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Perspective économique : Regards sur la pétrochimie mondiale

21 octobre 2021

Perspective économique : regards sur la pétrochimie mondiale

Le monde a produit quelques 370 millions de tonnes de polymères en 20201. Cela signifie que la production mondiale de matières plastique a crû à un rythme annuel de 3,5% depuis 2010.  Les effets de la pandémie sur la pétrochimie se sont faits sentir dès 2020. En effet, la production mondiale de polymères a chuté de 0,3% par rapport à l’année précédente, pour se fixer à 367 millions de tonnes. Toutes les régions du monde n’ont cependant pas été logées à la même enseigne. La pétrochimie chinoise a par exemple vu ses volumes de production augmenter de 1% en 2020, tandis que la production de polymères des Etats-Unis demeurait stable que celle de l’Europe chutait d’un peu plus de 5%.

Le phénomène d’augmentation de la production pétrochimique globale devrait perdurer. Il est en effet estimé que les volumes de matières plastiques produits à l’échelle mondiale devraient atteindre 445 millions de tonnes en 2025, pour ensuite peser 590 millions de tonnes en 2050.  

Cela s’explique par plusieurs tendances, la plus importante étant l’accélération du développement économique de plusieurs pays, notamment en Asie Pacifique, en Amérique du Sud ou encore en Afrique. On observe également la progression de l’utilisation des polymères dans plusieurs secteurs de marché, comme ceux des transports, de la santé et du BTP. Le plastique s’y impose en effet comme une solution de substitution aux métaux en particulier en raison de ses propriétés d’allègement et de durabilité. Son utilisation est en revanche vigoureusement remise en question dans le secteur de l’emballage. 

L’Europe a longtemps été le premier pôle pétrochimique mondial. Cette place lui a été ravie par la Chine dès 2010, et celle-ci accapare désormais 32% des parts de marché. La seconde place du podium revient à l’Amérique du Nord, avec 19% des capacités mondiales des production de polymère. L’Europe se classe ainsi troisième, avec environ 16% des parts de marché mondiales. L’Allemagne, la France et l’Italie sont les pays européens qui produisent le plus de polymères. En revanche, l’activité se répartit différemment en ce qui concerne la plasturgie. 

Le dépassement de la filière pétrochimique européenne par ses concurrentes chinoise et nord-américaine s’explique par deux tendances bien distinctes. Le gouvernement chinois a en effet, dès les années 2000, décidé d’investir lourdement dans la production locale de polymères, en particulier de polyoléfines2, afin de pouvoir répondre à la demande croissante des plasturgistes basés sur son territoire.  

Cette stratégie a été renforcée à partir de 2015. Il s’agissait désormais pour Beijing d’emmener la pétrochimie et la plasturgie chinoises vers l’autosuffisance, en augmentant sensiblement la production de polymères. Une décision rapidement confortée par l’accroissement des tensions géopolitiques avec les Etats Unis 

Les capacités chinoises de production de polymères, tous grades confondus, s’élevaient à 117  millions de tonnes en 2021, et à 218  millions de tonnes3 pour les monomères4. La Chine produira 144 030 000 de tonnes de polymères, tous grades confondus, dès 2022. Cela signifie que plus de 26 millions de tonnes de capacités additionnelles démarreront l’année prochaine. Ses capacités de production atteindront 151 580 000 de tonnes en 2023. Si l’on en croit les investissements déjà annoncés par les pétrochimistes chinois, les capacités de production de polymères du pays équivaudront à au moins 156 280 000 de tonnes en 2026. Cette dernière prévision est probablement vouée à évoluer à la hausse. 

La production chinoise de monomère va elle aussi évoluer de façon exponentielle. Les capacités de production devraient en effet passer de 218 millions de tonnes en 2021 à plus de 281 millions de tonnes dès l’année prochaine, et à 293,7 millions de tonnes en 2023. Les investissements déjà annoncés par les pétrochimistes chinois laissent entendre que les capacités chinoises de production de monomères atteindront, au minimum, 308,5 millions de tonnes en 2026. 

En ce qui concerne l’Amérique du Nord, la majorité de la production pétrochimique du continent est le fait des Etats-Unis. Ces derniers produisent 51,4 millions de tonnes de polymères, tous grades confondus par an, contre 5,3 millions de tonnes pour le Mexique et 4,6 millions de tonnes pour le Canada. 

Les Etats-Unis ont, dès le début des années 2010, investi massivement dans l’exploitation du gaz de schiste, notamment dans le but de produire des monomères, puis des polymères à moindre coût. Si une partie de cette augmentation des capacités de production de polymères devait évidemment répondre aux besoins de la demande locale, la plupart de ces investissements, lourds de plusieurs centaines de milliards de dollars, étaient motivés par les perspectives à l’export.  

Les pétrochimistes étasuniens comptaient en effet exporter une grande partie de leur production, en particulier des polyoléfines, vers d’autres régions du monde. La Chine était visée en priorité. En effet, les prix de vente des polymères étaient, à l’époque, plus élevés en Chine qu’aux Etats-Unis, du fait du déséquilibre entre l’offre et la demande locales. La guerre commerciale sino-américaine, assortie de droits de douanes contraignants, a depuis fermé la plupart des fenêtres d’exportation de polymères vers la Chine depuis les Etats-Unis. A cela s’ajoute la politique d’autosuffisance chinoise décrite plus haut.  

Il s’agissait donc de trouver d’autres débouchés à l’exportation. Si les Etats-Unis ont dans un premier temps redirigé certains de leurs flux vers le Mexique, le Canada, l’Amérique du Sud mais aussi, dans une certaine mesure, l’Afrique, c’est surtout l’Europe qui a concentré les attentions des pétrochimistes étasuniens.  

La période 2016-2020 s’est effectivement caractérisée par une inondation du marché européen des polyoléfines par des matériaux produits aux Etats-Unis car proposés à des prix extrêmement compétitifs. Il était par exemple possible d’acheter du polyéthylène haute densité (PEHD) produit aux Etats-Unis au prix du monomères pendant l’été 2019. Ces ordres de prix défiant toute concurrence ont longtemps rogné les marges des pétrochimistes basés en Europe, ce qui a entraîné une évolution de leur stratégie.  

Source : données Polyglobe Les données pour 2021 et 2023 sont des estimations sur la base des investissements et désinvestissement déjà annoncés

La filière pétrochimique européenne est à l’origine de plus de 1,56 millions d’emplois directs sur le continent.  La demande des plasturgistes européens s’élevait à 50,7 millions de tonnes en 2019, contre 46,3 millions de tonnes en 2013. Quatre secteurs d’application s’illustrent comme les plus gros consommateurs de polymères en Europe :  l’emballage, le BTP, l’automobile et les équipements électriques et électroniques. Parmi les autres secteurs d’application, on trouve notamment les sports et loisirs, le médical, la construction mécanique, l’agriculture, les appareils ménagers et l’ameublement.

L’Allemagne est le pays européen qui consomme le plus de polymères, avec 24,2% des parts de marché. Elle est suivie par l’Italie (13,8%) et la France (9,5%). Viennent ensuite l’Espagne (7,8%), le Royaume-Uni (7,1%) et la Pologne (7%).

La croissance mondiale du marché des plastiques s’accompagne d’une pression concurrentielle accrue avec quelques acteurs principaux :

  • La Chine est de loin le leader à la fois au niveau de la production de plastiques mais aussi au niveau de leur transformation. Les faibles coûts de production favorisent la poursuite des investissements, y compris dans la fabrication de machines et de périphériques.
  • L’Inde ne l’a pas encore rattrapée mais montre les taux de croissance les plus élevés, sous les effets conjugués de l’augmentation de la population, de la consommation locale et du développement industriel (impulsé par l’industrie automobile).
  • La plasturgie aux Etats Unis vit une sorte de renaissance. L’accès à des matières premières et à une énergie à faibles coûts grâce aux hydrocarbures non-conventionnels permet la relocalisation d’une partie de la production.
  • Le Moyen-Orient possède les plus grandes réserves de pétrole et de gaz dans le monde, ce qui offre des opportunités pour le développement d’une industrie plastique locale. On y observe d’ailleurs une tendance à l’intégration avale d’activités de transformation des matériaux plastiques, et à la construction d’immenses complexes pétrochimiques.
  • Enfin, l’Amérique du Sud, et surtout le Brésil, jouent un rôle majeur dans le secteur des bioplastiques, ayant un accès direct à de gros gisements (canne à sucre, notamment).