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Prix du plastique : quelle tendance pour le PE et le PP ?

10 août 2021

Prix du plastique : des prix toujours élevés pour les polyoléfines cet été

Les achats de polyéthylène et de polypropylène ont ralenti à la fin du mois de juillet, au moment où les acheteurs ont assuré leurs commandes pour la fin de l’été et, dans certains cas, la rentrée. L’approche des congés estivaux laisse entendre que les ventes de polyoléfines seront réduites en août. Les prix du plastique demeurent toutefois très élevés, malgré de légères baisses enregistrées ces dernières semaines.

Maintien des prix du plastique à des niveaux record

Les mois de juin et juillet 2021 devaient s’assortir de fortes baisses de prix pour les polyoléfines. Si les prix ont bien chuté, les montants espérés n’étaient pas au rendez-vous. Ils ont en moyenne baissé de 140 euros/tonne au cours des deux derniers mois pour les PEHD. Ceux du PP ont au contraire eu tendance à augmenter légèrement en juin, avant de chuter d’environ 20 euros/tonne en juillet.

Les prix des PE oscillaient toujours autour de 2000 euros/tonne le mois dernier, tandis que ceux des PP étaient généralement compris entre 2200 et 2300 euros/tonne. Ces niveaux de prix sont historiques. Ils dépassent en effet de loin ceux observés lors de la crise de 2015, où ceux du PP avaient frôlé la barre des 1700 euros/tonne, tout comme ceux des PEHD. Ceux des PEBD films s’étaient à l’époque dangereusement approchés du seuil des 1800 euros/tonne. Ils ont atteint près de 2400 euros/tonne au printemps dernier.

Les constats sont multiples. Le premier est sans appel : les pénuries de matières plastiques s’espacent de quelques années seulement, comme le montrent celles de 2008, de 2011, de 2015 et enfin de 2021. Ces cycles ont en revanche tendance à s’étirer dans le temps. L’autre constat qui s’impose est celui de l’aggravation de ces crises, bien que celles-ci soient plus espacées dans le temps. Les prix des polyoléfines n’avaient pas dépassé, ou alors de très peu, 1600 euros/tonne en 2018. Ils s’approchaient de 1650 euros/tonne en 2011 après avoir évolué entre 800 et 1400 euros/tonne entre les deux crises. Ils ont ensuite connu de fortes hausses et baisses, toujours situées entre 1200 et 1700 euros/tonne jusqu’en 2015, où ils ont franchi ce seuil, alors historique. 2021 marque le passage au-dessus des 2000 euros/tonne, des prix insoutenables pour les plasturgistes dont les marges sont de plus en plus contraintes par la part des matières premières dans la composition de leurs produits.

Le dernier constat est peut-être le plus inquiétant. A chacune de ces crises, les prix du plastique ont eu tendance à grimper très rapidement, augmentant de plusieurs centaines d’euros/tonne en quelques mois seulement. La crise de 2021 s’est démarquée par la longévité de la tendance haussière, qui couvre en fait la période allant de décembre 2020 à mai 2021. Les augmentations continuent d’ailleurs pour certains polymères hors polyoléfines, notamment pour les PVC. Si l’on revient en arrière pour observer le comportement des prix du PE et du PP après chacune de ces crises, l’on constate rapidement que ces derniers ne chutent jamais aussi rapidement qu’ils ont augmenté.

L’exemple de la crise de 2015 illustre bien ces propos. Les prix du PE et du PP avaient commencé leur ascension dès le mois de février, pour parvenir à un plafond dès le mois de mai. Les prix des polyoléfines n’ont retrouvé leur niveau de janvier 2015 qu’en février de l’année suivante.

Des chutes de prix moins importantes qu’espéré pour certains polymères

Les attentes des acheteurs de PP n’ont pas été comblées en juillet. Le montant des baisses proposées par les fournisseurs se sont en effet avérés inférieurs aux attentes. Les importations de polypropylène qui devaient toucher le sol européen cet été ont finalement été retardées, et certains segments du marché européen, notamment celui des grades copolymères blocs, ont vu leur offre se tendre un peu plus. La régression de la demande n’a donc pas suffi à entraîner d’importantes baisses de prix pour ce matériau en particulier. On constate cependant une amélioration sensible de l’offre de grades homopolymères.

La situation était tout autre sur le marché européen du polyéthylène. Les importations de matériaux ont bien repris, et les prix proposés par les fournisseurs basés à l’étranger sont agressifs. Ces derniers profitent en effet des hauts niveaux de prix européens par rapport au reste du monde pour proposer leurs grades à des volumes et des prix défiant la concurrence locale. Les fournisseurs européens ont donc dû accepter de baisser leurs prix, parfois de 100 à 150 euros/tonne, pour trouver preneur en juillet.

Comme évoqué plus haut, les niveaux de prix pratiqués en Europe n’en demeurent pas moins très élevés, et la demande estivale est bien plus forte que d’habitude. A cela s’ajoutent toujours des problèmes de production. Sabic a par exemple déclaré un nouveau cas de Force Majeure sur la production de PEHD, de PEBD et de PEBD-L de son site de Geleen et de Gelsenkirchen le 27 juillet dernier.

Le service Performance économique de Polyvia dénombrait notamment quatre cas de Forces Majeures pour les PEHD en Europe début août, cinq cas de Forces Majeures pour les PEBD et trois cas pour les PEBD-L. Cinq cas de Forces Majeures étaient également à déplorer pour les PP au même moment. Plusieurs sites clés pour la production de polyoléfines étaient également arrêtés pour d’autres raisons au début du mois d’août. C’est par exemple le cas de celui de TotalEnergies à Feluy, arrêté pour maintenance, ou celui d’Ineos à Rosignano, lui aussi arrêté pour maintenance.

Prix du plastique : quelles attentes pour août ?

L’été est habituellement une saison basse pour les polymères. Si certains segments d’applications fonctionnent bien, comme celui de la boisson, d’autres tournent au ralenti puisque de nombreuses usines ferment pour congés à cette époque de l’année. 2021 est une année d’autant plus particulière que les restrictions liées à la pandémie pèsent lourdement sur les segments des consommations nomades et que les pénuries de puces électroniques viennent paralyser l’activité des industries de l’automobile, de l’électronique et de l’électroménager. Dans le même temps, certains industriels font le choix de ne pas fermer pour rattraper le retard pris dans leurs livraisons en raison du Covid et des pénuries de matériaux. Cet été pourrait donc bien s’annoncer comme une saison « hors norme » pour les polyoléfines.

La demande européenne de PE et de PP n’a par exemple par beaucoup ralenti en juillet, contrairement à d’habitude, mais le mois d’août devrait marquer sa stabilisation. Certains producteurs de polyoléfines devraient tenter, au moins en première partie de mois, d’imposer des hausses de prix en raison de la variation des cours des monomères (+53 euros/tonne pour l’éthylène et +58 euros/tonne pour le propylène). Ils devraient toutefois être contraints d’accorder des rollovers, voire des baisses de prix, d’ici la fin du mois pour les matériaux dont les importations ont repris.

Les stratégies des producteurs diffèrent toutefois en fonction des polymères. Il s’agit pour les PP de maintenir les prix en invoquant l’insuffisance de l’offre, la hausse du coût des matières premières et de l’énergie, et l’incertitude quant à la date d’arrivée des importations. Les prix des PP homopolymères devraient baisser légèrement en raison des lots proposés à des prix agressifs par des fournisseurs basés en-dehors d’Europe. Il est en revanche possible que les acheteurs de PP copolymères doivent accepter de nouvelles hausses de prix.

Les producteurs de PE devraient quant à eux chercher à limiter les baisses de prix, et ce malgré la hausse du cours de l’éthylène. L’offre locale de grades de commodité est largement suffisante pour répondre aux besoins des plasturgistes européens, et la demande est en passe de chuter. Des baisses de prix de 50 euros/tonne peuvent être espérées sur le mois.

On ne saurait, dans tous les cas, attendre un véritable effondrement des prix du PE ou du PP en août 2021. Il est en effet probable que le retour des prix à leur niveau d’avant crise ne nécessite plusieurs mois, et les baisses de prix devraient également être ralenties par la conjoncture actuelle.

En effet, les inondations survenues au début de l’été en Europe et en Chine n’ont fait qu’aggraver la crise du fret maritime international, qui fait rage et perturbe la pétrochimie mondiale depuis le début de la pandémie. Il apparaît que le cours du fret maritime pourrait encore augmenter au cours des prochains mois, et ce phénomène pourrait rendre les importations de PE et de PP plus coûteuses.

Les inondations qui ont frappé le nord de l’Europe ont également arraché de nombreuses voies ferroviaires et endommagé un nombre considérable de matériels de transport (trains, camions, navires, infrastructures de signalisation…). Ces problèmes viennent handicaper un secteur du transport routier déjà en crise en raison de la pénurie de chauffeurs et de la congestion des ports.

Prix du plastique : quelle tendance pour septembre 2021 ?

Il semblerait que les prix des PE et PP d’importation soient en train d’augmenter. Les fournisseurs qui exportent leurs matériaux vers l’Europe chercheraient en effet à reporter la hausse du cours du fret, ainsi que des coûts logistiques supplémentaires générés par les inondations et le manque de transporteurs, sur leurs clients européens. Pour les polyoléfines produites au Moyen-Orient, la fête religieuse Eid al-Adha, célébrée fin juillet, a entraîné des délais et des frais logistiques supplémentaires.

Les stocks de matériaux des plasturgistes européens s’avèrent parallèlement insuffisants. Les industriels n’ont en effet pas eu l’occasion de les reconstituer rapidement. Les niveaux de prix actuels sont en effet prohibitifs et restocker pourrait vulnérabiliser plus encore leurs trésoreries. Nombreux sont donc ceux qui ont fait le pari d’attendre les baisses de prix pour les polyoléfines. Elles n’ont cependant pas eu lieu comme espéré cet été.

Les fournisseurs de PE et de PP devraient chercher à profiter de ce phénomène dès septembre pour maintenir leurs prix un mois supplémentaire. Une hausse des cours des monomères pourrait également les encourager à augmenter les prix du plastique. Ces manœuvres pourraient par ailleurs être facilitées par la pénurie de conteneurs, qui entrave les importations de matériaux produits au Moyen Orient et en Corée du Sud. Si des commandes auprès de fournisseurs basés dans ces régions sont possibles, les livraisons sont souvent sujettes à de longs délais et leurs dates d’arrivées souvent incertaines.

En somme, la tendance ne devrait pas s’inverser en septembre, et il faudra surveiller de près la situation du fret international et de la demande européenne de polyoléfines pour avoir une idée de quand les prix du plastique vont enfin entamer leur descente. Une chose est cependant quasi-certaine : la chute des prix du PE et du PP, ainsi que des autres polymères, risque d’être lente et de s’étaler sur plusieurs mois. Il faudra aussi compter sur des niveaux de prix moyens plus élevés qu’avant crise tant que les polymères produits aux Etats-Unis ne remettront pas les pieds sur le marché européen.

 

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