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Prix du plastique et prix du PVC

07 octobre 2021

Prix du PVC : 16 mois de hausses consécutives

Le marché européen du PVC suit une tendance haussière depuis plus d’un an et la rentrée n’a pas fait exception. Septembre marque le 16ème mois d’augmentations de prix consécutives pour le matériau, et la conjoncture laisse entendre que la situation n’est pas près de s’inverser.

L’offre de PVC entravée par les Forces Majeures et les maintenances

Si certains matériaux, comme les polyoléfines, ont vu leur offre nettement s'améliorer au cours des dernières semaines et leurs prix amorcer une légère baisse, ce n'est pas le cas des PVC. Ce marché en particulier est entravé par des arrêts de production divers depuis plus d'un an.

Des arrêts de production à foison

Plusieurs cycles de maintenance ont été lancés sur des sites de production basés en Europe de l’Est et en Russie au cours de l’été. Quatre maintenances étaient toujours en cours fin septembre, et deux doivent démarrer au début du mois d’octobre, cette fois-ci en France et en Allemagne.

A cela s’ajoutent six cas de Forces Majeures sur les PVC, tous localisés en Europe de l’Ouest, dont la grande majorité en Allemagne. On peut ainsi considérer que plus de deux millions de tonnes de capacités de production de PVC sont actuellement inactives en Europe, si l’on tient compte des quelques sites qui ne produisent pas à leur rythme habituel. C’est par exemple le cas de plusieurs sites français et espagnols, mais aussi roumains.

La demande européenne de PVC en bonne forme

Cela signifie que seulement 75% des capacités européennes de production de PVC étaient disponibles fin septembre. Les besoins en volumes des plasturgistes n’ont cependant pas tendance à décliner, bien au contraire. L’été ne s’est pas forcément traduit par un ralentissement de l’activité pour les secteurs industriels qui consomment du PVC.

La filière européenne du BTP n’a pas ralenti pendant l’été, et ce malgré les pénuries de plastique, de matériels et de main d’œuvre. On note entre autres une accélération de la reprise économique pour le segment du non-résidentiel, soutenu par l’allègement de la pandémie. De plus en plus d’entreprises annoncent en effet des projets d’investissement pour créer de nouveaux sites de production.

Cette tendance est confirmée par les adhérents de Polyvia dans le cadre de leurs réponses à l’enquête Conjoncture. 67% des plasturgistes du secteur BTP ont en effet témoigné d’une hausse de leur activité pendant le second trimestre 2021. Ils sont également 50% à estimer que leur activité a augmenté par rapport au premier trimestre 2021. Plus de 40% d’entre eux s’attendaient enfin à ce qu’elle continue à progresser pendant l’été.

Le fait est que les carnets de commande sont pleins, ou en tout cas bien remplis, pour les plasturgistes actifs sur les marchés du BTP, de l’emballage ou de la santé. La demande de PVC ne devrait donc pas s’estomper au cours des mois à venir, et le marché s’en trouve déséquilibré.

Prix du PVC : des niveaux records 

Tous les prix des polymères ont augmenté en raison de pénuries. Les PVC font cependant figure d'exception tant en termes de montant des hausses de prix cumulées, que de la durée sur laquelle celles-ci s'étendent.

Nouvelles hausses de prix en septembre 2021

Les prix européens du PVC n’ont cessé d’augmenter depuis mai 2020. Des hausses de prix particulièrement fortes ont notamment été observées entre février et juin 2021, période sur laquelle ils ont augmenté de près de 400 euros/tonne. La hausse cumulée entre mai 2020 et août 2021 est d’un peu plus de 90%.

Le prix des grades PVC standard avait largement dépassé le seuil des 1800 euros/tonne en août dernier, et il a encore augmenté d’une trentaine d’euros/tonne en septembre. On constate donc un ralentissement des hausses, mais la tendance ne s’inverse pourtant pas. Les prix des compounds et des PVC expansés ont eux aussi augmenté ce mois-ci. On peut encore s’attendre à de légères hausses en octobre.

Une variation à la baisse du cours de l’éthylène, même si celle-ci s’élevait à plusieurs dizaines d’euros/tonne, ne suffirait probablement pas à entraîner le déclin des prix du PVC. Les stocks européens sont en effet trop réduits pour répondre à tout sursaut de la demande, et de nombreux plasturgistes ne parviennent pas à s’approvisionner en quantités suffisantes. Les tendances de prix des mois à venir seront déterminées en premier lieu par le rééquilibrage, ou au contraire l’approfondissement du déséquilibre, du marché du PVC.

Les prix du PVC s’approchent cependant dangereusement de la barre des 2000 euros/tonne, et il devient de plus en plus difficile pour les fournisseurs d’imposer des hausses à leurs clients. Une augmentation du cours de l’éthylène ne sera donc vraisemblablement pas reportée dans sa totalité sur les prix du plastique.

PVC : l’Europe tributaire des troubles du commerce international

Les pénuries de PVC ne se limitent pas qu’à l’Europe. L’offre du matériau est également insuffisante dans certains pays du Moyen-Orient, mais aussi en Turquie et aux Etats-Unis. Les fabricants basés en Amérique du Nord ont en effet des difficultés à relancer leur production et à constituer des stocks suffisants après avoir essuyé l’ouragan Ida et la tempête tropicale Nicholas. La Turquie est quant à elle un marché d’importation pour le PVC, et ses besoins n’ont fait que croître depuis le déconfinement. Il est d’autre part possible que la tentative de boycott des polymères importés organisée par la Pagev, l’organisation professionnelle représentant les plasturgistes turcs, ait aggravé les pénuries locales.

Des plasturgistes basés en Turquie, ou même au Moyen-Orient et en Amérique du Nord, chercheraient activement à acheter des volumes de PVC produits en Europe. Une augmentation des allocations de volumes à l’export par les fournisseurs européens pourrait comprimer un peu plus l’offre locale, et donc empêcher la stabilisation des prix.

Le marché européen du PVC souffre également du manque d’importation. Les Etats-Unis sont par exemple l’un des principaux exportateurs mondiaux du matériau, mais les pénuries qui ont suivi leur confinement et les événements climatiques survenus récemment ont provoqué leur absence sur la scène internationale du PVC.

Les prix asiatiques pour le PVC se situaient en septembre à un niveau comparable à celui des prix pratiqués en Europe. La crise du fret international vient en revanche compromettre les importations. Le coût de la location de conteneurs a explosé, et il n’est pas encore certain qu’il se stabilise pendant l’automne. Ce surcoût logistique augmente drastiquement le prix des importations de PVC, qu’elles proviennent d’Asie ou d’autres régions du monde. Les fenêtres à l’importation sont donc pour la plupart fermées. Les plasturgistes qui acceptent de payer leurs matériaux à prix d’or en les important doivent également conjuguer avec de longs délais de livraison.

A quand la stabilisation des prix du PVC ?

Les prix du PVC ne devraient pas chuter avant plusieurs mois. L’enjeu est plutôt de pressentir l’arrêt des hausses consécutives. Le chemin vers la stabilisation des prix du plastique est pourtant semé d’embûches.

Peu de perspectives d’amélioration de l’offre de PVC en octobre

Comme évoqué plus haut, le mois d’octobre 2021 sera le théâtre de deux cycles de maintenance sur des sites clés pour la production européenne de PVC. Une Force Majeure déclarée mi-septembre en Allemagne laisse également entendre que la situation de l’offre ne devrait pas s’améliorer significativement au cours du mois.

La stabilisation du marché pourrait cependant avoir lieu en novembre si la plupart des cas de Force Majeure sont levés d’ici là. Le manque d’importation et les potentielles allocations à l’export devraient toutefois continuer à contraindre l’offre locale. Les plasturgistes peuvent donc s’attendre à affronter de hauts niveaux de prix sur la fin d’année, même si ceux-ci n’augmentent plus.

Surveiller le marché des alcools oxo et des plastifiants

Il conviendra également de porter une attention toute particulière au marché mondial des alcools oxo, qui sont utilisés dans la fabrication de nombreux plastifiants pour le PVC, comme le DOTP et le DOP.

En Europe, l’offre de l’alcool oxo 2-EH s’est améliorée, y compris sur les marchés spot. Cela s’explique par la levée de deux Forces Majeures et un bon niveau de production pendant l’été, et ce malgré les congés. La disponibilité des alcools oxo NBA s’est elle aussi améliorée, mais les problèmes de production du plus grand producteur européen subsistent.

La rentrée pourrait s’accompagner d’un rebond de la demande pour ces matériaux, car les besoins de plastifiants n’ont pas l’air de ralentir en Europe. En conséquence, les prix de ces derniers pourraient augmenter. On risque également un manque de disponibilités.

Espérer de voir les importations d’alcool oxo reprendre parait futile. Plusieurs sites basés en Louisiane étaient encore arrêtés début septembre, notamment ceux de Dow à Taft. On dénombre également plusieurs arrêts pour les plastifiants, dont le site d’ExxonMobil à Baton Rouge.

La situation du marché asiatique des plastifiants n’est guère meilleure. Les prix de certains alcools oxo suivaient une tendance haussière mi-septembre. Il est possible que les prix se stabilisent suite au redémarrage attendu de quelques sites importants.

Le gouvernement a cependant lancé de nouvelles initiatives quant à la réduction de l’émission de certains polluants, et des sites de production de DOTP et DOP basés dans la région de Shandong ont été contraints de fermer ou de réduire leurs taux de production.

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