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Tendances de prix du plastique en 2021

05 août 2021

Prix du plastique : les prévisions 2021 mises à jour

Si 2020 fut une année hors-norme, tant pour l’économie mondiale que le marché spécifique des polymères, 2021 persiste et signe. Le deuxième semestre de l’année précédente s’était caractérisé par une nuée de déclarations de Forces Majeures, des arrêts de production en séries et des cycles de maintenances qui achevèrent de congestionner une chaîne de valeur déjà bien handicapée. Les hausses de prix insoutenables que la situation avait engendrées ont continuer à causer de graves difficultés aux plasturgistes européens cette année, avec un début d’apaisement à la fin du premier semestre 2021.

Stabilisation des prix du plastique, pour certains matériaux

On observe en effet un ralentissement des augmentations de prix des polymères, et les industriels ont également pu profiter de légères baisses de prix sur certains marchés spécifiques, comme ceux du polyéthylène, du polypropylène ou du polystyrène à la fin du printemps dernier. Si les prix des dérivés du styrène repartent à la hausse dès ce mois d’août, le marché des polyoléfines bénéficie quant à lui du retour des matériaux d’importation. Reste à savoir si le retour des flux internationaux est éphémère ou non.

Rares sont cependant les semaines où aucun cas de Force Majeure n’est déclaré. C’était par exemple le cas de Sabic à Geleen, aux Pays-Bas, pour les PE, et d’Ineos Styrolution à Anvers pour les ABS entre fin juillet et début août. Les Forces Majeures sont cette fois-ci causées par les inondations qui ont meurtri le nord de l’Europe, et il est fort probable que des arrêts de production soient signalés au cours des semaines à venir. Voies ferroviaires et routes ont en effet été détruites par les eaux, et le Rhin pourrait bientôt ne plus être navigable. En jeu : les approvisionnements en monomères de la pétrochimie rhénane, dont l’activité dépend étroitement de la santé de l’écosystème logistique local.

Un marché mondial toujours perturbé

Alors, à quand les baisses de prix ? L’exercice de la prédiction est toujours risqué, et la certitude n’est clairement pas le mot d’ordre 2021. Si la filière plasturgie espère de tout cœur voir des baisses de prix arriver d’ici la fin de l’année, les signaux perçus de part et d’autre du globe plongent les amateurs de conjectures dans un brouillard difficile à percer.

En Europe, des catastrophes climatiques qui s’enchaînent (inondations meurtrières au Nord, incendies destructeurs au Sud) et une météo qui ne permet pas de relancer les marchés dont c’est ordinairement la haute saison. Aux Etats-Unis, le contre-coup de la tempête Uri qui avait plongé le Golfe du Mexique et sa pétrochimie dans le noir en février dernier, et l’approche imminente de la saison des ouragans, avec tous les arrêts et Forces Majeures qu’elle suppose. Au Moyen-Orient, les bisbilles de l’OPEP+ et la baisse du cours du pétrole, qui pourraient entraîner des revirements de stratégie entre l’été 2021 et le premier semestre 2022. En Asie, une énième vague de propagation du virus dans la région du Wuhan et la décélération de mauvais augure de l’économie chinoise. Partout dans le monde, un marché du fret maritime qui semble de plus en plus prompt à s’installer durablement dans la pénurie. Après tout, pourquoi remettre des conteneurs et des navires sur les océans quand on peut les proposer pour bien plus cher en limitant ses coûts d’exploitation ?

Prix du plastique : de vraies baisses au dernier trimestre 2021 ?

On les avait prédites pour la rentrée, il semblerait bien que leur arrivée soit retardée. Les augmentations de prix des polymères que les plasturgistes affrontent depuis maintenant plus d’un an dépassent, et de loin, tous les phénomènes de hausses consécutives que la filière ait connus jusqu’ici.

Cette situation a d’ailleurs révélé la fragilité de l’Europe en termes d’approvisionnement en matières premières, et notamment de plastique. L’Asie et les Etats-Unis sont désormais les stars de la scène internationale et ne sont pas près de sortir du feu des projecteurs, et le Moyen-Orient continue, tranquillement et sûrement, à bâtir des complexes pétrochimiques d’envergure internationale… et pas forcément pour exporter en Europe. L’instabilité des flux logistiques internationaux a contribué à déstabiliser une pétrochimie européenne vieillissante et étroitement dépendante des importations, tant pour les polyoléfines et les autres commodités que les polymères techniques.

Comme évoqué plus haut, les importations font leur timide retour sur certains marchés (PE, PP notamment). D’autres marchés souffrent toujours de graves pénuries. C’est, entre autres, le cas des PVC, des ABS et des polyamides, mais aussi des plastifiants et de certains pigments (dioxyde titane et noir de carbone, pour ne citer qu’eux).

Ceux qui ont eu le malheur de fréquenter les supermarchés au premier confinement de mars 2020 sont probablement familiers du « phénomène du rayon vide ». Quand les pâtes vinrent à manquer, les paquets remis en rayon n’y restèrent, dans le meilleur des cas, que quelques heures. Un phénomène comparable se produit sur le marché du plastique (et probablement sur ceux des autres matériaux). Privés de polymères pendant de longs mois, leur activité menacée par la perte éventuelle de clients et les retards de production, les plasturgistes se jettent sur tout nouveau volumes mis sur le marché. Le déséquilibre vertigineux entre l’offre et la demande persiste en effet en Europe, et pour tous les polymères, sans exception, et même pour la plupart des monomères.

Les agences de suivi des cours des matières premières, comme ICIS ou PIE, signalent également que certains industriels se démènent pour reconstituer leurs stocks, et profitent donc des premières baisses de prix de certains polymères pour commander des quantités supérieures à leurs besoins réels. Les chutes de prix attendues pour la rentrée pourraient bien être retardées par ces comportements.

L’explosion des coûts énergétiques et des matières premières en quelques chiffres

Selon le cabinet italien Anima Confidunstria, les cours de l’énergie et de nombreuses matières premières se sont envolés en Europe entre mai 2020 et aujourd’hui.

  • Ceux du pétrole ont augmenté de 248%.
  • Ceux de l’électricité de 365%.
  • Eux du gaz naturel de 545%.
  • Ceux du PE de 160%.
  • Ceux du PP de 123%/
  • Ceux de l’étain de 142%.
  • Ceux du cuivre de 120%.
  • Ceux de l’aluminium de 75%.

Et la plupart de ces cours n’ont pas fini d’augmenter.

Toutes les nouvelles ne sont en revanche pas mauvaises ! Le ralentissement économique chinois se traduit par une baisse des prix des matériaux dans le sud-est asiatique. C’est particulièrement vrai pour les polyoléfines. Les prix chinois ne sont donc plus aussi intéressants pour les exportateurs de polymères, et ceux-ci vont donc chercher des fenêtres à l’export ailleurs. L’Europe, avec ses niveaux de prix défiant l’entendement, fait donc figure de destination de choix.

Il est cependant peu probable que les polymères à bas coût produits aux Etats-Unis ne foulent rapidement le sol européen. En effet, le marché nord-américain souffre lui aussi de pénuries de polymères, et a tendance à importer plus de plastique que d’ordinaire. L’orée de la saison des ouragans, qui devrait normalement s’étendre de juillet à novembre 2021, laisse peu d’espoir quant à la reprise de vitesse de la pétrochimie du Golfe du Mexique au cours des mois à venir.

La perspective d’une récession de l’économie chinoise, si elle n’est pas de bon augure pour l’économie mondiale, devrait logiquement permettre, sinon des baisses de prix des matières premières, un ralentissement des hausses. La légère amélioration de la situation du fret maritime permet également de faciliter les échanges de polymères entre les différentes régions du monde, d’où des importations plus aisées, quoique très coûteuses, pour l’Europe. Si ces volumes sont importants, ils pourraient contribuer à rééquilibrer en partie le marché, et donc à générer de véritables baisses de prix entre le troisième et le dernier trimestre 2021.

La vigilance reste cependant de rigueur. Le marché mondial du plastique est extrêmement fragilisé, et les nouvelles vagues de propagation du virus, en plus des récents événements climatiques et de ceux à venir, pourraient à nouveau provoquer des arrêts de production tout au long de la chaîne. Dans tous les cas, la seule prévision quasi-certaine pour les mois à venir est que les prix des polymères ne baisseront pas aussi rapidement qu’ils n’ont augmenté. Les plasturgistes et leurs clients doivent donc s’attendre à continuer à faire face à des niveaux de prix élevés pour les plastiques, et ce jusqu’à la fin du premier semestre 2022, au moins.

 

Retour sur les actions du service Affaires publiques de Polyvia sur la crise des matières premières

Polyvia s’est très tôt emparée de cette problématique en publiant un communiqué de presse alertant sur les tensions sur les approvisionnements de matières plastiques le 11 janvier 2020. Votre syndicat avait également interpellé la DGE à ce sujet le 22 décembre 2020. Celui-ci a depuis trouvé un écho dans plusieurs revues spécialisées, dont l’Usine Nouvelle, Emballages Magazines, Plastiques & Caoutchoucs Magazines, mais aussi ailleurs en Europe, comme chez Polimerica ou Plastics Information Europe.

L’Alliance européenne pour les polymères (Polymers for Europe Alliance), créée par EuPC (European Plastics Converters), l’association européenne regroupant les différentes organisations professionnelles de la plasturgie du continent, est également montée au créneau pour dénoncer la situation.

Polyvia a depuis tenté de venir en aide à ses adhérents à travers un article listant ses différentes actions et prodiguant des conseils sur la prise de contact des entreprises avec les médiateurs régionaux.

Thierry Charles a également été convié à une table ronde à l'occasion du salon GLOBAL Industrie pour évoquer ces problématiques. 

Plusieurs réunions d'information des adhérents ont également eu lieu au cours des derniers mois. Le service Performance économique a notamment organisé une Commission Achats à ce sujet en mai dernier. Vous pouvez demander à voir le replay en contactant Bibiane Barbaza. Le service Performance économique a également été sollicité, avec Thierry Charles, par plusieurs autorités locales, et a aussi donné des clés de lecture de la situation à l'occasion de Comités régionaux de Polyvia et de réunions d'animation de Pôles Marchés.

Mais d'où viennent les hausses de prix du plastique ?

Marchés des polymères : le retour du fantôme de 2015

Comme évoqué plus haut, la situation actuelle n’est pas sans rappeler le printemps 2015, au cours duquel les plasturgistes français avaient été confrontés à une pluie de Forces Majeures, touchant plusieurs matériaux dont les polyoléfines et les dérivés du styrène. De ces arrêts de production en chaînes étaient nées des hausses de prix significatives, dépassant souvent la centaine d’euros/tonne, qui ont rapidement asséché les trésoreries des entreprises.

Ce schéma se répète aujourd’hui, bien que ça genèse soit quelque peu différente. La crise sanitaire et le confinement européen qui a débuté en mars avaient en effet entraîné une forte baisse de la demande de polymères, puisque de nombreux plasturgistes avaient été contraints d’arrêter leurs usines pendant plusieurs semaines. Certains producteurs européens de polymères, dont les stocks de matériaux étaient alors importants, ont donc pris la décision logique de réduire leurs taux de production. Les cycles de maintenance des crackers prévus au printemps avaient toutefois été reportés.

La Chine s’est en revanche déconfinée plus tôt que le reste du monde, et son industrie a rapidement redémarré. La demande de polymères du pays a fortement augmenté en quelques semaines, et les prix pratiqués sur place avec. Les fournisseurs européens ont saisi cette fenêtre à l’exportation et d’importants volumes de matériaux ont pu être envoyés vers la Chine. La pandémie a en revanche entraîné une crise logistique mondiale, celle-ci se traduisant par une pénurie de containers. Les cours du fret maritime se sont donc envolés, venant renforcer la tendance haussière des prix des polymères à travers le monde – un sujet sur lequel Polyvia alertait déjà début décembre 2020.

L’enquête menée en octobre dernier par Polyvia sur l’impact de la crise sanitaire sur la plasturgie française avait révélé que 30% des entreprises interrogées avaient retrouvé un niveau d’activité normal, et que 22% signalaient un taux d’activité compris entre 75% et 99%. La filière, fragilisée par les effets de la pandémie, s’approchait pourtant de la reprise économique.

On percevait au même moment des signaux pouvant éventuellement mener à une pénurie loin en amont de la chaîne de valeur. Des cycles de maintenances, originellement prévus au printemps, avaient été décalés à la rentrée. L’offre de monomère s’en est alors trouvée réduite. Certaines maintenances démarrées en septembre étaient d’ailleurs toujours en cours en janvier 2021. D’autre sites de production de monomères continuaient également à fonctionner sur un rythme ralenti depuis février.

L’automne 2020 s’est ensuite ponctué d’annonces de maintenances, de Forces Majeures et d’arrêts de production. Si un phénomène similaire s’était bien produit en 2015, celui-ci avait avant tout concerné les marchés des polyoléfines et du polystyrène. En 2021, ce sont tous les polymères qui sont touchés, y compris les matériaux techniques.

Des hausses de prix inévitables au premier semestre

Les témoignages des adhérents de Polyvia confirment les tendances de prix décrites par les différentes agences de notation comme ICIS, PIE ou le Platts. Les prix des polymères augmentent fortement, mais ces hausses de datent pas que de décembre dernier. Les prix de l’ABS ont par exemple augmenté de plus de 60% en un an, quand ceux du PS ont enregistré une hausse de 67% entre août 2020 et juillet 2021.

La situation est tout aussi précaire pour les polyoléfines en oremière partie d'année. Des hausses comprises entre 100 et 200 euros/tonne ont pu être passées chaque mois sur certains grades PE entre janvier et avril 2021, contre des augmentations comprises entre 80 et 150 euros/tonne en moyenne pour certains grades PP sur la même période. Derrière ces augmentations se cachent en fait la hausse continue du cours du naphta. En effet, d’importants volumes de naphta produits en Europe sont exportés vers l’Asie (1,4 millions de tonnes en janvier selon le Platts, avec des quantités comparables tout au long du premier trimestre), provoquant une pénurie sur leur continent d’origine. La situation n’est pas près de s’arranger sur ce point particulier, puisque plusieurs crackers de naphta doivent démarrer en Chine cette année. A cela se sont également ajoutées une bonne dizaine de Forces Majeures sur les polymères, ainsi que des cycles de maintenance.

Les acheteurs de PVC subissent également des hausses de prix depuis plus d'un an, et celles-ci pourraient perdurer sur la fin d'année sur fond de pénuries catastrophiques. Les producteurs de PVC profitent aussi de fenêtres d’exportation, notamment vers la Turquie, ce qui a tendance à réduire l’offre du matériau en Europe.

La situation ne semble guère s'améliorer pour les utilisateurs de polymères techniques et de matériaux composites, qui doivent eux aussi composer avec des pénuries et de longs, voire très longs, délais de livraison. En effet, la demande chinoise a longtemps perturbé le marché, accaparant polyamides, polycarbonates, ABS et ABS/PC, PBT, POM, PEEK et PMMA. A cela s’ajoutent des Forces Majeures sur l'ADN, l'ACN, les phénols, le butadiène et les BPA. Les inondations survenues au Benelux et en Allemagne ne risquent pas d'arranger la situation de l'offre.

 

 

 

Les tendances du marché mondial du plastique à moyen/long-terme 

Le grand retour des importations de PE produit aux Etats-Unis

La baisse de la demande chinoise de polyéthylène, conjuguée aux ajouts de nouvelles capacités de production détaillés plus haut, devrait logiquement permettre le retour des lots de PE produits aux Etats-Unis en Europe. Ce scenario n’est toutefois possible que si la crise sanitaire ne s’aggrave pas et que les flux commerciaux mondiaux retrouvent un semblant de normalité cette année.

Les prix européens du PE ont en effet fortement augmenté ces derniers mois en raison de plusieurs arrêts de production (Forces Majeures, pannes, maintenances…). Ces derniers ont dramatiquement comprimé l’offre et entraîné des pénuries ravageuses. Certains de nos adhérents ont dû arrêter certaines de leurs lignes de production, alors que la demande en aval était bonne !

Les producteurs de polyéthylène basés aux Etats-Unis auraient alors tout intérêt à recommencer à exporter vers l’Europe. Les niveaux de prix y sont désormais plus haut que fin 2019, et le PE issu du gaz de schiste pourra être proposé aux acheteurs européens à des prix très compétitifs.

Pour les plasturgistes français, cela signifierait une moindre vulnérabilité aux aléas de la production européenne, ainsi que des baisses de prix des matériaux vierges, les fournisseurs locaux étant obligés de s’aligner sur la concurrence.

Les nouvelles seront en revanche moins bonnes pour les recycleurs européens et français de polyéthylène, qui pâtissent depuis des années des écarts de prix entre matériaux régénérés et vierges. Le maintien du cours du pétrole à un bas niveau et le retour des fournisseurs étasuniens sur le territoire européen rendraient leurs matériaux moins compétitifs, à l’heure où leur survie, comme celle de bien d’autres entreprises de la filière, est en jeu.

Le maintien du conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis

Joe Biden, le nouveau Président des Etats-Unis, a hérité son prédécesseur de relations particulièrement tendues avec la Chine. La guerre commerciale sino-américaine s’est en effet assortie de sanctions administrées par les deux parties.

Le conflit a d’ailleurs gagné en intensité au début de son mandat lorsque Washington a imposé de nouvelles sanctions sur les investissements et certaines activités de la Chine. Si Biden devrait adopter une approche à la fois plus diplomatique et prévisible que Trump, il est peu probable qu’il ne décide de desserrer totalement l’étau dans lequel est coincée Beijing, en particulier en ce qui concerne les technologies et les flux commerciaux.

Il ne faut donc pas s’attendre à ce que cette nouvelle administration lève les droits de douane imposés sur certains biens de consommation produits en Chine. Joe Biden devrait cependant alléger le ton des négociations commerciales entre les Etats-Unis et l’UE, que Trump avait durement prise à partie. De quoi faciliter les exportations de polymères vers l’Europe, aux détriments de la Chine.

L’essor de l’économie circulaire en Europe

L’Union Européenne entame sa transition vers une économie circulaire et sa politique réglementaire devrait aborder une nouvelle étape en 2021. Elle se concentrera notamment sur les produits en eux-mêmes : comment ces derniers sont-ils conçus, et pourquoi autant d’entre eux le sont pour être jetés ? De quoi impacter fortement le marché des matériaux situé en amont de la chaîne, et particulièrement les polymères.

La Commission européenne veut en effet changer profondément la façon dont les produits sont fabriqués et la façon dont ils sont consommés. Si des essais réglementaires ont déjà été menés dans ce sens, il s’agit désormais d’accélérer la marche. Ce fut le cas en mars 2020 avec le lancement du plan d’action 2.0 pour l’économie circulaire. Ce dernier n’impose pas de réglementation pure, mais fixe des objectifs, comme la réduction de moitié des déchets municipaux d’ici à 2030 ou le droit à la réparation. Certains d’entre eux sont cependant voués à être transcrits, à terme, dans la réglementation européenne, et donc plus tard dans la loi des Etats membres.

Les choses bougent également au Parlement européen, où une majorité de députés a bien accueilli le nouvel élan de la Commission. Jessica Polfjärd, une députée suédoise, a d’ailleurs révélé à EURACTIV que les futurs objectifs relatifs aux déchets et au recyclage de ces derniers, qui doivent être rendus publics cette année, devront être basés sur les réalités des différents pays européens.

Selon elle, le Parlement va sûrement fixer des objectifs pour l’utilisation de matières premières recyclées dans la fabrication de nouveaux produits, en particulier pour les emballages. Il s’agit ainsi d’augmenter la demande pour ces dernières.

Le gouvernement français a également montré son soutien à la filière du recyclage des plastiques, en lui accordant une enveloppe de 16 millions d’euros dans le cadre de son plan de relance. Cette action vise à aider la vente de matières plastiques recyclées en rendant leurs prix plus compétitifs pour les plasturgistes, tout en préservant la marge des recycleurs.

La demande de plastiques recyclés devrait logiquement augmenter en 2021, bien que cette croissance soit probablement plus faible qu’anticipé avant la crise sanitaire. Les plasturgistes français peuvent d’ailleurs mettre en avant leur engagement dans ce sens en obtenant le Label More. L’évolution du cadre réglementaire européen soutiendra cependant la filière, mais son pendant mécanique pourrait avoir des difficultés à assumer seul la hausse de la demande.

Il se peut aussi que certains matériaux voient leur utilisation diminuer. Cela pourrait être le cas des polystyrènes pour l'emballage, en particulier lorsqu'ils sont sous forme de mousses. Certains producteurs ont déjà anticipé cette tendance. C'est par exemple le cas de Total à Carling (France) qui convertit une ligne de production de PS en ligne de production d'ABS.

Les taxes sur les emballages en plastique vierges, que chaque Etat membre de l'UE devra potentiellement transposer dans sa loi, risquent également d'encourager les plasturgistes à accélérer l'adoption des plastiques recyclés. Une forte augmentation de la demande pour ces derniers, conjuguée à une progression plus lente de l'offre, risque de tirer leurs prix vers le haut. 

2020 avait été marquée par plusieurs annonces de grands groupes, mais aussi de PME, dans le domaine du recyclage chimique des plastiques. Il est fort à parier que 2021 ne sera pas en reste, avec de plus en plus de plasturgistes qui sauteront le pas en adoptant les matériaux issus de ces technologies, comme c’est déjà le cas de nos adhérents Qualiform, Axilone et bien d’autres.

La question du cours du pétrole brut

Pour la plasturgie, le faible coût du baril de brut signifie potentiellement deux choses : les prix des polymères vierges devraient se maintenir à un niveau bas et ceux des polymères recyclés risquent d’être plus élevés. La baisse des cours du pétrole est en effet désavantageuse pour les recycleurs puisque les prix de leurs matériaux n’en dépendent pas.

L’Administration Américaine de l’Information sur l’Energie (EIA – Etats-Unis) s’attend à ce que la demande mondiale de pétrole soit plus importante que l’offre en 2021, en particulier pendant le premier trimestre.

Elle prédit donc que le prix du baril devrait tourner autour de 56 dollars US tout au long de l’année, le cours du Brent devant se fixer entre 51 dollars et 54 dollars en fonction des trimestres, et ce jusqu’en 2022.

Les va-et-vient de l'OPEP+ ne font que générer de l'incertitude. S'il s'agissant de réduire la production de brut en début d'année, les alliés ont finalement décidé d'augmenter les volumes à la fin du premier semestre. Leur stratégie pourrait encore changer d'ici la fin de l'année, puisque la demande chinoise est en passe de ralentir sensiblement.

Le maintien du cours du pétrole et du prix du baril à un niveau bas pourrait, dans la mesure où les importations de matériaux produits aux Etats-Unis reprendraient en Europe, tirer les cours des monomères (éthylène, propylène, styrène…) vers le bas, ou tout du moins les stabiliser d'ici la fin de l'année. Si cette baisse devait s'inscrire dans la durée, cela signifie également que les marges des producteurs européens de polyoléfines et de polystyrène seront menacées, et qu’ils risquent de chercher à imposer des hausses de prix sur ces polymères pour les préserver.

Le chaos du fret maritime

Le coût de la location de containers pour le fret maritime a explosé au cours des derniers mois, et ce alors que la pandémie retrace les routes commerciales et que les ports européens sont en proie à des problèmes. Pour les acheteurs de polymères, cela se traduit à la fois par des hausses de prix sur leurs matériaux, mais également par un allongement des délais de livraison. La situation risque de ne pas revenir à la normale en 2021 alors que l’Europe est exposée à une quatrième vague épidémique.

La forte reprise économique de plusieurs marchés asiatiques s’est en effet traduite par un rebond des exportations de la région vers le reste du monde, avec une réduction des flux commerciaux en provenance des autres pays. Ce déséquilibre a entrainé un phénomène particulier : des conteneurs vides partaient de l’Europe vers l’Asie il y a encore quelques semaines. Il en a résulté une hausse des coûts du fret maritime, ainsi que des temps d’attente pour pouvoir utiliser un container.

Il faut également tenir compte de la politique des compagnies maritimes, qui ont dramatiquement réduit leurs capacités au cours de la première vague épidémique et n’ont pas recouvré des volumes normaux depuis. Environ 12% des capacités mondiales de transport maritime par conteneur étaient encore disponibles en juin. Résultat : des locations de conteneurs Europe-Chine pouvant aller jusqu’à 6000€ l’unité, contre environ 1250€ avant la crise. Les délais sont quant à eux passés à six, voire huit semaines.

Les mesures de confinement européennes sont également à l’origine de difficultés supplémentaires pour le secteur logistique. Certaines entreprises décident d’utiliser des bateaux plus petits pour réduire les droits d’amarrage dans les ports européens. Cela signifie que leurs capacités de transports sont réduites, d’où de potentielles hausses de prix pour leurs clients.

La crise des conteneurs ne devrait dans tous les cas pas trouver son terme avant le printemps prochain, et ce uniquement si l’Europe et l’Amérique du Nord parviennent à renouer avec la croissance économique et à s’imposer à nouveau sur les marchés à l’export.

Il faut également tenir compte de la congestion des ports européens. Les produits destinés à être vendus à l’international ne partant pas, les capacités de stockage sont, pour la plupart, déjà employées. Il serait par exemple extrêmement difficile de trouver des entrepôts disponibles à Rotterdam et à Anvers, deux places fortes de la logistique maritime européenne. Celui de Rotterdam souffre également de délais d’expédition et de réception causés par difficultés engendrées par un changement récent de système informatique. A cela s’ajoutent les mesures supplémentaires d’hygiène liées à la pandémie, qui délayent les expéditions et les réceptions (mise en quarantaine des produits, moins de personnel sur place…).

La première partie de l’année devrait donc s’accompagner de difficultés logistiques importantes pour l’ensemble de la filière pétrochimique européenne. Si les commandes seront bien livrées, les délais risquent de s’élargir sensiblement et les coûts du transport de faire preuve d’une extrême volatilité, en particulier si un troisième confinement est bien au menu pour l’ensemble du continent.

Les compagnies de fret maritime n'ont, a priori, aucune intention de remettre autant de conteneurs sur le marché qu'il n'y en avait avant la crise sanitaire

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