d’augmenter la demande pour ces dernières.

Le gouvernement français a également montré son soutien à la filière du recyclage des plastiques, en lui accordant une enveloppe de 16 millions d’euros dans le cadre de son plan de relance. Cette action vise à aider la vente de matières plastiques recyclées en rendant leurs prix plus compétitifs pour les plasturgistes, tout en préservant la marge des recycleurs.

La demande de plastiques recyclés devrait logiquement augmenter en 2021, bien que cette croissance soit probablement plus faible qu’anticipé avant la crise sanitaire. Les plasturgistes français peuvent d’ailleurs mettre en avant leur engagement dans ce sens en obtenant le Label More. L’évolution du cadre réglementaire européen soutiendra cependant la filière, mais son pendant mécanique pourrait avoir des difficultés à assumer seul la hausse de la demande.

Il se peut aussi que certains matériaux voient leur utilisation diminuer. Cela pourrait être le cas des polystyrènes pour l'emballage, en particulier lorsqu'ils sont sous forme de mousses. Certains producteurs ont déjà anticipé cette tendance. C'est par exemple le cas de Total à Carling (France) qui convertit une ligne de production de PS en ligne de production d'ABS.

Les taxes sur les emballages en plastique vierges, que chaque Etat membre de l'UE devra potentiellement transposer dans sa loi, risquent également d'encourager les plasturgistes à accélérer l'adoption des plastiques recyclés. Une forte augmentation de la demande pour ces derniers, conjuguée à une progression plus lente de l'offre, risque de tirer leurs prix vers le haut. 

2020 avait été marquée par plusieurs annonces de grands groupes, mais aussi de PME, dans le domaine du recyclage chimique des plastiques. Il est fort à parier que 2021 ne sera pas en reste, avec de plus en plus de plasturgistes qui sauteront le pas en adoptant les matériaux issus de ces technologies, comme c’est déjà le cas de nos adhérents Qualiform, Axilone et bien d’autres.

La question du cours du pétrole brut

Pour la plasturgie, le faible coût du baril de brut signifie potentiellement deux choses : les prix des polymères vierges devraient se maintenir à un niveau bas et ceux des polymères recyclés risquent d’être plus élevés. La baisse des cours du pétrole est en effet désavantageuse pour les recycleurs puisque les prix de leurs matériaux n’en dépendent pas.

L’Administration Américaine de l’Information sur l’Energie (EIA – Etats-Unis) s’attend à ce que la demande mondiale de pétrole soit plus importante que l’offre en 2021, en particulier pendant le premier trimestre.

Elle prédit donc que le prix du baril devrait tourner autour de 56 dollars US tout au long de l’année, le cours du Brent devant se fixer entre 51 dollars et 54 dollars en fonction des trimestres, et ce jusqu’en 2022.

Pour l’EIA, la production des membres de l’OPEC+ n’augmentera pas beaucoup en 2021 puisque ces derniers se sont mis d’accord pour limiter leurs volumes. L’Arabie Saoudite d’ailleurs annoncé une réduction de sa production d’un million de barils par jour pour les mois de février et mars, afin de limiter la chute des cours. Ces coupes ne devraient toutefois pas empêcher l’OPEC+ de produire plus de pétrole en 2021 qu’en 2020, alors que la demande mondiale sera peu vivace au cours du premier semestre.

Le maintien du cours du pétrole et du prix du baril à un niveau bas pourrait, dans la mesure où les importations de matériaux produits aux Etats-Unis reprendraient en Europe, tirer les cours des monomères (éthylène, propylène, styrène…) vers le bas, ou tout du moins les stabiliser sur l’année. Cela signifie également que les marges des producteurs européens de polyoléfines et de polystyrène seront menacées, et qu’ils risquent de chercher à imposer des hausses de prix sur ces polymères pour les préserver.

Le chaos du fret maritime

Le coût de la location de containers pour le fret maritime a explosé au cours des derniers mois, et ce alors que la pandémie retrace les routes commerciales et que les ports européens sont en proie à des problèmes. Pour les acheteurs de polymères, cela se traduit à la fois par des hausses de prix sur leurs matériaux, mais également par un allongement des délais de livraison. La situation risque de ne pas revenir à la normal au cours du premier semestre 2021 alors que l’Europe est exposée à une troisième vague épidémique.

La forte reprise économique de plusieurs marchés asiatiques s’est en effet traduite par un rebond des exportations de la région vers le reste du monde, avec une réduction des flux commerciaux en provenance des autres pays. Ce déséquilibre a entrainé un phénomène particulier : des containers vides partaient de l’Europe vers l’Asie il y a encore quelques semaines. Il en a résulté une hausse des coûts du fret maritime, ainsi que des temps d’attente pour pouvoir utiliser un container.

Il faut également tenir compte de la politique des compagnies maritimes, qui ont dramatiquement réduit leurs capacités au cours de la première vague épidémique et n’ont pas recouvré des volumes normaux depuis. Environ 12% des capacités de transport maritime par container mondiales étaient encore disponibles en juin. Résultat : des locations de container Europe-Chine pouvant aller jusqu’à 4150€ l’unité, contre environ 1250€ avant la crise. Les délais sont quant à eux passés à six, voire huit semaines.

Les mesures de confinement européennes sont également à l’origine de difficultés supplémentaires pour le secteur logistique. Certaines entreprises décident d’utiliser des bateaux plus petits pour réduire les droits d’amarrage dans les ports européens. Cela signifie que leurs capacités de transports sont réduites, d’où de potentielles hausses de prix pour leurs clients.

La crise des containers ne devrait dans tous les cas pas trouver son terme avant le printemps prochain, et ce uniquement si l’Europe et l’Amérique du Nord parviennent à renouer avec la croissance économique et à s’imposer à nouveau sur les marchés à l’export.

Il faut également tenir compte de la congestion des ports européens. Les produits destinés à être vendus à l’international ne partant pas, les capacités de stockage sont, pour la plupart, déjà employées. Il serait par exemple extrêmement difficile de trouver des entrepôts disponibles à Rotterdam et à Anvers, deux places fortes de la logistique maritime européenne. Celui de Rotterdam souffre également de délais d’expédition et de réception causés par difficultés engendrées par un changement récent de système informatique. A cela s’ajoutent les mesures supplémentaires d’hygiène liées à la pandémie, qui délayent les expéditions et les réceptions (mise en quarantaine des produits, moins de personnel sur place…).

La première partie de l’année devrait donc s’accompagner de difficultés logistiques importantes pour l’ensemble de la filière pétrochimique européenne. Si les commandes seront bien livrées, les délais risquent de s’élargir sensiblement et les coûts du transport de faire preuve d’une extrême volatilité, en particulier si un troisième confinement est bien au menu pour l’ensemble du continent.

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