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Prix du plastique : prix du PE, du PP et du PVC

12 avril 2021

Plus de 6 mois de hausses de prix consécutives pour les marchés du PE, du PP et du PVC

Le mois de mars a été synonyme de hausses de prix à trois chiffres tant pour les acheteurs de PE et de PP que pour les utilisateurs de PVC. Si les prix des polyoléfines abordent leur 6ème mois de hausses consécutives en avril, la situation est encore pire pour les PVC. Le marché de ce polymère entre en effet dans son 11ème mois de hausse. Une situation intenable pour bien de plasturgistes, qui en plus de voir leurs trésoreries fondre comme neige au soleil, se retrouvent dans certains cas dans l’impossibilité de livrer leurs clients de l’agroalimentaire, de l’hygiène et du BTP, autant de secteurs clés pour la reprise économique et la lutte contre la pandémie.

Le 6ème mois de hausses de prix consécutives pour les polyoléfines

Les marchés européens du PE et du PP ont été le théâtre de hausses de prix dramatiques entre le dernier trimestre 2020 et la fin du mois de mars. Les prix moyens du PEBD injection ont par exemple augmenté de 680 euros/tonne (+56%) au cours des 6 derniers mois, et ceux des PEBD film de 780 euros/tonne (+61%) environ sur la même période.

On a également observé une hausse cumulée d’environ 450 euros/tonne (+34%) pour les PEHD injection. Les prix des PP homopolymères ont quant à eux enregistré une hausse cumulée de 540 euros/tonne (+43%) entre novembre 2020 et mars 2021, contre une augmentation de 670 euros/tonne (+52%) pour les PP copolymères. Des augmentations de prix de 150 euros/tonne ont été annoncées pour les PVC.

Une offre de polyoléfines à priori insuffisante en avril

De nouvelles hausses de prix sont malheureusement attendues pour avril. Les pénuries de matériaux sont en effet toujours d’actualité et les cours des monomères ont augmenté en début de mois. Le cours de l’éthylène a ainsi augmenté de 40 euros/tonne début avril, et celui du propylène de 45 euros/tonne. La situation de l’offre, drastiquement sous-capacitaire depuis des mois, devrait entraîner des augmentations de prix des polymères bien supérieure à la variation du cours des monomères.

A cela s’ajoutent les deux cas de Force Majeure récemment déclarés par Ineos. L’un concerne la production de PEHD du complexe de Lillo, à Anvers. Le site aurait été frappé par une importante panne électrique. Les livraisons des grades pour le soufflage (procédé utilisé dans la fabrication d’emballages, de citernes, de réservoirs, de jouets et plus globalement de pièces creuses) et des grades pipe (pour la fabrication de canalisations et de tuyaux) est impactée. Les gammes concernées sont les PEHD “Rigidex HD5502S”, “Rigidex HD6007S”, “Rigidex HM4560UA”, “Rigidex HM5420XPH”, “Rigidex HM5420P”, “Rigidex K3820”, “Eltex LGB263N2070”, “Eltex TUB171” et “Eltex TUB172”.

Le second cas de Force Majeure concerne le site de production de PEBD-L métallocène (utilisé par exemple dans la fabrication de films plastiques) du site de Cologne d’Ineos, qui fait l’objet d’un arrêt imprévu depuis le 30 mars dernier. Les tentatives de redémarrage effectuées depuis auraient échoué.

Vers une stabilisation des prix en mai ?

Il est donc fort à parier que les hausses de prix des polyoléfines en avril seront une nouvelle fois à trois chiffres. Certaines prévisions mettent déjà en avant des augmentations de 200 euros/tonne du fait des pénuries régionales et du cruel manque d’importations.

Il s’agit désormais de savoir si les prix atteindront ou non leur plafond au mois de mai. Il est possible que certains sites de production de PE et/ou de PP arrêtés dans le cadre de maintenances aient redémarré et retrouvé un rythme de production normal d’ici là. Les importations retardées par le fameux blocage du Canal de Suez devraient également arriver à bon port d’ici le mois prochain. Des cargos de PE en provenance du Moyen Orient se sont en effet vus retardés par cet incident.

L’Europe a su attirer les importations de polyoléfines, et notamment de polyéthylène produit aux Etats-Unis, au cours des dernières années de part ses niveaux de prix relativement élevés par rapport au reste du monde. Le redémarrage de l’économie chinoise a radicalement changé la donne depuis fin 2020, et l’Asie est rapidement devenue la destination privilégiée des exportations de polyoléfines des grands producteurs mondiaux (reste de l’Asie, Moyen-Orient, Amérique du Nord et même l’Europe si l’on en croit certains articles). La tendance pourrait cependant changer une fois de plus.

Comme évoqué plus haut, les prix européens des polyoléfines ont explosé, rendant la région à nouveau attractive pour les producteurs et fournisseurs basés ailleurs dans le monde. C’est la raison pour laquelle certains acteurs européens s’attendent à un retour des volumes à l’import d’ici mai ou juin 2021.

Un autre facteur pouvant favoriser la stabilisation des prix européens du PE et du PP est également l’incapacité des plasturgistes à payer toujours plus cher leurs matériaux. La demande pour les polyoléfines semble en effet se fragiliser de semaine en semaine puisque les transformateurs n’ont plus la trésorerie nécessaire pour acheter à des prix qui, s’ils ne l’ont pas déjà dépassé, s’approchent dangereusement du seuil des 2000 euros/tonne.

Nombreux sont en effet les adhérents de Polyvia, et plus généralement les plasturgistes européens, qui rencontrent des difficultés à reporter ces hausses de prix sur leurs clients. Certains plasturgistes ont confié à notre syndicat avoir été contraints d’arrêter des lignes de production dans le pire des cas, ou bien de reporter des commandes de plusieurs semaines. Les vacances de Pâques seront peut-être l’occasion pour certains de ralentir leur production, et donc d’acheter moins.

Le 11me mois de hausses de prix pour les PVC

Le marché européen du PVC aura bientôt vécu une année complète de hausses de prix consécutives, avril étant le 11ème mois à s’accompagner d’augmentations. Cette tendance semble en effet prête à perdurer au cours du 2ème trimestre 2021. Comme pour les polyoléfines, le marché du PVC se caractérise par de nombreuses pénuries, tant au niveau de l’offre du polymère en lui-même que celle des plastifiants.

PVC : forte demande et offre dramatiquement insuffisante

Si l’habituelle « haute saison » printanière et estivale du marché des polyoléfines pourrait être contrariée par le reconfinement de certains pays européens et l’annulation et le report des salons et festivals qui empêchent la consommation nomade d’emballages de redémarrer, le BTP entre quant à lui dans sa pleine saison et entraîne avec lui la demande européenne de PVC.

Les prix européens du PVC souple ont en moyenne augmenté d’environ 490 euros/tonne entre juin 2020 et mars 2021, soit 50% d’augmentation à minima sur cette période. Ceux des PVC émulsion auraient quant à eux enregistré une hausse cumulée de 438 euros/tonne, soit une progression de 31%. Les premiers ont largement dépassé le seuil symbolique des 1400 euros/tonne, un prix considéré comme extraordinairement élevé et insoutenable pour les industriels. Les seconds pourraient bien atteindre le seuil des 2000 euros/tonne si des hausses à trois chiffres continuent à être imposées au cours du 2ème trimestre 2021.

L’augmentation de 40 euros/tonne du cours européen de l’éthylène début avril devrait normalement se traduire par des hausses de prix du PVC, et il est probable que celles-ci dépassent sensiblement la variation du cours du monomère. Il faut ici aussi anticiper des hausses à trois chiffres. Un autre facteur à considérer est l’écart entre les prix à l’export et les prix européens. Un spread important encouragera les producteurs européens à continuer à exporter, notamment vers la Turquie, ce qui ne fera que renforcer la pénurie qui paralyse le continent.

Pas d’apaisement des tensions à l’horizon

Le marché européen du PVC ne saurait raisonnablement être le théâtre d’un apaisement des tensions au cours des prochaines semaines. Plusieurs maintenances viennent en effet aggraver les pénuries, parmi lesquelles celle d’Ineos à Tavaux, démarrée le 6 avril 2021 et celle de Mexichem à Marl, démarrée le 5 avril 2021.

 

Avril sera également le mois de l’arrêt pour maintenance du site Vynova à Tessenderlo, où sont produits de l’EDC et du VCM en vue d'être acheminés ensuite sur trois autres sites européens du groupe. La production de PVC de Vynova risque de s'en trouver impactée.

Ces maintenances s’ajoutent à un cas de Force Majeure qui subsiste sur les PVC en France, ainsi qu’à une dizaine de sites qui font l’objet de réduction du taux de production à travers l’Europe. Les stocks des fournisseurs, qu’ils soient producteurs ou non, sont clairement insuffisants pour couvrir la demande européenne depuis plusieurs mois, et aucune importation ne vient soulager le marché.

Il est donc peu probable que la situation de l’offre européenne de PVC ne connaisse une véritable amélioration avant la fin du mois de juin. Pour les plasturgistes qui achètent de petites quantités et/ou ne bénéficient par de contrats avec leurs fournisseurs, s’approvisionner en quantités suffisantes relèvent d’une bataille sans fin. Le combat acharné qui a lieu pour sécuriser des volumes donne régulièrement lieu à des augmentations plus importantes sur les marchés spots.

Des pénuries de plastifiants impactantes pour le marché du PVC

C'est quasi-simultanément que BASF et Evonik déclaraient mi-mars des cas de Force Majeure sur plusieurs types de plastifiants. Cette annonce a plongé le marché européen de ces additifs dans de grandes difficultés après qu'il ait été perturbé par un manque d'importations et des pénuries.

L'arrêt chez BASF aurait été causé par un incendie mineur survenu sur le site de production de gas oxo, d'hydrogène et de monoxyde de carbone de Ludwigshafen au début du mois de mars. Les marques Hexamoll, Palatino et Plastomoll sont impactées, ainsi que certains grades de la gamme Palamoll.

Evonik a pour sa part invoqué un problème survenu dans le système de pipeline situé entre les lignes de production d'alcools oxo et de plastifiants de son site de Marl. La production des DINP Vestinol et DINCH Elature avait été arrêtée et aucune livraison n’était possible en mars. La production a cependant été redémarrée le 29 mars dernier, sans que la Force Majeure ne soit pour autant levée au passage.

Ces arrêts de production sur les plastifiants auraient notamment causé de fortes hausses de prix sur les compounds PVC.

Un fort redémarrage de l’activité attendu en aval de la filière

Le printemps marque le début de la « haute saison » pour de nombreux marchés applicatifs du PVC, dont le plus important est sans doute le BTP. L’anticipation de la hausse de la demande de ce secteur incite les plasturgistes européens à commander des volumes plus importants que d’habitude.

Plusieurs filières, notamment celles des canalisations et des câblages, entrent également dans une période propice à la constitution de stocks de matériels. Il est donc probable que les commandes de la part des transformateurs de PVC augmentent, tant en nombre qu’en volumes, au cours des semaines à venir.

Ces plasturgistes encourent cependant le risque de ne pas se voir livrer la totalité des quantités commandées. Certains ont par exemple témoigné avoir reçu des volumes 10% à 30% inférieurs à ce qu’ils avaient demandé à leurs fournisseurs en mars, et ces incidents pourraient bien se répéter en avril en raison des maintenances évoquées plus haut.

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