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Plastiques variés

11 octobre 2021

Rencontre avec Franck Glowacz, Rédacteur en chef de JEC Group

Le groupe JEC est la première organisation dédiée à la promotion de l'industrie des matériaux composites et au développement de leurs marchés.

Pouvez-vous nous présenter le groupe JEC que vous dirigez ?

JEC Group est l’entreprise de référence mondiale, entièrement dédiée au développement de canaux et de plateformes d’information et de rencontres professionnelles, au service du développement et de la promotion du secteur des matériaux composites. Éditeur du magazine de référence du secteur, JEC Composites Magazine, JEC Group pilote des programmes d’innovation à l’échelle mondiale et organise plusieurs événements digitaux et physiques à travers le monde, dont JEC World, le salon international le plus important consacré aux matériaux composites et à leurs applications, qui se déroule chaque année à Paris.

La crise sanitaire a très fortement impacté les organisateurs de salons professionnels.

Comment l’avez-vous vécu ? Dans quel état d’esprit êtes-vous à la sortie de cette crise ?

Durant cette crise le besoin de trouver de nouveaux contacts et de partager l’expertise a été prégnant et je dirais même crucial. D’autre part, l’innovation ne s’arrête pas et l’entrepreneuriat non plus. C’est pourquoi nous, nous avons été amenés à développer de nouveaux contenus et formats digitaux pour offrir à l’industrie des occasions d’échanger, de faire des affaires et de présenter leurs innovations. Nous constatons que ces services ont répondu en partie aux attentes des industriels, et permettent de toucher des cibles plus larges, ils sont donc à considérer comme complémentaires des rencontres professionnelles physiques. Ainsi, nos événements physiques à l’avenir seront aussi accessibles en ligne pour permettre à tous de découvrir notre industrie et à nos clients de maximiser leur retour sur investissement, sachant que cette année a aussi démontré que rien ne remplace les rencontres physiques.

Nous sommes impatients de retrouver toute la communauté des composites du 03 au 05 mars prochain pour JEC World.

Le contexte sanitaire a été également très difficile pour les entreprises de nombreux secteurs majeurs comme l’aéronautique et l’automobile.

Quel a été l’impact pour les acteurs du marché des composites en Europe ? Cela a-t-il conduit certaines entreprises à revoir leur stratégie pour l'avenir ?

Si les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile ont été touchés par la crise sanitaire, principalement en termes de réduction des ventes en 2020 dans le monde, ils ont profité de cette période pour orienter, sous l’impulsion des états et des plans de relance notamment en Europe, leur stratégie vers le développement de l’hydrogène et de l’électrique. Les challenges restent nombreux pour les technologies dans ces deux secteurs, mais les composites offrent de nombreux avantages pour le stockage de l’hydrogène ou pour les boitiers de batterie et pour la réduction du poids des véhicules globalement. Ce qui permet aux entreprises du secteur de se positionner sur de nouveaux segments de marché.

On observe des difficultés rencontrées par de nombreuses filières en lien avec la pénurie de matières premières et l’augmentation des prix.

Comment le secteur des composites fait-il face à cette situation inédite ? Crise passagère ou structurelle ?

D’après nos études auprès de notre communauté, 2020 aura été marquée par une réorientation des achats de matières premières vers des fournisseurs locaux ou plus proches que par le passé, transfert de l’Asie vers l’Europe par exemple, et cette tendance semble se confirmer cette année avec une mixité des approvisionnements plus équilibrée régionalement pour limiter les risques de rupture de chaîne. Ce rééquilibrage est encore en cours et l’on observe une certaine tension sur des matières de base car à un redémarrage de l’économie plus fort que prévu, se sont ajoutés de graves intempéries et des incidents qui ont mis certaines usines à l’arrêt, notamment aux Etats-Unis et en Chine.

Vous qui avez une vision globale de l’industrie des composites dans le monde, quels sont les forces et les faiblesses de l’Europe ? Et celles de la France ?

Pour le contexte, force est de constater que l’impact de la crise sur l’industrie des composites n’est pas homogène d’une région à l’autre, d’un pays à l’autre, ou d’un secteur à l’autre, et toutes les données ne sont pas encore disponibles pour tirer des conclusions. En volume notre secteur devrait connaître une baisse de 14% mondialement, pour revenir à son niveau de 2014, la Chine restant le leader, devant l’Europe et les USA. Et ce que nous constatons grâce à notre baromètre annuel, le JEC Observer, est que les pays qui connaissaient les plus faibles taux de croissance avant la crise sont ceux qui ont subi les plus fortes baisses.

L’Europe et la France sont en pointe dans la R&D des matériaux composites et dans l’automatisation de leur production. Le coût de la main d’oeuvre élevé oblige la région à se concentrer sur les produits à haute valeur ajoutée.

L’aspect réglementaire dans le secteur de la construction fait encore barrage à certains développements mais l’achèvement d’Eurocodes dédiés devrait lever ce frein.

Les composites se sont beaucoup développés mais leur poids dans l'industrie reste encore modeste comparé à d'autres matériaux.

Quels sont les défis à relever pour cette industrie ?

Les coûts de production et la production en série restent pour certaines industries le principal frein, mais cela tend à se réduire avec le développement de la fabrication additive, notamment l’impression 3D. Dans l’industrie, la réduction du poids des pièces par exemple permet soit d'augmenter les capacités de charge transportée, soit d’augmenter la vitesse du cycle de production, deux aspects essentiels. Et l’hydrogène, les nouvelles mobilités, les stratégies pour le développement durable sont indissociables de l’usage des composites, et représentent de forts leviers de croissance, estimés à 10% d’ici à 2025.

Sur les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile par exemple, les composites doivent répondre à deux enjeux principaux : la montée en cadence de la production et la répétabilité. Ce sont déjà les objectifs de nombreuses entreprises du secteur, y compris en France, et le développement de l’hydrogène portera le développement des composites, avec des leaders français déjà positionnés comme Faurecia et Plastic Omnium.

Sur d’autres secteurs, nous avons encore un certain conservatisme : les habitudes ont la vie dure. Néanmoins les pionniers de l’utilisation des composites ne reviennent pas en arrière. Cela constitue un signal fort.

Nous assistons à une transformation globale de divers projets de mobilité, que ce soit pour les avions, les automobiles, les bateaux ou les nouveaux moyens de transport comme les drones-taxis.

Quel est le potentiel du marché des matériaux composites et des entreprises françaises dans ce secteur ?

Le potentiel est énorme et les entreprises françaises y travaillent d’ores et déjà, comme mentionné précédemment, que ce soit sur les nouvelles motorisations, ou bien encore l’allégement des véhicules pour réduire leur consommation. Les enjeux du développement durable aux niveaux européen et mondial représentent un fort potentiel également pour l’industrie des composites et, quel que soit le secteur d’application.

Pour l’hydrogène, la France a des champions avec Faurecia et Plastic Omnium côté fournisseur de Rang 1 ou Ullit côté PME. La France a aussi des fabricants de machines d’enroulement filamentaire comme MF Tech. Avec la production de fibres de carbone de Toray dans le Sud- Ouest de la France. Notre pays a les capacités d’être autonome dans la production de réservoirs. Toujours en automobile, nos constructeurs nationaux utilisent les composites depuis longtemps. Pour rappel les parechocs de la Renault 5 étaient déjà en composites. Chaque véhicule a sa propre équation technico-économique à résoudre et les composites peuvent entrer par de nombreuses portes pour réduire le poids ou les coûts par intégration de fonctions.

En aérostructures, nous avons évidemment Airbus mais aussi Stelia Aerospace, Safran, Arianne Groupe, Duqueine, Daher, MS Composites… Tous convaincus des opportunités qu’offrent les composites. Côté Drones-Taxi, la France est pour le moment véritablement devancée par l’Allemagne.

En Nautisme, le Groupe Bénéteau, Finot, Multiplast pour n’en citer que quelquesuns sont aussi des experts Composites.

En sports et Loisirs, vous avez des marques comme Babolat pour les raquettes, Look ou Corima pour le cyclisme, Decathlon en tant que généraliste, qui utilisent beaucoup les composites. Pour la construction et les infrastructures, nous avons des sociétés comme Composites Solutions ou Freyssinet qui innovent.